‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 124 sur 190 · Voir plus haut, 12°" sermon · texte numérisé non relu

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22° Pour le 9'"' dimanche après la Pentecôte. — Videns Jésus Jérusalem flevit super illam. Luc. 19. — L'objet du sermon n'est pas indiqué en marge. Il est développé en 27 pages, divisé en deux parties et certainement consacré à l'idée de la miséricorde divine. Dans la première partie, je note ces mots ; « Il y a les jours de Dieu et les jours de l'homme, dit saint Augustin : ceux-là après le cours de cette vie mortelle, ceux-ci pendant cette existence... Peccavi, quid faciam, dit Job, et saint Augustin explique ce mot autrement que saint Chrysostome... Vous n'êtes pas plus méchant qu'Esaû, et cependant voici ce que dit saint Augustin : Noluit Esau et non cucurrit, sed, si voluisset et cucurrisset, Dei adjutorio pervenisset.

Telle est l'analyse des 22 sermons, fragments de sermons, simples exordes etc.. que contient le ca/iie)' manuscrit de Jean-Baptiste de Guignes. Nous avons cherché les développements qui pouvaient offrir quelque intérêt et détaché les citations de saint Augustin en particulier. Sans doute celles-ci ne suffisent pas pour que l'auteur ait été jugé par ses supérieurs comme un prêtre suspect de mauvaises tendances théologiques, et plus d'un ministre de l'Eglise catholique a cité et citera saint Augustin sans être partisan des Cinq Propositions de VAugustinus de Jansénius. Ainsi Bossuet qui a pour saint Augustin, entre tous les Pères de l'Eglise latine, la prédilection qu'il a pour saint Jean Chrysostome, entre ceux de la grecque. Mais les Jansénistes abusaient de citations empruntées à saint Augustin et les entendaient à leur façon. Il convient d'ajouter même que, sous la plume de J.-B. de Guignes, les citations abondent, tirées de l'Ancien Testament, du Nouveau, des Pères. Il ne sera pas inutile de dresser plus loin la liste des divers auteurs qu'il invoque. Ajoutons seulement que ces sermons (je parle de ceux dont il ne reste pas simple-

ment un exorde en deux pages) sont écrits avec aisance et ardeur ; la parole de ce prêtre, si elle correspondit à son style, dut être facile et pressante ; son zèle pour le bien des âmes à qui il s'adressait paraît avoir été sincère. Le procès dont il fut l'objet n'en a que plus d'intérêt pour nous.

Nous ne disons pas que son sermon sur la Parole de Dieu vaille celui que Bossuet avait consacré au même sujet, d'abord dans une chapelle de Carmélites en 1661, puis en 6Q dans le Carême de Saint-Germain-en-Laye; que son sermon sur le Jugement dernier, et l'allocution aux femmes qui semble avoir eu le même sujet, aient le mérite du discours que Bossuet lit entendre au Roi, le 1" dimanche de l'Avent de 1669, sur la même question; que son sermon sur la Charité chrétienne puisse être comparé à celui que Bossuet prêcha sur la Charité fraternelle durant le Carême de Saint-Germain que nous avons rappelé ; que son sermon sur la Miséricorde divine risque de faire oublier celui de Bossuet sur la Bonté et la Rigueur de Dieu, l'un de ceux 011 éclate la première « manière », théologique et didactique, du grand orateur ; que son sermon sur la Mort des Justes nuise à la réputation des merveilleuses paroles que Bossuet a prononcées sur la mort en général, en 1662, et qui passent pour le chef-d'œuvre de sa seconde « manière », philosophique et morale. Nous ne rapprochons pas non plus le caractère pratique des sermons que de Guignes destinait aux bourgeois et aux paysans de Tourettes, Cagnes ou Vence même, et le mérite qui contribua au succès de Bourdaloue ; et je suis bien persuadé que Massillon a mieux dépeint, avec des artifices plus adroits, cette mort des justes oii le secondaire de Tourettes s'est essayé dans ses « audiences», comme l'on disait alors. Inutile d'ajouter enfin que l'Envie, la Foi (laissons de côté les sermons de l'inculpé qui ne comportent dans ses cahiers que l'exorde

OU simplement le texte ou bieu la mention de l'objet), ont trouvé de plus éloquents interprètes dans la chaire catholique aux XVII" et XVIII" siècles, durant ce règne de Louis XIV qui fut l'âge le plus brillant de la parole sacrée. Les citations, qui abondent dans les sermons que de Guignes eut à soumettre à la censure de l'évêque de Vence, prouvent qu'il avait lu de près un certain nombre des autorités auxquelles un Bossuet se réfère sans cesse. Outre saint Augustin, outre de nombreuses phrases en latin qui appartiennent, selon l'usage de la prédication catholique, les unes à l'Ancien Testament et les autres au Nouveau, on trouve, au fur et à mesure qu'on examine ces sermons, soit une citation en latin, soit une simple mention de saint Bernard, de saint Paul, de Cassiodore et de son in Psalmos, de saint Basile, de saint Jean Chrysostome, du Vénérable Bède, du pape saint Grégoire, de saint Jacques, de saint Jérôme, de saint Ephrem', de saint Grégoire de Nysse, de Salvien, « prêtre de Marseille, au livre 5 de son de Gubernatione Dei », de l'abbé Dorothée « dans la Bibliothèque des Pères » ^, de saint Léon, de saint Basile. Plus d'un est même cité plus d'une fois en latin; notamment les saints Paul, Jean Chrysostome, Jérôme. Dans quelle mesure l'orateur s'inspirait-il des Prônes de Joly et des Sermons du P. Le Jeune? C'est ce que nous ne saurions dire, non plus que déterminer avec quel mérite ou quelles exagérations il usait de saint Augustin, alors que Bossuet, dans ses notes rédigées pour le jeune cardinal de Bouillon, déclare que l'illustre Père de l'Eglise d'Afrique enseigne, « non pas tant des pensées nouvelles que l'art de traiter la

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