‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 154 sur 190 · Sic · texte numérisé non relu

Sic

la colère est venu, et qui pourra seulement soutenir les regards d'un Dieu irrité : et quis poterit stare ?

S' Basile dit et prétend que la présence de ce juge redoutable sera insuportable aux reprouvez et infiniment plus que tous les tourmens de l'Enfer, et c'est en ce sens qu'il leur met à la bouche ces paroles de Job : quis mihi hoc trihuat ut in inferno protegas me et abscondas me clonec pertranseat furor tuus? Père éternel, protegez-moy et cachez moy : quelle protection veux-tu que je te donne, abominable pécheur qui m'as tant offensé? laissez-moy en Enfer; mais l'Enfer est le centre de tous les tourmens; n'importe, laissez-moy en Enfer, j'y souffre déjà d'horribles suplices, couvrez-moy seulem(en)t des flammes, et enfoncez-moy si avant que je n'en sorte, je m'y trouveray mieux que de paraitre devant la face de ce juge : nec aspiciat me visus hominis. Que les regards de cet hom(m)e- Dieu ne se tournent pas vers moy, je ne scauroys suporter les rayons murtriers qui sortent de ses yeux, je ne scauroys le voir ni en être vu. La seule grâce qu'un damné semble demander est que les regards du fils de l'homme ne se tournent vers luy : nec aspiciat me visus hominis.

Mais n'y auroit-il poinct de motif qui fut capable de calmer la fureur de ce juge irrité; point de considération qui peut le toucher de compassion? non, il n'y aura ni motif ni considération qui puisse abbattre son courroux, rien ne le fléchira en faveur des reprouvez, rien ne l'adoucira, rien ne sera capable d'arrêter les traits de sa colère et de sa veng(eance); il n'y aura point de miséricorde, dit un Père, il n'y aura pas même un rayon ni une ombre de miseric(orde), nec miseriez ordia) nec radius misericordiae in fonte misericordiarum apparebit. Dieu qui est une source de miséricorde. Dieu dont la nature est charité et bonté, sera sans pitié, sans compassion, sans indulgence, et pour nous le mieux faire comprendre.

Remarquez que de toiits les motifs qui peuvent nous porter à la compassion et à la tendresse, il n'y en a point de plus puissant que celuy de la chair. En effet cette seule considération a été si puissante sur l'esprit des hommes pour entretenir leur amitié, que les pasteurs d'Abraham et ceux de Loth ayant eu quelque contestation pour le partage d'une partie, ce patriarche pour en arrêter le cours ne trouva pas de moyen plus propre que de lui' dire: qu'il n'y ait point, je vous prie, de-querelle entre nous ni entre vos pasteurs et les miens, nous sommes frères, la nature nous a trop étroitement unis pour qu'un petit interest nous sépare : fratres enim sinnus.

Ce fut de cette même considération dont^ se servit Judas, fils de Jacob, pour détourner ses frères du cruel dessein qu'ils avoient pris de faire mourir Joseph : faites un peu de reflexion sur ce que vous allez faire, leur dit-il, quel avantage tirerons-nous de faire mourir notre frère : quicl prodest nobis si occiderimus fratrem nostrum? ne trempons point nos mains dans son sang : c'est notre frère, c'est notre chair, frater enim et ca.ro nostra, est. Quelques animez que fussent ces barbares contre Joseph, l'Ecriture remarque qu'ils acquiescèrent à ce que Judas demandoit en sa faveur, tant il est vray qu'il n'y a point de motif plus puissant pour nous porter à la compassion et ù la tendresse, que celuy de la chair et du sang.

Mais quelque puissant que soit ce motif, com(m)e vous venez d'entendre, il ne sera pas capable d'attendrir ce seul fils de l'homme. Guy souverain juge de l'univers, vous seul, frère unique des hom(m)es, serez excepté de cette règle, vous jugerez notre chair sans pitié, sans miséricorde, vous examinerez et vous condamnerez les pécheurs sans compassion, sans tendresse, et le grand sujet de leur

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