‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 149 sur 190 · VII. De la cliar(ité) frat(ernelle · texte numérisé non relu

VII. De la cliar(ité) frat(ernelle

Omne regnum in se divisum desolabitur. Luc, 2. Tout royaume divisé contre soy même sera détruit.

Les plus grands ouvrages du monde ne se conservent que par l'union, et la division fait leur perte et leur ruine. Ces Louvres magnifiques, où la nature et l'art font paroitre à l'envy tout ce qu'ils ont de plus rare et de plus précieux ne seroient que des masses confuses et de tristes mazures, si l'union ne soutenoit et n'arrangeoit les parties qui les composent. Les plus majestueuses rivières qui arrosent nos provinces et qui portent l'abondance et la fertilité partout, ne seroient que des torrents passagers ou des ruisseaux sans nom, si on divisoit leurs eaux. Les armées les plus florissantes et les plus redoutables ne seroient qu'une troupe de victimes conduites à la boucherie, si la division partageoit les esprits des soldats.

11 en est de même de l'Eglise de J. C. qui est le royaume

de sa gloire sur la terre. Elle ne peut subsister dans sa perfection que par une double union. La 1 est l'union avec son roy qui est J. C. qui la gouverne et qui la possède par sa grâce sanctifiante. La seconde est l'union entre les fidèles par la charité fraternelle que saint Paul appelle le lien de la perfection, oinculum perfectionis. C'est ce lien de perfection qui ne fait de tous les fidèles qu'un môme état, un même corps, un même esprit.

De là il s'en suit que les chrétiens qui par des haines, des envies, des jalousies et des désirs de vengeance détruisent cette charité naissante, ruinent autant qu'ils peuvent ce royaume : omne etc. Ces mauvais chrétiens sont des criminels d'état, je dis, de l'état de Dieu qui est l'Eglise. Ils sont de criminels de leze majesté divine au p(remie)r chef, puisqu'ils s'opposent à l'esprit de Dieu et à la personne même de J. C.

Or quels sont les motifs qui peuvent nous porter à entretenir parmi nous cette union chrétienne par l'amour que nous devons les uns aux autres, c'est ce que je veux vous montrer dans ce discours.

• Je dis donc que nous sommes obligez d'avoir de l'amour les uns pour les autres, parce que nous sommes enfans d'un même père, 1 motif; parce que nous sommes enfans d'une même mère, 2 motif; et parce qu'enfin nous sommes membres d'un même chef, 3 motif. Où peut-on trouver des liens plus forts pour entretenir cet amour? nous sommes enfans d'un même père, scavoir, de J. C, d'une même mère, scavoir, de l'Eglise, membres d'un même chef et d'un môme corps, scavoir, do J. C. et de l'Eglise. Voilà trois motifs puissants pour nous porter à aimer nôtre prochain, qui vont faire les 3 parties de ce discours. Mais p(ou)r bannir les troubles, les divisions et les partis, et pour éteindre par la paix et par la charité toutes les aver-

sious et toutes les haines, il faut que nous nous adressions au S' Esprit qui seul peut pacifier nos cœurs. Demandons ses g-râces par l'intercession de Marie, la Mère du bel Amour : Ave Maria.

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