Sic
est établie sur des principes tout contraires ; car elle fait profession de ne compter pour rien ce qui frape les sens, d'adorer un Dieu qui est tout Esprit, d'espérer des biens qu'on ne voit pas par les yeux du corps ; et c'est par là que Dieu a voulu que cette société spirituelle opérât son salut, et qu'elle fut privée p(ou)r cet effet de la vue de son fondateur et qu'elle fut réduite à le croire par la foy.
S' Paul dit qu'elle est fondée sur les fondemens des Ap(otres), super fuiulamentum Apostoloruin : qu'elle a J. C. p(ou)r pierre angulaire, ipso summo IcLpide Christo Jesu. Or J. C. et les Apôtres sont dans le ciel, et nous somes sur la terre. Les batimens d'icj bas ont leur fondement en terre parce qu'ils sont de terre ; mais l'édifice de J. C, étant tout céleste, a son fondement dans les cieux. Il faut donc s'élever au-dessus de la chair et du sang si on veut avoir une idée de l'Eglise digne de son Epoux et de son sanctificateur. L'origine de l'Eglise est du ciel, sa naissance de Dieu : vidi civitatem sanctam Jérusalem novam descendentem de cœlo. Qui aime la terre ne scait ce que c'est d'être enfant de l'Eglise. Elle est icy bas humiliée et persécutée, mais la gloire de Dieu même est la dot qu'il luy réserve ; icy elle marche comme dans la nuit à la lueur obscure de la foy ; là Dieu sera son soleil et sa lumière. Semblable à une épouse désolée, l'Eglise ne fait que gémir, le chant de la tourterelle délaissée est dans sa bouche; elle est étrangère sur la terre; son Epoux, le plus beau de tous les hommes, s'est élevé au-dessus des plus hautes montagnes.
En effet, dit le Vénérable Bède, si l'on y fait une sérieuse réflexion, on trouvera que toutes les cérémonies, les prières et les cantiques de l'Eglise ne sont que pour la consoler dans son pèlerinage, et qu'elle peut dire comme David : Seigneur, vos oracles me servent de cantiques de reiouis-
sance dans le lieu de mon exil : Domine, cantabiles mihl erunl justificationes tuae in loco peregrinationis meae. Elle demande sans cesse l'avènement de J. C. qu'elle appelle son amour et son désir : Jesu amor et desiderium. C'est la dévotion de l'Eglise, l'esprit de l'Eglise, la spiritualité de l'Eglise ; c'est à quoy tendent les assemblées des peuples fidelles, la célébration des saints mystères et des sacremens, la sainteté du bapt(eme) et les exhortations des pasteurs. Tout cela aboutit non seulement à jetter dans nos cœurs la semence de ce saint désir et à l'y faire germer, mais encore à l'y faire croître ^ et à l'étendre d'une manière si parfaite qu'il soit capable de recevoir et de contenir ce que l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point entendu, et ce que le cœur de l'homme ne peut comprendre. Il n'y a donc rien de plus indigne d'un chrétien et de la qualité qu'il porte d'Enfant de Dieu et de membre de l'Eglise que de s'attacher à cette vie présente comme si elle ne devoit jamais passer. Il n'y a rien aussi qui fasse plus connoitre et toucher au doit la corruption du cœur de l'homme que ce degout, où tout au moins ce peu de désir et de goût qu'il a pour la vie du ciel, et l'indifférence où il paroit être pour un bon-heur vers lequel il devroit soupirer jour et nuit.
Chose étrange ! nous portons dans le fonds de u(otre) cœur un désir naturel d'être heureux : la raison et l'expérience nous apprennent et nous convainquent que tous les plaisirs et tous les biens de ce monde ne nous peuvent rendre heureux. La foy nous fait connoitre que nous ne le pouvons être que par la jouissance de Dieu. Nous faisons tous les jours profession dans le simbole de croire et d'espérer la vie éternelle : credo vitam aetcrnam. Cette vie est enfermée dans l'avenemcnt du royaume de Dieu que