En marge : 1, Cor
çoivent, ils en sont charmez, ils frapent des mains, ils s'écrient : Ah! qu'il a bien parlé. Mais quand avec des termes plus simples il prêche les grandes véritéz du Chnst(ianisme), quand plein de l'esprit de Dieu il annonce Sa doctrine, qu'il descend dans le détail des vices et des vertus, il n'y a que les hommes spirituels qui écoutent et qui goûtent ce qu'il dit : animalis autem horao non recipit ea quae sunt splrltus Dâi ; mais p(our) ces hommes animaux, p(our) ces hommes enfoncez dans la fange de leurs vices, dans la boue et l'ordure de leurs passions, ils ne conçoivent pas ce qui vient de l'esprit de Dieu : stultitia est enini illi, et non potest intelligere.
Pourquoj ne le conçoivent-ils pas? parce que la folie est leur partage. P(our) concevoir ce qui vient de l'esprit de Dieu, il faut avoir de l'esprit, et ils n'en ont pas ; ils en ont bien p(ou)r le monde, p(ou)r les sottises du monde, p(ou)r les divertiss(emens) du monde, mais p(ou)r ce qui regarde Dieu et leur salut, ils n'en ont point. Ils ne conçoivent rien, et tandis qu'ils ont cette folie, cet attachem(en)t au monde, cet am(ou)r déréglé des créat(ures), cet entetem(en)t de persev(erer) dans leurs désord(res), ils ne peuvent rien concevoir et rattach(ement) à leurs péchez non seulem(ent) empêche la parole de Dieu d'entrer dans leurs cœurs, mais il leur en donne de réloig(nement) et de l'horreur. Cette imposs(ibilité) n'est pas absolue et invincible, mais ils se mettent volont(airement) dans cet état, et la parole de. Dieu ne rompra jamais leur dureté, à moins qu'ils ne ne le veuillent, qu'ils n'entrent dans des sentimens de pénitence et de conversion, et qui les portent enf(in) à venir dans nos églises comme à des cérémonies de deuil et comme à des discours qui ne doivent tirer de leurs yeux que des larmes.
Ainsi assistoieut les pr(emier)s enfans de rEg(lise) à la
prédication de la s(aiiite) parole et aux mist(èrcs) adorables de n(otre) religion, couverts de cendres et de cilice, ils paroissoient dans les temples comme des coupables condamnez à la mort, comme des pénitens qui venoient plurer leurs péchez. Tristes et pleins de comp(assion), ils écoutoient les véritez du salut comme des reproches qui les couvroient d'une confusion salut(aire) et qui les faisoit se regarder comme des criminels indignes de pitié ; au lieu que vous, pleins d'une téméraire conf(iance), vous venez nous écouter avec tranquilité sans y prendre aucune part et comme des justes qui n'ont rien à se reprocher.
Mais ce n'est pas assez. Loin d'apporter à la s(ainte) par(ole) les dispos(itions) néces(saires) p(ou)r en prof(iter), loin d'y venir soupirer sous la dure tirannie des passion(s) p(ou)r en obtenir la délivr(ance), n'y vient-on pas au contraire p(ou)r en inspirer aux autres ou p(ou)r en recevoir soi-même ? Loin de s'y venir instruire dans un esprit d'adoration et de respect, n'y vient-on pas détourner les autres, attirer sur soy une attention destinée à la parole de J. C, et inspirer des pensées criminelles à ses frères dans le temps môme qui est marqué p(ou)r leur conv(ersion) ? Grand Dieu ! quel fruit peut opérer V(otre) parole s(ainte) sur les cœurs qui ne s'y préparent point f et si elle ne les touche, n'est-ce pas parce qu'elle les a endurcies, ces âmes insensées, et qu'elle les a marquées du caract(ère) de perd(ition) 1
Mais nous, pécheurs, que ce discours reg(arde), quelle consol(ation) ])ourrez-vous trouver dans vos maux, puisq(ue) la s(ainte) par(ole) ne peut vous eu donner, puisq(ue) vous ne faites point de cas des promesses div(ines), que vous les méprisez '^ Nous ne vous annonçons que des pleurs ét(ernels). que des suplices rig(oureux), que des grinc(emens) de dents, que des feux et de flammes dévor(antes)
qui ne finiront jamais. Tout retracera icy vos chatim(ens) futurs. Nous n'ouvrirons les livres que p(ou)r vous annoncer vos malheurs. Mais p(ou)r les justes qui vien(nent) entendre la s(ainte) par(ole) dans un esp(rit) de pén(itence), tout les console, tout les soutient, tout les anime. La folie des péch(eu)rs que nous déplorons, fait l'éloge de leur sagesse : tout est doux et consolant p(ou)r eux, au lieu que tout est affr(eu)x p(ou)r les péch(eu)rs. Ah ! si du moins vous a portiez à nos discours quelques-uns de ces retours sur vous môme, de ces sentimens qui donnent quelque consol(ation) au prédic(ateu)r et qui font espérer la convcrs(ion) du péch(eu)r ! vous y apprendriez que, pour être loin de la voie du ciel, vous n'en êtes pas tout-à-fait exclus. Vous nous entendriez dire que, quelque grand pécheur qu'on soit, on peut trouver de ressources dans la misér(icorde) du Seign(eu)r, et que les plaies le plus envenimées donnent spérance d'être guéries, quand on commence à les sentir. Ces grandes vérités entendues comme il faut vous consoleroient, et la lumière du salut seroit pour vous une de ces lumières bienfaisantes qui vous fairoit porter à la parole que nous vous annonçons une disposition de prière et de recueillem(en)t, et une disp(osition) de douleur et de pénitence, telles que je viens de vous marq(uer). Mais ces 2 dispos(itions) suffisent -elles ? non, en voicy d'autres, lorsque vous écoutés actuellem(en)t cette parole. Je vais vous les expliquer. Les avez-vous à présent que je vous parle ? Jugez-en par les choses que je vais vous en dire dans la deuxième partie de ce discours.
Seconde partie.
La première disposition que doivent avoir les auditeurs, dans le mom(en)t qu'ils écoutent la parole divine, est de regarder dans le prédic(ateur) la majesté de Dieu, et de J. C. En eflPet, M(essieurs), la parole que nous vous
annonçons n'est pas la nôtre, mais celle de Celuy qui nous a envoyez dès qu'il nous a établis ses ministres. Vous ne devez plus nous regarder que comme ses organes et nous écouter comme de personnes députées de Sa part pour vous marquer Ses s(aintes) volontés, et qui prêtent leur faible voix pour annoncer Sa parole. Nous portons ce trésor précieux dans des vases de boue, mais il ne perd rien de sa majesté. La parole divine, semblable au glaive de Gédéon, paraît n'avoir rien que de terrestre et d'humain pour être portée par un homme mortel. Mais pour sa vertu, n'en est pas moins ' descendue du ciel et pas moins destinée à frapper les âmes inf.
Voicy ce que S' Paul, p(ou)r se concilier ratt(ention) et le respect de ses auditeurs, leur dit en la personne des Corint(hiens) : « Non sumus sicut plurimi adultérantes verbum Dei » ^, grâces au ciel, nous ne sommes pas comme plusieurs qui corrompent, qui profanent, qui flétrissent et qui deshonorent la parole de Dieu. Quand par malheur pour nous, nous deviendrions les prévaricateurs de n(otre) minist(ère), vous devriez toujours avoir du respect pour le caractère que nous portons. Mais grâces au ciel nous ne sommes pas de ce nombre : sed ex sinceritate, sed sicut ex Deo, coram Deo, In ChCrisJto loquimur, nous vous parlons avec sincérité et vérité, comme de gens envoyez de Dieu, comme des gens à qui Dieu est toujours présent et qui ne Le perdent jamais de vile, comme des gens qui représentent la personne de J. C.
Toutes les fois donc que vous entendez un prédic(ateur), vous devez le regardez comme un homme extrahord(inaire) comme un homme en quelque manière céleste et divin : sicut ex Deo, coram Deo, in Ch(ris)lo. Voila, devez-vous