Je signale une fois pour toutes la fréquence de ce mot
des actes les plus héroïques de toutes les vertus, David craint encore le jugement de Dieu: confige timoré tuo carnes tneas, Seigneur, percez ma chair de v(otre) crainte, parce que j'ay aprehendé vos jugemens; il luy demande pour récompense qu'il n'entre point en jugement avec luy, il s'estime trop payé de ses bonnes oeuvres pourveu que le Seigneur daigne ne les pas examiner : non intres in judicium cum servo tuo, quia non justificabitur in conspectu tuo omnis vivens.
Souverain juge des vivans et des morts ; je vous fais aujourd'huy pour tout cet auditoire et poui^moy la même prière que ce s(ain)t roy : confige timoré tuo carnes meas, Seigneur, pénétrez-moy de la crainte de vos jugemens. Ce n'est pas assez que cette crainte soit dans mon esprit, ni dans ma mémoire, elle pourroit en être effacée, mettes la dans toutes les parties de mon corps ; ce n'est pas assez de l'y mettre, gravez l'y avec des traits si peroans et si profonds qu'elles n'aient point d'autres mouvemens que cette crainte leur donnera; confige timoré tuo carnes meas; mettez-la cette crainte dans mes yeux, afin qu'ils ne jettent plus des regards criminels; mettez-la dans mes mains, afin qu'elles ne fassent plus des mauvaises actions ; mettez sur ma bouche et sur ma langue, afin qu'elle ne dise plus de médisances ni d'injures ; ouy Seig(neu)r, je crains vos jugemens, cette crainte me fait veiller sur ma cond(uite), elle me fait demander v(otre) grâce, elle me dispose insensiblem(en)t à v(otre) amour : et dès que je dois vous aimer, bien loin d'aprehender votre venue, je la désireray et la rcgarderay com(m)e le principe de ma liberté et de ma gloire, que j'espère de vôtre miséricorde, et c'est aussi ce bonheur, mes frères, que je vous souhaite à tous au nom du Père, etc..
Trois exoi'des ', deux sermons ^ tout entiers, Fexorde et la première partie d'un autre ^ donnent une idée de la prédication de J. B. de Guignes. Nous ne saurions reproduire le reste de « vingt cayers ou mémoire de prédica(ti)ons par le querellé, pour suivre la procédure, pour le promoteur d'office querellant », ainsi qu'on lit en tête de ce livre manuscrit. Ce serait enfler démesurément un travail déjà bien long. N'oublions point, à titre de comparaison, les mesures que Louis XIV, dans les derniers mois de son règne, prescrit à Pontchartrain, ministre de la marine et de la maison du roi, au sujet de prédicateurs suspects, comme notre de Guignes en 1709, de Jansénisme'*. Le roi a dit au ministre que trois atfectent « dans leurs sermons de parler toujours de la Grâce, pour établir le système janséniste dans toute son* étendue » ; qu'ils débitent « dans la chaire des propositions condamnées par la Constitution (UnigenitusJ », et qu'ils tiennent « des discours séditieux et fanatiques ». Le roi a rerais à Pontchartrain des extraits de leurs sermons : de même Grillon avait confisqué ceux de notre de Guignes. Le roi se plaint de ne pas être avisé par d'Argenson, alors lieutenant de police, « d'une chose aussi importante ». Aussitôt les mesures se multiplient : deux feuillants sont exilés dans leur abbaye, un prêtre séculier embastillé pour quelques mois, et, outre ceux que Louis XIV avait désignés, divers autres ecclésiastiques mis dans la célèbre prison d'Etat.
Laissons ces événements d'avril 1715^ et revenons au jeune prêtre dont les œuvres ont été saisies par son évêque.