De St Thomas, ^ ainsi qu'on l'a vu par ce qui précède
2. A. de Haies est un théologien anglais de l'ordre des cordellers, mort en 1245. On le surnommait le docteur irréfragable. Il enseigna .a Paris et fut, dit-on, l'un des premiers à employer les traductions arabes d'Aristote.
3. Adrien VII, pape de 1522 à 23, ancien précepteur de Charles d'Autriche (depuis Charles-Quint), et originaire d'Utrecht.
4. Il ne s'agit pas de celui qui fut légat de Sixte V à Paris en 1590, et qui se jeta dans ta Ligue, mais de Thomas de Vio, dit Caietano parce qti'il était né à. Gaète, qui fut cardinal en 1517 et légat en Allemagne. Parmi ses ouvrages, il existe des Commentaires sur la Somme de St Thomas, auxquels Godeau fait allusion.
mesme doctrine, et il est suivi des meilleurs théologiens dont il seroit trop ennuieux de rapporter icy les autliorités. Je me contente de dire avec S' Augustin : Nolo pfu)\i dicere de re tanta quia nielius eam committo fidelium gemitibus qv/iin sermonibus meis. En effet les dérèglemens de l'esprit humain dans les casuistes modernes sont plus dignes de larmes que de réfutation, et il vaut mieux emploier les prières que les disputes, affin qu'ils ne se perdent pas ou qu'ils ne perdent pas les autres par une damnable présomption : quia cum istis non tam disputationibus quam orationibus est agendum, plus eis sine dubitatione praestamus, si ut corrigantur oramus, ne cum tantis ingeniis vel pereant vel alios perdant praesuraptione damnabili.
« C'est à quoy, je vous exhorte, mes T. C. F., que vostre charité envers eux vous porte à les plaindre et que vostre charité envers vous mesmes vous porte à les éviter, et pour vous moins tromper dans le discernement des opinions, gravés dans vostre esprit cette maxime générale par laquelle vous demeslerés la pluspart des cas de conscience qui vous peuvent arriver. Le Chrestien est un homme nouveau qui a despouillé le vieil homme dans le Baptesme. Il faut qu'il ait les pensées et les actions du nouvel homme. Quand donc on vous propose quelque action, regardés à qui elle est conforme, ou aux sentimens du vieil Adam ou aux sentimens du nouveau; s'ils sont du premier, ils ne valent rien, quoyqu'on les veuille desguiser par des distinctions subtiles et des destours d'intention quy ne sont que des excuses de péché. Lises avec soin et humilité le Nouveau Testament où N. S. par Ses exemples et par Ses paroles, et les apostres après Luy, enseignent aux tidèlcs la conduite qu'ils doivent suivre, d'une façon claire, simple et remplie d'une onction céleste. Joignes à ceste lecture, si
VOUS en estes capables, celle des livres des saints Pères qui traitent des mœurs, comme sont leurs Homilies et leurs Epistres. Mais lisés-les avec iin esprit de disciples, et non pas de censeurs orgueilleux ou curieux qui j cherchent de quoy appuier leurs opinions préoccupées. Soies outre cela perfctement désintéressés de tout désir de domination sur les esprits, d'amitié, de gloire, d'honneur, des commodités temporelles. Et cherchés non pas les choses quy vous sont propres, mais l'honneur de Dieu et le salut des âmes quy vous sont commises. N'allés jamais vite dans vos résolutions, mais considérés meurement les choses. Recoures à la prière, et dans lesdifficultéz consultés-Nous avec confiance. L'Evesque est le casuiste-né de son diocèse, puisqu'il en est le pasteur ; et Nous espérons de la miséricorde de Dieu qu'il Nous donnera dans l'occasion les lumières dont Nous aurons besoin pour vous respondre. Enfin suives cette voie dont parle saint Augustin : quam nobis Deus et prophetaruin jj^àesagio et suscepti homlnis sacramento et apostolorum testimonio et martyrum sanguine et gentiiun occupatione muniit, et non pas cette voye qu'ont tracée de nouveaux auteurs sur des fausses lumières qui les ont trompés et qui n'ont aucune authorité que leur imagination chimérique et erronée. Defifiés-vous de ces guides qui aiment mieux avoir beaucoup de gens à leur suite que de les bien conduire; et gravés dans vos cœurs ces paroles du prophète : Ilaec clicit Dominus : state super vias etvidete et interrogate de semitis antîquis quae s'it via bona et ambulate in ea. Il ne nous renvoie point à des voyes nouvelles; la nouveauté est suspecte en matière de créance, S' Vincent de Lérins^ la donne pour une
1. St Vincent de Lérins, mort vers 430, auteur d'un Commonitorium peregrini, qu'il avait composé en 434, à l'occasion de l'iiérésie de Nestorius, condamné par le concile d'Ephèse en 431: St Vincent voulait préserver les fidèles des nouveautés en matière de foi. Godeau ne pouvait rien citer qui fût mieux approprié à son sujet ; en outre il invoquait l'autorité d'un homme qui .est une des gloires du célèbre monastère, voisin de son diocèse.
marque indubitable d'erreur, annunciare allquid christianis catholicis praeter id quod acceperunt nunquam licuit, nunquam licet, nunquam licebit. Tertullien avant liiy avoit dit : principalitas veritati, novitas mendacitati deputata est. Or cette règle d'antiquité ne convient pas moins à la doctrine des mœurs qu'à la doctrine des mystères de la foy, car toutes deux ont un raesme principe d'autorité irrévocable qui est l'Escriture Sainte et la tradition de l'Eglise, et la foy véritable est celle qui opère et quy est opérée par la charité.
« Dans la dernière Assemblée du clergé, tenue à Paris en l'année 1G56, les curés de la ville de Rouen, que M^' leur archevêque y avoit renvoies, et ceux de Paris' présentèrent un extrait de plusieurs propositions tirées de quelques casuistes modernes affin qu'il luy plcust de les examiner. La lecteure fit horreur à tous ceux qui l'entendirent et nous feumes sur le point de nous boucher les oreilles comme avoient fait autrefois les Pères du concile de Nicée pour n'entendre pas les blasphèmes du livre d'Arius. Chacun fut enflammé de zèle pour réprimer l'audace de ces malheureux escri vains qui corrompent si estrangement les maximes les plus saintes de l'Evangile et introduisent une morale dont d'honnestes païens auroient [honte] et de bons Turcs seroient scandalisés. Mais comme l'Assemblée se trouvoit sur la fin et qu'il estait impossible de lire tous les auteurs allégués, affin de prononcer un jugement avec connaissance et sans aucune préoccupation, on s'avisa, sur la proposition de M. l'abbé de Cyron, chancelier de l'Université de Tholose et personnage de sçavoir et depiété, de faire imprimer aux despens du clergé \os Instructions de S' Charles Borromée, cardinal et archevesque de Milan,
1. Sur le zèle des curés de Rouen et de Paris contre la morale des casuistes, il faut consulter lu préface de Wendrock-Nicolc mise en tétc de la 5* édition de la traduction latine des rruvinciales, en 1679.
aux confesseurs de son diocèse ^ et on jugea qu'en attendant que les prélats pussent pourvoir à un mal si pressant par des censures juridiques, ce livre pourroit servir de quelque digue pour opposer au torrent des mauvaises opinions qui ruinoient la morale chrestienne^
« C'est l'ouvrage que Nous vous mettons présentement entre les mains et que Nous vous conjurons de lire soigneusement et practiquer fidèlement. Nous les .avions desja insérées dans Nos statuts synodaux, au moins pour la plus grande partie, mais aiant esté authorisées par tant de grands evesques qui en ont ordonné la publication, Nous vous les donnons de nouveau comme plus fortes encore que quand elles n'avoient l'appuy que de Nostre authorité. Vous y trouvères une conduite sainte à l'esgard des pécheurs, quy tend à les retirer des mauvaises habitudes, et non pas à les y entretenir, qui les sépare des occasions prochaines où ils se perdent, qui leur oste les excuses frivoles dont ils ont accoustumé de deffendre leurs recherches, qui leur explique sincèrement ce qu'ils doibvent à Dieu et à eux-mesmes et à leur prochain, selon les règles de l'Evangille et non pas selon les intherets et les mouvemens de leurs convoitises déréglées, qui les met dans la véritable voye de pénitence par une sévérité discrète et raisonnable, et enfin qui vous rend des fidèles dispensateurs du sang de J. C. et vous fait juges de vos pénitens, comme II vous a establis, et non pas leurs esclaves, comme les nouveaux casuistes veulent que vous le soyés, en vous obligeant de donner l'absolution à ceux là mesmes en qui vous ne verres aucune espérance d'amendement, et de suivre leur opinion erronée contre vostre propre jugement et vostre conscience.
1. Charles Borromée, mort en 1584, avait été canonisé en 1610 par Pie V : on sait qu'il s'était dévoué à son diocèse durant la peste de 1576.
2. Depuis les mots Dans la dern. axsemblée, ce passage est reproduit dans le 8' écrit des curés de Paris contre les jésuites et, à ce titre, cité par NVendrock (Nicole) dans la préface qu'il a donnée à la 5« Edition (de 1679) de la traduction latine des Provinciales Il est dit que ces paroles furent prononcées par Godeau au synode du 10 mai.
« Il VOUS pourra peut estre tomber entre les mains un livre intitulé Apologie des casuistes contre les calomnies des jansénistes \ Sur quoy Nous sommes obligés de vous advertir que, lorsque Nous pensions que la publication des Instructions de S' Charles Borromée devoit arrcster le cours des dangereuses opinions des casuistes modernes, ce pernicieux ouvrage a paru pour confirmer toutes les erreurs qui se trouvent dans leurs livres et pour ériger comme une espèce de trophée sur la vérité.
« A peine fut-il publié que tous ceux qui le leurent, en conçeurent une estrangc indignation. En effet son auteur semble s'estre estudié à ramasser toutes les ordures, toutes les extravagances, tous les deffauts de jugement, et toutes les corruptions qui sont répandues dans les casuistes récens; et il les dcffend avec tant de hardiesse qu'il y a sujet de gémir devant Dieu d'un si prodigieux aveuglement, dont on peut bien dire ce que saint Augustin dit de celuy des grands pécheurs : spargens pœnales csecitates super illicitas cupiditates. Le style en est bas, le raisonnement puéril et la preuve foible, la falsification des Pères allégués très impudente, et les conclusions fausses et dangereuses. Dans tout le corps de l'ouvrage on sent un air envenimé de fareur contre les deffenseurs de la morale
chrétienne qu'il tâche de rendre odieux en leur donnant le nom d'hérétiques. Car ceux qu'il veut faire passer pour tels, sont les curés de Paris, de Rouen et des plus grandes villes du royaume. Ce sont de très saints evesques, de très vertueux prêtres, et de très bons religieux, qui font »
1. Cet ouvrage, dont Nicolc-Wendrock a tort, selon M. Bninetiére, de dire que l.i Société de Jésus chargea le P. l'irot de l'écrire, fut composé par lui eu raison de sou dévouement à la compagnie à laquelle il appartenait. Ce ne fut pas, ajoute M. Brunetière, la premiers réponse des Jésuites aux Provinciales. Elle parut à la fin de ltVi7, ilit Nicole- NVendrock.
Ici s'arrête brusquement ce qui est transcrit au procèsverbal du synode tenu à Vence, en mai 1659, par Godeau \ Nicole-Wendrock apprend que VApologie fut censurée par l'évêque d'Orléans dans le synode du 4 juin 1658 ^, par celui de Tulle ^ par la Sorbonne, par l'archevêque de Sens le 4 septembre 1658, par les évêques d'Alet, de Pamiers, de Comminges, de Bazas, de Couserans qui condamnaient surtout la « probabilité », par les vicaires généraux de l'archevêque de Paris \ par les évêques de Xevers, Beauvais, Angers, Evreux, Lisieux, Cahors, Châlons, Soissons, Digne, par les archevêques de Rouen et de Bourges, et par Godeau. Notre évêque et son collègue de Digne repoussaient d'une manière toute spéciale, dit Nicole-Wendrock, la « probabilité ». L'Apologie fut condamnée à Rome le 21 août 1659, mais les Provinciales furent aussi frappées par le Pape, à Paris, à Madrid et à Aix-en-Provence.
Le mandement de Godeau est une preuve de ce que dit Sainte-Beuve de l'émoi provoqué par VApologie du P. Pirot dans le monde ecclésiastique.
On ne doit pas oublier qu'à la fin de cette année 1659 où il avait si rudement combattu les casuistes, Godeau vint de Vence à Aix pour administrer toute la province archiépiscopale en l'absence du cardinal-archevêque Jérôme de Grimaldi que Louis XIV avait envoyé en mission près du pape. Godeau arrive à Aix le 25 janvier 1660, prêche le 28 devant le roi, préside le 2 février la cérémonie de la Chandeleur, reçoit vers juillet la bulle d'Alexandre VII qui le chargeait de gouverner momentanément l'archidiocèse ^