‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 163 sur 190 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

revenu de toutes parts qu'il était prévenu des maximes du Jansénisme », qu'il possédait et des livres suspects et même des défendus, « qu'il avoit le Nouveau Testament de Mons et celui avec les Réflexions dont on dit le P. Quesnel être l'auteur», qu'il prêtait ces ouvrages à des hommes, à des femmes et à des filles.

Il rappelle à de Guignes que celui-ci, invité à soumettre ses livres à son supérieur, déposa à l'Evêché un exemplaire du Testament de Mons (non le sien, qu'il a gardé, mais celui de Varagcs), des ouvrages calvinistes qu'il avait retirés à une fille convertie depuis peu, un manifeste en vers burlesques contre les Capucins, plusieurs thèses soutenues par les Jésuites; qu'il les apporta « dans ses poches, dans ses manches et sur lui » ; que l'Evoque garda ceux qu'il jugea suspects ou mauvais. De Guignes dit qu'il a installé la congrégation des hommes dans la chapelle des Pénitents Blancs et celle des femmes dans une des chapelles de l'église paroissiale de Tourettes; que c'est avec la permission du grand vicaire qu'il transféra la première dans la chapelle rurale de St-Jean ; qu'il n'a jamais autorisé les réunions chez Louise Gazagnaire ; quelles avaient lieu avant son arrivée; qu'il a établi l'autel ; qu'on y chantait les psaumes et les hymnes en provençal; que les offices qu'il a composés et que « faute d'attention » (il le reconnaît) il a négligé de soumettre à l'évoque, ont été faits par lui, non pour ces femmes, mais pour des particuliers.

Si l'on a parlé de tout cela dans le village, ce sont « des libertins qui par jalousie » ont cherché à lui nuire. Il n'a jamais, dit-il, «badiné avec les femmes à de jeux de mains » ; il n'a point poussé la Merlesse « pour la faire choir à la renverse » ; il n'a jamais provoqué qu'une simple plaisanterie de César Gazagnaire qui lui parlait

« en riant » de sa belle-fille. Le 28, suite et fin de ce dernier interrogatoire « derrière le bureau » . De Guignes convient que le grand vicaire lui avait défendu « de fréquenter Marguerite Merlesse Gazagnaire » (c. a. d. la veuve d'Antoine Gazagnaire), mais non les autres paroissiennes ; que dès lors il fit son ordinaire chez lui et pendant 20 jours ne parut plus chez elle; qu'il est retourné seulement après les nouvelles offres de service du vieux notaire César ; qu'il a parlé, étant en chemise, une fois à ladite veuve Gazagnaire afin qu'elle lui envoyât un de ses enfants « pour aller lui chercher de l'eau, du feu et autres petites nécessités », et un autre jour à l'Isnarde pour qu'elle ne s'impatientât point d'avoir prêté son mulet au chanoine Esmiol qui voulait descendre à Saint-Paul.

Il n'a pas dit à la Merlesse (c. a. d. à la veuve Gazagnaire) qu'elle eût la jambe bien faite. « Et un autre jour, lui étant à sa fenêtre en chemise, ladite Merlesse Gazagnaire le voyant ainsi lui cria : Etez-vous prêt ? et que lui lui répondit : Faites vos affaires ! et pour lors elle lui répliqua : Je les fais. Et que peu après elle monta dans sa chambre où elle resta demi-heure ». De Guignes le nie positivement. S'il a fait suivre l'Isnarde, c'est pour s'assurer qu'elle obéissait aux règlements de la congrégation, « qui sont observés en France, en Espagne et à Marseille; et qu'on donne le nom de ceux qui sont préposés à observer la conduite de ceux qui y sont agrégés, celui de zélateur, de surveillât, et en Espagne celui de nonce ».

Ce môme jour M^' de Grillon prend l'avis de ses deux assesseurs. Bernardy, qui est le plus jeune, trouve de Guigues très répréhensible et approuve les conclusions du promoteur. De même messire d'Andon, et enfin l'évêque. C'est dans le séminaire même de Vence que se retirera le

condamné \ La sentence qui le frappe lui est signifiée le 1" octobre.

Quelle en était la gravité? c'est ce qu'on peut chercher à apprécier d'une façon toute relative, et pour cela nous consulterons, dans les documents de l'officialité de Vence, deux procès qui eurent lieu sous l'épiscopat de M«' de Grillon et un qui se déroula au surlendemain, pour ainsi dire, de sa nomination à l'archevêché de Vienne.

En décembre 1700, F Evoque avait ordonné au prieur de Saint-La urent-du-Var^, poursuivi par le promoteur (ainsi que par un mari qui croyait, sans raison, pouvoir être mécontent du prêtre), à se retirer au séminaire de Vence, mais pour six mois seulement, à être interdit durant ce temps-là, à lire chaque vendredi, « avant dîner, droit et tête nue, devant les Pères de la Doctrine^ Chrétienne et autres qui seront dans ledit séminaire «, les chapitres 3 et 6 des Ordonnances synodales de Godeau, ainsi que le chapitre 14 du titre I du livre III des Décrétales « de vita et honestate clericorum ».

J'insiste sur ces deux peines.

Godeau avait présidé, comme évêque de Grasse, quatre synodes de ce diocèse \ le 20 avril 1638, le 10 mai 1639, le 21 avril 1643 et le 28 avril 1648. On lit, dans le procèsverbal de ce dernier : « Nous Evesque ayant ramassé les statuts synodaux de nos prédécesseurs en un livre que

1. Le Séminaire de Vence avait été — en vertu d'un acte retenu le 13 août 1669, au château de Séranon où l'évéque résidait alors, par Jacques de Guigues, notaire de Vence, — fondé par Godeau selon l'exemple de saint Charles Borromée, pour qui le premier académicien avait une profonde vénération, et du cardinal-archevêque d'Aii, Jérôme de Grimaldi, dont il n'était pas le suffragant, mais l'ami. En 1667 il avait appelé les Pères de la Doctrine Chrétienne a Vence. Une lettre qu'il écrit de cette ville, le 23 octobre 1671, dit : « Il ne faudrait qu'un peu de rognures de Versailles pour commencer à bâtir » ce séminaire dont il avait acheté le sol. Les Pères étaient alors installés a la chapelle de N.-D. de Larrat. Le "30 janvier 1672, il écrit à Thomassin, son coadjuteur nouvellement désigné : « Je vous prépare une solitude qui ne vous sera pas désagréable, dans un endroit beau et retiré, oii je me propose d'achever ma course dans le monde. In nidulo meo moriar ». (Tisserand, Godeau, p. 296 et suiv., et Cognet, Godeau, p. 435 et siiiv.)

2. Voir plus haut ce que nous avons dit de « la confrérie de la Méduse ».

3. Sur les PP. de la Doctrine Chrétienne de Vence, on consultera avec profit l'inventaire, imprimé par les soins de M. Moris, archiviste des Alpes-Maritimes, de la série H des Archives de ce département (Nice, Ventre, 1893).

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