‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 17 sur 190 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

elle opéra. » D'abord par l'horrcLU" que provoqua la morale des casuistes, et il suffit de relire la préface de « Wendrock » sur la cinquième édition de la version latine des Provinciales; par l'indig-nation des curés de Rouen et de Paris ; parla décision que l'Assemblée prit, le 1"' février 1657, de faire imprimer, aux frais du clergé, ]cs Imtructions poulies Confesseurs de saint Charles Borromée et de combattre ainsi la morale relâchée. On a dit que l'évoque de Vence avait été chargé de les faire paraître ' : c'est l'abbé de Ciron qui en eut la mission et fit venir de Toulouse^ la traduction que « feu M^"" Tarchevêque » de cette ville' avait donnée de ce livre.

Godeau n'aimait pas les casuistes : il les avait malmenés dans les conférences spirituelles de Grasse, (huis l'oraison funèbre de M^"" Litolfi Maroni, évêque de Bazas, qu'il avait prononcée lors de l'Assemblée de 1645, dans l'éloge de M. de Cordes, conseiller au Chàtelet, qu'il avait publié à la même époque, dans les prédications qu'il avait faites durant la Fronde, dans les Tableaux de la Pénitence, qu'il avait publiés en 1645. Ce fut une occasion de plus pour faire imprimer sa Vie de Saiiit Charles Borromée \ Il semble même avoir été chargé, dans une réunion, présidée par l'archevêque de Sens, d'adresser une circulaire aux évoques à propos du livre qu'on allait opposer à la morale relâchée. L'Assemblée se sépare. Vers le milieu de mars 1657 est reçue en France la bulle Ad sacram, par laquelle Alexandre VIT, nommé le 7 avril 1655, confirmait, à la date du 16 octobre 1656, celle d'Innocent X, de 1653,

1. L'ablié Tisserand et, après lui, M. Kerviler [Godeau, Paris, Ciiainpion, 1879) ont commis cette erreur que relève justement M. l'abbé Cognet.

2. 11 était chancelier de l'église et de l'université de Toulouse. Voir plus loin ce que nous disons de lui.

3. Charles de Montchal, mort en 1651, et dont l'oraison funèbre avait ét<^ prononcée dans la cathédrale de Toulouse, par Mgr de Caulet, évoque de Paniiers.

4. D'ailleurs Gode;iu avait un respect profond pour le saint archevêque de Milan : les Statuts synodaux qu'il avait publiés en lt;'i4, et qui eurent au moins six éditions (voir Cognet, p. 109, note I et p. 50(5), recommandaient déjà ces Instructions et il en avait traduit une partie. Sa Vie de Saint Charles Borromée parut en 1G57 (Cognet, p. 509).

qui avait condamné les cinq propositions : le nouveau pape, en présence de la distinction du fait et du droit que Nicole avait inventée au lendemain de la bulle d'Innocent X et que soutenaient Arnauld ainsi que Pascal, avait reçu une requête d'expliquer la bulle d'Innocent X' et renouvelé la sentence de son prédécesseur. C'est alors que le P. Georges Pirot, S. J.^,fit paraître son Apologie pour les casuistes, en 1657. Elle fut condamnée par l'Inquisition, le 21 août 1659, en présence d'Alexandre VII qui, d'autre part, se montra, écrit Sainte-Beuve, « fort ombrageux sur la question du jansénisme » : témoin le placard de l'Index contre les Provinciales ^, qui avait été répandu à Paris dès le 18 octobre 1657 et y avait été, selon le mot de l'historien de Port-Royal, « vu avec indignation. »

Avant que l'œuvre de Pascal eût été condamnée à Rome, Godeau l'avait vu se prolonger par un libelle daté du 1" juin 1657 — postérieur ainsi de deux mois à la 18^ Provinciale et relatif à la bulle Ad sacram du 16 octobre 1656, — je veux parler de la Lettre de V Avocat au Parlevient à U7i de ses amis touchant V Inquisition qu'on veut établir en France. Ce factum, dit Sainte-Beuve, « mit le Nonce en grand émoi, fut parfois considéré comme une 19^ Provinciale, semble appartenir à Le Maître ». Les pamphlets de Pascal avaient été la revanche de la bulle Cuni occasione, et pour leurs admirateurs le miracle de la Sainte-Epine, dont Port-Royal se glorifiait, en sanctionnait la victoire. Toutefois le Parlement d'Aix — ce que Godeau, l'un des évoques de la Provence, ne pouvait tenir pour une mesure indifférente au point de vue humain — avait condamné

1. Eu septembre 1656, Godeau avait signé une lettre invitant à souscrire à la constitution du 31 mai 1653 et priant le Saint-Père d'expliquer la bulle de son prédécesseur.

2. Il mourut en octobre 1659. Dans un compte-rendu du Brame des Poisons de M. Frantz Funck-Brentano, M. Lacour-Gayet reproche à cet auteur de l'avoir confondu avec l'abbé Edmond (F.-B. écrivait Edme) Pirot, qui fut syndic de la Faculté de théologie et assista la Brinvilliers dans ses derniers instants (Rev. critiq. du 19 février 1900).

3. Elles avaient paru, une à une, du 23 janvier 1656 au 24 mars 1657 : cette année-là Alexandre VII les condamne.

les seize premières Provinciales en mars 1657 comme « diffamatoires, pernicieuses, calomnieuses » ; et quelques mois après, chose infiniment plus grave au point de vue religieux, elles étaient à l'Index. On sait que, réunies en un volume avec une préface et des notes que Nicole signa du pseudonyme de Wendrock, elles parurent, toutes condamnées qu'elles avaient été, sous la forme d'une traduction latine, en 1658', puis en français, avec cinq appendices où ne figure rien qui indique la condamnation que leur avaient infligée le Pape et l'Inquisition d'Espagne ^ Revenons à notre évoque de Vence. J'ai cité ailleurs'* un mandement de Godeau qui fut communiqué le 6 mai 1659 au synode de son diocèse et qui ne peut guère sembler inspiré de l'Apologie pour les Casuistes. 11 paraît se conformer à l'esprit des Petites Lettres, en indiquer une lecture attentive, trahir quelque peu d'admiration pour l'œuvre de « Montalte ». Aussi comme il dénonce la corruption des mœurs, l'ignorance des confesseurs, le prestige des casuistes, les erreurs oij risque de tomber quiconque s'éloigne de la tradition des Pères et des Apôtres, donc des règles du Christ. Le Huitième écrit des curés de Paris, qui s'adressaient au P. Annat et, au-delà de lui, aux casuistes de la Société de Jésus, citait notamment — et « ^Yendrock » ne négligea pas d'en parler tout au long dans sa préface — « ce ([ue M. l'Evéque de Vence vient de témoigner en toute la France dans sa nouvelle censure contre votre Apologie, publiée dans son synode, où il semble avoir prévu la supi)Osition par laquelle vous avez voulu noircir l'Assemblée de 1655-7, en prétendant qu'elle étoit demeurée indifférente à la vue de vos excès ». La censure de Godeau fut ravant-dernièrc, on le sait', à

1. Colopnc, chez Nicolas Schoute (mais en réalité Amsterdam, chez les Elzcvicr).

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