‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 157 sur 190 · Sic · texte numérisé non relu

Sic

leurs scntimeiis pour nous obliger à réformer les nôtres de bonne heure et à ne pas attendre des lumières tardives.

Car pour lors il n'y aura plus de recours à cette bonté infinie en laquelle nous avons tant de confiance : non parcet occulus meus superne, et non miserebor, sed vias tuas ponam super te, et scies quia ego D{omi)nus per~ cutiens. Non, dit le Seig(neu)r par Ezéchiel, je ne te pardonneray plus, je n'auray nulle compassion de toy, je n'auray en vue que tes crimes, je ne songeray qu'à t'en faire porter la peine, je te fraperay, et tu sentiras par la pesanteur des coups que c'est la main d'un Dieu vengeur qui te frappe : ego D(omJinus percutiens.

Ahl que vous l'avez mal comprise, âmes présomptueuses, cette bonté infinie, cette rédemption abondaute, cette grande miséric(orde) sur laquelle vous faisiez un si grand fondement. C'est cette bonté elle-même qui, par l'opposition infinie qu'elle a avec le mal, vous réprouve et vous rejette pour toujours ; c'est cette miser(icorde) qui va, pour ainsi dire, aiguiser tous les instruments de vôtre supplice; c'est le sang du rédempteur qui doit allumer les feux que l'on vous prépare ; c'est le rédempteur luy même qui va prononcer l'arrcst de vôtre condamnation.

Arrestez un moment, Esprit bienheureux, troupe sainte des prédestinez, avant que d'entrer en possession du bonheur qui vous est dû, soyez témoin de la vengeance que vôtre Dieu va prendre de ses ennemis, voyez pour la dernière fois ces mal-heureux que vous ne verrez jamais plus; entendez le tonnerre dont on les frappe. Discedite a me m.aledicti in ignem aeternum. Allez, maudits, retirezvous de moy, allez au feu éternel, allez brûler dans ces flammes que je n'avois pas préparées pour vous, que je n'avois allumées que pour les démons, mais où vous m'avez forcé de vous précipiter avec eux : discedite a me

maledicti in ignem aeternum, pa.ratum Diabolo et Angelis ejus. Discedite, retirez- vous, vous qui avez fait consister vôtre bon-heur à vous éloigner de moy ; cent foisj'ay voulu m'approcher devons, et toujours j'ay été méprisé, rebuté. Discedite; mondains, cherchez ces idoles à qui vous avez tant sacrifié, ces divinitez dont vous avez tant attendu ; vous ne serez plus mon peuple, et je ne seray plus vôtre dieu ; discedite, maledicti ; retirez-vous de moy, bénis du monde, mais maudits de mon père, encore une fois retirez-vous; mais quel sera notre asile; oii aller. Seigneur, aprez ce coup de foudre? In ignem] au feu, sensuel, voluptueux, amateur de vôtre corps, ennemis de la croix et de la pénitence; trainez-y ce cadavre dont vous avez fait vôtre Dieu. Ah ! Seig(neu)r, vous qui connaissez seul ce que vous valez, contez-vous pour si peu de chose la perte d'un Dieu, qu'elle ne suffise pas pour nous rendre mal-heureux? N'etés-vous pas content de tant d'années qu'il y a que nous brûlons sans relâche? Ne nous laissés-vous rien espérer? Aeternum; éternellem(en)t, point de bornes, point de fin, point d'espérance. Où est donc, grand Dieu, votre bonté? vous l'avez épuisée ; du moins Seigneur, dans vos plus sévères vengeances vous avez laissé toujours échapper quelque trait de miséricorde ; cum iratus fueris, miser icordiam. faciès ; le temps de ma miser'icorde) est expiré ; des bornes fatales ont mis un cahos éternel et insurmontable entre elle et vous; ma justice demande aujourd'huy ses droits inaliénables et seule désormais sera votre partage ; ma bonté éclattera en d'autres lieux. Ceux qui l'ont honorée en ressentiront les effets ; mais ceux qui l'ont outragée, passeront pour jamais entre les mains de ma justice; c'est à elle à me venger pleinem(en)t de vous; un châtiment qui a de bornes peut satisfaire une créature

bornée; c'est punir en homme, et non pas en Dieu; qu'on connoissc toute l'énormité de l'offense par la rigueur et l'éternité du supplice; il faut que tout l'univers apprenne aujourd'huy qu'il y a un Dieu vengeur : vous avez eu vôtre temps, voicy mon jour : discedite, retirés-vous, prononcer plus longtemps la sentence, c'est derrober du temps au suplice.

Alors ces mal-heureuses victimes, ne trouvant plus d'autre ressource, souhaitteront mille fois d'être anéanties ; mais en vain, il faudra toujours subsister, et que l'arrest s'exécute. Un tourbillon de flammes les investira, et la terre s'ouvrant sous leurs pieds, ils seront précipitez par la chute la plus funeste et la plus terrible, jettant des cris affreux et donnant toutes les marques d'un horrible desespoir : ils y tomberont, dis-je, attirez par le poids de leurs propres péchez, entrai nez par les démons, mais surtout poussez par la justice de Dieu qui les poursuivra jusque dans les abimes, qui s'y renfermera avec eux pour les tourmenter éternellement, sans pitié, sans miséricorde et sans relâche.

Avez -vous bien compris l'importance de ces veritez : intellexistis haec omnia; il y a eu des saints qui pour avoir vu en songe le jugement dernier ont quitté le monde et se sont retirez dans les déserts p(ou)r en embrasser l'austérité et le silence; je ne demande pas à votre piété ces efforts; mais au reste la counoissance du jugement dernier n'étoit pas plus pour eux que pour vous, et depuis ce temps la justice divine ne s'est pas radoucie en votre faveur. Quoy qu'il vous en coCite, ne laissez pas échaper la parole de Dieu que je vous prêche; il s'est voulu servir de raoy et de cette parole pour vous convertir ; dans un mois peut être mourrez-vous, et peut être serez-vous damnés pour n'en avoir pas voulu profiter. Hé, mes chers audi-

teurs, pour un mois de pénitence ne vous damnez pas. Mes chers auditeurs, pour un mois de mortification, pour un mois de renoncement à vos vanitez et à vos plaisirs, ne vous damnés pas. Voilà la dernière vérité qui vous sera peut être prechée, et si vous la négligez pourrez-vous soutenir la vue et la présence de vôtre juge? Les Saints trembleront devant luy, les colonnes du ciel s'ébranleront, et vous avec tous vos péchez serez-vous en assurance.

Je crains, disoit autres fois S. Bernard, tout pénétré qu'il étoit des veritez si terribles, je crains le visage de ce juge capable de faire trembler les Anges mêmes, je crains la colère de ce Dieu puissant, je crains les marques de sa fureur. Je crains ce fracas du monde bouleversé, cet embrazement des élemens, cette tempette epouventable, cette voix de l'archange, cette parole dure et terrible; je tremble en pensant aux dents de ce monstre infernal, au goulfre de l'Enfer, à ces lions affamez et tout prests à dévorer leur proye, je suis saisi d'horreur par l'image de ce ver qui rongera les méchants, de ce feu qui les brûlera, de cette fumée et de cette vapeur de soufre, de ces vents impétueux, et de ces ténèbres extérieures. Qui metra dans ma tête une source d'eau et qui donnera à mes yeux une fontaine de larmes pour prévenir par mes plurs ces plurs éternels et ces horribles grincemens de dents, ces cruels liens, et le poids de ces chaînes, qui accableront, qui serreront, qui brûleront les réprouvez sans les consommer.

C'est ainsi que les plus grands saints ont tremblé aprez avoir fait de si grandes choses, soyez pénétrez de la même crainte, je veux dire de cette crainte salutaire qui n'est jamais oisive et qui fait sans cesse travailler, il vous reste encore de temps pour prévenir les horreurs de ce jugement dernier, et s'il n'y a plus de ressource, plus d'espérance pour les pécheurs impénitents, il n'y a pas sujet de deses-

poil* pour les pécheurs qui out encore le temps de se convertir. Courag-e donc, mon frère, le fils de l'homme n'est pas encore assis sur son throne, ou s'il y est assis, c'est sur celuy de la miséricorde. Ouy pécheur, il ne faut point vous désespérer, quand vous seriez tombé dans l'hérésie ou dans l'athéisme; quand vous auriez fait plus de péchez que le démon n'en peut inventer, ne vous desperez pas, vous avez du temps pour prévenir ce jugem(en)t terrible, ce juge qui sera inexorable pour les réprouvez se laissera toucher de compassion, il est prest de vous recevoir si vous vous présentez à luy avec un esprit humilié et un cœur véritablement contrit.

Voicy un trait de l'Ecriture tout à propos pour mon sujet, après quoy je finis. Le roy Assuerus ne montoit jamais sur son throne, que la multitude de ses officiers, le grand nombre de ses gardes et l'éclat de ses habits royaux touts couverts d'or et de pierreries, la majesté de sa personne, et certain air de suavité imprimé sur son visage ne fissent trembler et frissonner de crainte ceux qui s'en approchoient. La reine Esther, ne pouvant soufrir cette redoutable majesté sans tomber en défaillance, il arriva, dit l'Ecriture, que Dieu changea tout d'un coup le cœur de ce prince, qu'il le rendit traitable et doux de severe qu'H étoit un moment auparavant: convertit Deus cor régis in nicinsuetudinein. Dez qu'il vit cette princesse qu'il aimoit, il descendit de son throne, il luy présenta la main, il la soutint par dessous les bras et luy dit: qu'aprchendez-vous, Esther? je suis votre frère, ne craignez-rien, la rigueur de mes loix n'est pas pour vous, et vous ne mourrez pas, approchez-vous de moy avec confiance, et touchez mon •sceptre'.

1. Voir ce que, d'après Varages, de Guigues se proposait de dire à l'isnarde et à l'Aussel : il V a un souvenir du mot d'Assuérus à Esther.

VoiJa, M(essicurs), la plus belle image et l'expression la plus sensible de tout ce qui se passera au jugem(en)t de Dieu. Dez le commencem(en)t que J. C. commencera à paraître sur une éclatante nuée, com(m)e sur le throne de la gloire ; dez le moment qu'on verra sortir de ses yeux et de sa bouche des torrents de feu et de soulfre, comme dit l'Ecriture, flatus D(omi)ni sicut torrens suljohuris, pour achever par sa redoutable présence le supplice des réprouvez, dez ce moment il changera luy même son propre cœur en faveur des prédestinez \ il descendra de son thrône, il ira au devant d'eux, il les embrassera, il les baisera, il les consolera par ces aimables paroles : Ego sum frater tuus. Je suis votre frère, je suis ce Jésus que vous avez si fidèlement servy, je suis ce Sauveur qui vous a tant aimé et qui vous aimera toujours, ne craignez rien, approchez-vous de moy, mettez vos mains sur mon sceptre, venez les bien aimez de mon père, vous ne mourrez pas, regardez-moy et levez vos têtes parce que vôtre rédemption est proche, respicite et levate capita vestra quoniam appropinquat redCemptioJ vestra.

Tel sera le bon-hur de ces âmes généreuses qui se seront préparées dez ceste vie à ce jugem(en)t terrible, tel sera aussi le vôtre si vous tachez de les imiter dans toute la conduite de leur vie et dans leur pénitence ; mais quelques efforts que vous fassiez pour marcher dans la voye du salut, ne vous croyez jamais en assurance, et ne cessez point de craindre à la viie des jugemens de Dieu. C'est ainsi qu'en agissoit David, ce prince selon le cœur de Dieu, ce roy pénitent : aprez avoir baigné sa couche de ses larmes, aprez avoir fait ses délices de la loy de Dieu qu'il portoit gravée dans son cœur, aprez avoir fait la guerre aux impies, aux ennemis de Dieu, aprez avoir passé sa vie dans l'exercice

Page 1