Et fait signer, ajouterons-nous
2. Pavillon, d'Alet, « un saint évêque au XVIIl' s., écrit Sainte-Beuve ; Caulet, de Pamiers, <iue j'ai contribué à faire connaître; Arnauld, d'Angers, frère du docteur; Buzanval, de Beauvais.
à diriger, et s'il prenait au sérieux la conduite de leurs âmes et le devoir de les prémunir contre l'hérésie, fût-ce aux dépens d'un de ses prêtres, on l'a vu.
Conduite irrégulière, vie scandaleuse, habitude de lire, de conserver et de prêter des livres suspects et môme condamnés, tendance à l'hérésie, les griefs du promoteur étaient justifiés, et le coupable mérita la peine que lui infligea le descendant du « Brave des braves ». Dans le martyrologe de ceux qui ont souffert pour le Jansénisme, je doute que J.-B. de Guignes, dont le procès était inédit, reçoive une place d'honneur. Des mesures dont il fut l'objet et dont il est parlé ici pour la première fois, nul ne fera un crime à Louis XIV et à jM^"" de Crillon. S'il a repris son ministère, puisse le condamné d'octobre 1709 s'être distingué par une existence plus grave et par des lectures plus choisies! Il était assez jeune pour racheter, s'il n'est pas mort peu après sa condamnation, tout ce qui l'avait fait juger et punir par son chef.
Après avoir imprudemment lu des ouvrages qui le conduisaient à l'hérésie et fréquenté des femmes qui ne demandaient qu'à s'embarquer pour Cythère, cet ecclésiastique dont la figure a quelques traits de Tartuffe et surtout de don Juan, a pu comprendre la vie et son ministère autrement que comme un tableau de Watteau, de Lancret et deFragonard et ne pas comparer aux graves religieuses que Philippe de Champagne, compatriote et disciple de Jansénius, avait peintes avec le talent qu'on sait les folâtres paysannes de Tourettcs, avec leurs poupées de magie, leurs bouillons, leurs prunes et leur façon de faire la belle jambe. « La science sans la piété fait les superbes et porte aux profanes nouveautés », avait écrit M»"" de Crillon dans son mandement de 1698 : jugé par lui, éloigné sans doute du village où il s'était compromis, retiré du Jansénisme où il
allait tomber, amené à compter sur les dénonciations qui avertissent les supérieurs, à régler ses lectures, à ne pas se fier aux personnes qui font bonne mine et trahissent par derrière, à mieux conduire sa parole en chaire ainsi que ses pensées et ses actes en public et en particulier, J.-B. de Guignes a pu redevenir un bon prêtre.
J'espère que mes lecteurs n'auront pas trouvé inutile l'étude de la crise où il avait cessé de l'être. Et pour finir, je ne puis m'empêcher de songer qu'au moment de son procès Boileau était obligé de protester qu'il n'était pas l'auteur d'une pièce contre les Jésuites, « odieuse et insipide, pleine d'injures grossières et atroces». Dans une lettre du 13 août, adressée au P. Thoulier (qui fut depuis l'abbé d'Olivet et quitta la société de Jésus), Boileau dut proclamer qu'il n'avait rien de commun avec ces vers, et d'autres aussi méchants, dont ses ennemis l'accusaient. Il avait écrit vers 1705 sa XII* Satire sur VEquivoque et ne l'avait pas publiée parce que le roi s'y était opposé ; mais en 1710 le vieux satirique, sur le point de ne pouvoir plus même écrire, la donne à l'imprimeur, la fait précéder d'un discours apologétique, et se couvre de l'autorisation du « pieux et savant cardinal de Noailles, mon archevêque », qui l'avait eue trois semaines en mains. Boileau y parle du « pape illustre », Innocent XL
Notre J.-B. de Guignes, condamné pour mauvaises mœurs (et nous ne doutons pas qu'il n'ait eu des légèretés) et pour hérésie (et nous voyous à quel point il était janséniste par ses lectures au moins), put redire en lui-même, s'il eut connaissance des derniers vers publiés par Boileau, les suivants :
« J'entends déjà, d'ici, les docteurs frénétiques M'appeler scélérat, traître, fourbe, imposteur, Froid plaisant, faux bouffon, vrai calomniateur. De Pascal et Wendrock copiste misérable. Et, pour tout dire enfin. Janséniste exécrable... J'aurai beau condamner... les Cinq dogmes fameux... »
En tout cas il ne figure pas dans le Néerologe de Cerveau, paru en 1760, « et qu'on pourrait appeler martyrologe » : dans cet abrégé d'une partie de l'histoire ecclésiastique de France, où l'on ne prétend pas attaquer la bulle Unigenitus, tout en la donnant, dans la préface, comme « un des plus grands scandales de l'Eglise», figurent beaucoup de noms plus ou moins connus, mais point celui de l'abbé de Guignes.