‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 134 sur 190 · En marge : 2 Cor · texte numérisé non relu

En marge : 2 Cor

dire eu vous même, un homme qui parle comme étant envoyé de Dieu: c'est son ambassadeur et son nonce. Ex Deo ; voila, devez-vous dire, un homme qui converse toujours avec Dieu et qui est toujours en Sa présence : c'est son a-mbassadeur et son nonce. Corann Deo : afin qu'il En reçoive les lumières et les grâces dont il a besoin pour me conduire. Voilà, devez-vous dire, un homme qui est en J. C. et en qui J. C. est: in Ch(ris)lo, et si Dieu pouvoit être multiplié, il le seroit par sa parole.

C'est ce qui a fait dire à Origène qu'un prédic(ateur) est un homme divin, hoiiio divinus. Comment appellez-vous cet homme? un homme divin? encore un coup, comment l'appelez-vous? un homme divin, un homme qui par l'excellence de son caractère est l'une des plus belles images de Dieu, des plus parfaites copies de J. C.

En effet il représente toutes Ses perfections, et comme tant de beaux traits ne peuvent s'achever tout d'un coup, il représente tantôt Sa sainteté, tantôt Sa miséricorde, tantôt Sa justice, tantôt Son autorité selon les différentes fonctions de son ministère et les différentes places qu'il occupe. Il représente la sainteté de Dieu à l'autel, la miséricorde de Dieu sur les fonds du baptême, la justice de Dieu dans les tribunaux de la pénitence, et enfin l'autorité de Dieu dans la chaire de vérité. A l'autel il sacrifie la plus pure et la plus innocente de toutes les victimes; sur les fonds du Baptême il remet et il adopte ; dans les tribunaux de la Pénitence il absout ou il lie ; et dans la chaire de vérité, il tonne, il menace, il foudroyé, il parle en maître, il commande en souverain, il prie, il intimide, il exhorte, il insiste, et tout cela comme ministre de J. C, comme revêtu de l'autorité de Dieu, comme dispensateur de ses sacremens et de ses mistères : ut ministros Ch(Tis)ti et dispensatores misteriorum Dei,

0 si vous rcg-ardicz avec les yeux de la foy ceux qui vous parlent, si en les écoutant vous vous représentiez qui ils sont et au nom de qui ils parlent, vous ne tomberiez jamais dans ta'nt de désordres qui vous sont assez ordinaires, vous n'écouteriez pas leurs paroles comme les paroles d'un homme, vous vous imagineriez entendre celle de Dieu qui s'explique par eux. La curiosité ne vous porteroitpas à les entendre, afin de juger de leur discours, et vous ne diriez pas comme vous vous dites souvent les uns aux autres à rex(emple) de ces malheureux dont il est parlé chez Ezéchiel : « Venite et audiamus quis sit sermo cgrediens», allons entendre ce que dira le prédicateur, la délicatesse de ses expressions, le beau tour de ses pensées. Vous chercheriez non pas la parole d'un homme, mais celle de Dieu p(ou)r en goûter la douceur et l'appliquer utilem(en)t à vos blessures.

Les abeilles se jettent sur les fleurs p(ou)r en exprimer le suc et en faire du miel ; les chimistes et les médecins s'en servent p(ou)r en faire des remèdes, les curieux pour en flatter leurs sens et satisfaire leur odorat. Il en est de même de la parole de Dieu. Il y en a qui l'écoutent, qui la recueillent, p(ou)r en faire du miel : quam clulcia faucihus lïieis eloquia, tun. ! Seigneur, que Vos paroles me paraissent douces ! Le miel n'aprocha jamais de la douceur que j'y goûte : dulciora super mel et favum. C'est le partage des justes et des dévots\ Il y en a qui l'entendent et la recueillent p(ou)r en faire de salutaires remèdes à leurs maux : mlsit verbum suum et sanavit eos. C'est le fruit que les péch(eu)rs pénit(ens) en retirent. Mais il y en a qui ne l'écoutent que pour se satisfaire, qui ne vont au sermon que pour y voir ou y être vus, que pour passer une

1. Remarquons l'analogie avec certaines pai'oles attribuées à l'inculpé : « ma lance est emmiellée... » Voir plus haut, p. 171.

heure de temps, que pour y assister comme à une comédie : eris eis quasi carmen niusicum quod suelvI dulcique sono canitur. C'est le désordre des curieux et de tant de g-ens qui ne sont chrétiens que de nom. Sçais-tu bien, prophète, la figure que tu fairas et que fairont ceux qui t'écouteront ? Tu paraîtras comme un bateleur qui divertit une assemblée. Mal-hur à vous, malédiction sur vous, si vous ne venés nous entendre que dans cet esprit : tout ce désordre arrive de ce que vous ne nous regardez pour tels que nous sommes.

La seconde disposition que vous devez apporter dans le temps de la prédic(ation) est d'écouter les paroles qui sortent de la bouche du prédicateur comme des veritez de vie ou de mort, dont le bon ou le mauvais usage peut faire v(otre) predest(ination) ou v(otre) réprobation. C'est pourquoi saint Augustin veut que, lorsque nous vous prêchons, vous receviez nos paroles et que vous vous les appliquiez à vous-même, comme si c'étoient des lettres qui vous fussent envoyées du ciel, comme si c'étoit le testam(ent) de v(otre) père où il déclare ses dernières volontez p(ou)r vous pardonner vos fautes ou p(ou)r vous déshériter. Or quand je vous dis que la parole de Dieu est dans la bouche des prédicateurs un principe de prédestination pour les uns et une occasion de réprobation pour les autres, que ce sont des lettres favorables aux uns et fatales et funestes aux autres, je ne fais qu'apuyer le sentim(ent) de rEcrit(ure) S(ainte) dans le 2. des Paralipomenes.

Le roy Ezéchias voulant faire connaître à tout le peuple la force de la parole de Dieu fit députer plusieurs courriers chargez de ses lettres, iV fit mettre son sceau, et dont voicy les termes : nolite ohdurare cervices vestros sicut paires vestri, venite ad sanctuarium ejus quod sanctificavit in

Page 1