Troisième partie
La pre(mière) chose que vous devés faire, est de rentrer en vous même et de vous recueillir. N'attendez pas que vous soyez chez vous, â moins que de puissantes affaires ne demandent votre présence ; mettés-vous à genoux, retirezvous dans quelque coin de régl(ise), et là prosternez
dévotement remerciez Dieu de la grâce qu'il vous a faite de vous expliquer ses volontez. Si quelques endroits de la prédication vous ont plus touchez que les autres, rappelez-les dans v(otre) esprit, pezés-les, ruminez-les Et (juand ce ne seroit que durant l'espace d'un Miserere, priez le Seign(eu)r qu'il donne la force à Sa parole et que cette précieuse semence ne tombe pas inutilement dans vos âmes.
C'est là la principale oblig-(ation) des aud(iteurs). Bienli(eureux) sont ceux qui entendent la parole de Dieu, dit .1. C, beati quiaudiunt verbum Dei. Mais est-ce assez de l'entendre p(ou)r être bienheureux. Non, bienheureux ceux qui la mettent en pratique : et custodiunt illud. Voulez-vous sçavoir, dit II ailleurs, si vous êtes véritablement) Mes disciples? la meilleure marque et la plus certaine sera si vous demurez attachez à Ma parole : si maiiseritis in verbo meo, vere discipuli viei eritis. Or demurer dans la parole de Dieu et y être attachez, ce n'est pas simplem(en)t l'entendre, la louer, dit S' Augustin; c'est la pratiquer, c'est se servir d'elle p(our)r résister à toute sorte de tentation. Démon, tu me tente de violer les commend(emens) de Dieu, je t'opposeray touj(ou)rs cete sentence : si vous voulez posséder la vie éternelle, gardez mes commandemens.
Démon, tu me tentes d'avarice, maisj'ay entendu mon Dieu me dire par la bouche de son ministre : que sert-il à un homme de conquérir tout le monde, s'il vient malheur(eusemen)tà perdre son âme? Retire-toy, tentateur, je veux m'attacher à cette parole et la réduire en pratique ; dez que je seray rentré dans ma maison, je ne différeray })oint de mettre en uzage ce que j'auray entendu. Faut-il aller me réconcilier à cet ennemi fj'yray. Restituer ce bien? je le restitueray. Réparer les torts de cette médisance? je les
répareray? Quitter cejeuf je le quitteray ; car si je remets de jour en jour, de semaine en semaine, et de mois en mois, ces bons mouvem(ens) passeront, mes mauvaises habitudes se fortifieront, je m'endurciray ; et faute d'avoir à la pre- (mière) occasion exécuté ce que j'avois entendu devoir faire, je me damneray à la fin et vomiray mon âme dans les Enfers.
Ça donc, M., profitez dez aujourd'huy de ce que l'Esprit de Dieu m'a inspiré p(ou)r v(otre) instr(uction). Je vous ay expliqué avec autant de netteté et de solidité que j'ay pu les disposi(tions) dans lesquelles vous devez être avant que d'entendre la parole de Dieu, celles où vous vous devez trouver lorsque vous l'entendez, et ce que vous êtes obligé de faire aprez l'avoir entendue. Je vous ay demandé une disposition de prière et de recueillem(ent) et une disposition de douleur et de pénit(ence). Etes-vous venus dans cette ég-lise avec de si bonnes dispositions, et quand dans la suite vous y viendrez, aurez -vous ces sentimens? Si j'ay dit vray, vous devez y prendre garde ; si j'ay dit faux, ne venez jamais m'entendre : je suis un imposteur.
J'ay adjouté que pendant le temps que vous écoutez la parole de Dieu, vous devez la recevoir de celui qui vous l'annonce comme si Dieu même vous parloit, l'écouter comme devant un jour être le principe de v(otre) predestin(ation) ou de v(otre) réprob(ation), et vous regarder comme des gens à qui un prédicateur parle personnellem(en)t, sans rejetter sur d'autres les véritez qui sont dites p(ou)r vous. 0 le grand secret de bien entendre la parole de Dieu! Faites cela, M. et vous vivrez : hoc fac, et vives.
Enfin j'ay dit qu'il falloit autant que vos aff^aires) et le temps vous le permettoient rentrer en vous-même et fermer sur vous la porte de vos sens p(ou)r réfléchir sur les véritez que vous aurez entendues, tandis que vous êtes tout frai-
chcm(en)t pénétrez ; c'est là tout ce que vous devez faire pour entendre la parole de Dieu avec fruit. Ce sera par ce moyen que vous demurerez dans elle, et elle vous faira porter des fruits de la bienheureuse éternité : je vous la souhaite de tout mon cœur, au nom du Père etc..