Cognet, p
2. Voir le Porl-Royal de Sainto-Boiive. lo tome II de ses Causeries du Luntlt (.i propos de l'Institut de TEiifance), mon Caiilet réformateur (Paris, Picard et Foix, Gadrat, IS'Jj), et le discours de M. l'avocat général Jaudon à. l'audience de rentrée de la Cour d'Appel de Toulouse, le 16 octobre 1900, résumé dans la Rev. des Pyrén. Ae sept.-oct. 1000 (t. .\II, p. 54.Î).
et de véhémence et toutes une extrême délicatesse ». Godeau n'avait eu ni l'extase qui dans la nuit du 23 novembre 1654 s'empara de l'àme de Pascal, ni l'émotion d'un miracle comme celui qui g-uérit la nièce et filleule de Pascal en 1656.
Voici le mandement :
« Antoine Godeau, par la grâce de Dieu et du S^ Siège Apostolique Evesque de Vence, à tous les prieurs, vicaires, curés et confesseurs de nostre diocèse, salut et bénédiction en Nostre Seigneur.
« Comme Nous voyons avec une extrême douleur que la corruption des mœurs augmente tous les jours parmi les chrestiens, et que non seulement les pécheurs ne font aucune réflexion sur les crimes dans lesquels ils passent leur vie, mais que, par un aveuglement déplorable, ils en méconnaissent la difformité, et que souvent ils s'estiment innocens, lorsqu'ils sont très coupables devant Dieu, Nostre plus grand soin et Nostre plus ardent désir est d'arrester le cours de ce mal et de guérir ces malades qui aiment leurs maladies ou qui se flattent d'une santé dont ils sont bien éloignés.
« Or Nous avons reconnu que ce malheur arrivoit dans le christianisme, non seulement par la corruption de la concupiscence dont les hommes naissent infectés, ou par la séduction du prince du siècle, qui a les richesses, les plaisirs et les honneurs entre ses mains pour corrompre les fidèles et les détourner de Dieu ; mais qu'il venoit encore de ceux qui sont les médecins des consciences, je veux dire des confesseurs, qui manquent de lumière pour la guérison des âmes ou qui la puisent dans les casuistes modernes au lieu de la puiser dans les divines Escritures, dans les conciles, dans les saints Pères et dans les docteurs anciens. Car ces nouveaux auteurs, par un zèle qui n'est
pas selon la science, voulant faciliter aux chrcsticns l'observation des commanderaens de Dieu et le chemin du ciel, ont tellement affaibly et si malheureusement altéré les maximes de l'Evangile et la saincte pratique de l'Eglise qu'il n'y a presque plus aucune partie de la morale chrestienne dans laquelle ils n'ayent introduit d'cstranges corruptions.
« Il n'y a point de doute que, comme .1. C. a déterminé ce que nous devons croire. Il a aussi déterminé ce que nous devons faire. Il se nomme la Voye par laquelle nous devons marcher, comme II se nomme la Vérité que nous devons suivre ; et il paroist dans l'Evangile qu'il a eu autant de soin de nous instruire sur les mœurs que sur la doctrine de la foy. Il n'a pas seulement dict: « Celuy qui ne croira point sera condamné », mais II a dict aussi que pour entrer dans la voie il faut garder les commandemens. Il témoigne que dans son Jugement le principal suiet de la condamnation des chrestiens sera de n'avoir pas pratiqué les œuvres de miséricorde, et enfin II a commencé à faire, et puis II a enseigné. Et la première chose qu II a enseignée, a esté de faire pénitence. Il est vrai que l'apostre des nations explique dans ses epistres les mystères de la religion ; mais il n'y prend pas moins de soin d'instruire ceux à qui il écrit sur leur manière de vivre, afin que leurs mœurs respondent à la sainteté de leur créance et que le nom du Seigneur ne soit pas blasphémé par les infidèles. Les saints pères ont suivy la mesme méthode, et ils parlent si clairement et si affirmativement des principaux devoirs des vrais fidèles qu'il ne faut que les lire j)0ur y apprendre leurs résolutions, lesquelles ils puisent dans les divines Escritures et la tradition de l'Eglise, comme dans une source très pure qui coule tousjours d'une mesme force et qui n'est point sujette à se corrompre. Et quoy qu'ils ayent
quelquefois douté de quelque point de morale (car on ne nie pas généralement qu'il n'y ait point d'opinions probables, bien qu'il y en ait beaucoup moins que les casuistes ne s'imaginent), on ne trouve néanmoins dans leurs écrits aucune trace de cette imagination que le vrai et le faux nous conduise au ciel avec une égale seureté.
« Comment donc les nouveaux casuistes peuvent-ils faire de la morale chrestienne, qui doit estre inébranlable en ses préceptes, une secte de pyrrlioniens et d'académiciens ; où non seulement il y a Ouy et Non, mais où le Guy et le Non sont également seurs ; où la mesme action est péché et ne l'est pas ou ne l'est plus depuis qu'un nouveau docteur a écrit qu'elle estoit permise ; où enfin l'esprit humain se joue malheureusement de la vérité et du salut des âmes par la pernicieuse doctrine de la probabilité ^?
« C'est sans doute une invention dont le père du mensonge s'est servi dans ces derniers temps pour éluder toutes les maximes de l'Evangile et pour rendre l'homme charnel l'arbitre des vérités chrestiennes et de son propre salut. Car au lieu que l'Evangile nous asseure qu'il n'y a que la vérité qui nous puisse délivrer, veritas liberabit vos, que nous ne serons pas jugés sur la parole des hommes, mais sur la parole de Dieu, sermo qiiern locutus sum vobis ipse vos judicabit in novissimo die, et qu'ainsi quiconque suit un conducteur aveugle, soit que ce soit sa propre raison soit que ce soit celle d'un autre, ne peut manquer de tomber dans le précipice ; au lieu que S' Thomas et tous les vrais théologiens enseignent que la loi de Dieu est la règle immuable de nos actions et qu'une action quy lui est contraire ne peut estre que mauvaise ; au lieu que tous ces mesmes théologiens conviennent que la conscience erronée, c'est-à-dire celle qui suit une opinion fausse et contraire à la vérité, n'excuse point entièrement de péché dans les
choses de droit naturel, orror quo non credltuv esse peccatum mortale quod est pecccttum inortale, consclentiam non excusatam a toto licei forte a tanto, dit S' Thomas, — ces nouveaux docteurs au contraire establissent une règle toute opposée, qui est qu'il n'importe pas que les opinions soient vraies ou fausses en soy, mais qu'il suffit qu elles soient probables, c'est-à-dire, comme ils s'expliquent euxmesmes, qu'elles paraissent probables à ceux qui les approuvent, ou de l'autorité de quelques docteurs ; car ils ne demandent que l'une ou l'autre, alterutra probabilitas sufficit.
« Il est vrai qu'ils ajoustent quelquefois qu'il faut que ces raisons soient solides et qu'une opinion pour estre jugée probable ne doibt pas estre contraire à l'Escriture et à la tradition. Mais ce ne sont que des pièges qu'ils tendent à la simplicité des ignorans pour les tromper par ces illusions et ces équivoques; puisque par ces raisons solides ils n'entendent point des raisons qui soient véritables, estant impossible d'en trouver pour appuyer des opinions fausses, comme le sont nécessairement une grande partie des opinions probables qui sont toutes opposées les unes aux autres. Mais ils entendent seulement des raisons qui paroissent bonnes à ceux qui les avancent, ce qui est inséparable de toute sorte d'erreur, n'y ayant personne qui soutienne des erreurs, qui ne croye avoir de bonnes raisons pour les soutenir,
« Ils ne prétendent pas non plus qu'il faille qu'en effet les opinions des casuistes ne soient pas contraires aux principes de l'Escriture et de la tradition ; ce qui excluroit toutes les opinions fausses ; mais seulement que ceux qui les soutiennent, ne les y croient pas contraires. Et quand on les y croiroit mesme contraires, il suffit selon eux qu'il y ait d'autres casuistes qui en jugent autrement; parce
qu'alors, selon Vasques, Sanches, Escobar ' on doit se persuader que ce qui nous paroît convainquant ne l'est pas en effet, et qu'un autre y trouvera des solutions et des responses. Ainsi, selon ces casuistes, pour rendre une opinion pleinement seure en conscience, il suffit que celuy qui la trouve conforme à ses inclinations, se persuade sur quelque apparence de raison, ou mesme contre sa propre raison et sur l'authorité des autres, qu'elle est probable et n'est pas évidemment fausse. Car la raison humaine, tout aveugle et toute corrompue qu'elle est, passe pour la règle seure des actions des chrestiens, à laquelle il faut que Dieu mesme se conforme dans son Jugement, en déclarant innocens ceux que sa loy condamne et que la probabilité absout. Et on donne à des autheurs inconnus et sans aveu une espèce d'infaillibilité bien différente de celle que tous les catholiques reconnoissent dans l'Eglise universelle. Car au lieu que le fondement que nous avons que l'Eglise ne peut nous tromper, et que J. C. luy aiant promis l'assistance de son Esprit, elle ne peut se tromper elle mesme ni dans la foy ni dans les règles des mcpurs, ces auteurs, avouant au contraire qu'ils sont sujets à faillir et que dans les opinions probables ils n'ont aucune asseurance de la vérité et mesme qu'estant opposés les uns aux autres il y en a nécessairement plusieurs qui se trompent, ils prétendent néanmoins par une absurdité incroiable que, n'estant pas des guides infaillibles pour montrer le chemin de la vérité, ils sont des guides infaillibles pour aller au royaume de la vérité qui est le ciel; qu'ils conduisent aussi bien les âmes lorsqu'ils s'égarent que lorsqu'ils ne s'égarent pas, et que la fausseté dans leur bouche n'est pas moins seure
1. Jésuites espagnols célèbres comme casuistes. Antoine Escobar y Mendoza mourut en 1669. Pascal a attaqué dans les Provinciales V et VI son livre Des'cas de conscience. En 1652 il avait commencé à faire piiraitre à Lyon sa Grande titcologie morale ; en 1656 la petite avait eu déjà 42 éditions. Thomas Sanches, mort en 1610, et Gabriel Vasquez, mort en 1604, sont parmi les 24 vieillards d'Escobar.
— saque la vérité dans la bouche de J. C, des Apostres et de Pères.
« Mais nous pouvons justement demander à ces casuistes qui leur a donné ceste autliorité et sur quoy ils fondent ce privilège si extraordinaire, que ni les papes ni les Pères ne se sont jamais attribué, eux que l'Eglise souffre seulement sans les approuver en aucune sorte et qu'elle ne souffre pas mesme, puisque de temps en temps les papes, les evesques et les facultés de théologie en censurent quelquesuns avec une rigueur qui tesmoigne assés que leurs opinions ne sont pas la doctrine de l'Espouse du Fils de Dieu, qui est sans tache, sans ride, aussi bien en ce qu'elle enseigne touchant les mœurs qu'en ce qu'elle enseigne touchant la foy.
« L'origine et la cause de tous ces dérèglemens est que s'estant persuadés par leur principe général que la vérité estoit inutile, ils ne se sont point mis en peine de la rechercher ; et ainsi en laissant les sources véritables d'où elle se doit tirer, qui sont l'Escriture et la tradition de l'P^glise, et les véritables moiens pour la trouver, qui sont la prière et l'estude humble et exacte de l'antiquité, ils se sont évaporés dans leurs pensées, ils ont establi toutes leurs résolutions non sur la pierre de l'Evangile qui est inébranlable, mais sur l'authorité de certains autheurs nouveaux, sur des raisonnemens humains et sur un faux principe de condescendance à l'infirmité des hommes ; ce qui leur fait toujours embrasser les opinions les plus relâchées et tâcher d'élargir le chemin du ciel par des nouvelles probabilités. Mais leur charité est aussi fausse que leur science est peu esclairée. Car, quoy qu'il soit vray que la charité enseigne la compassion, elle n'enseigne pas le renversement de toutes les règles. Il faut aider les hommes à se sauver, mais il ne faut pas leur faire prendre
un chemin qui les esloigne du salut, sous prétexte de les y conduire. Ce chemin n'est pas moins vieux que l'Evangile, et celuy quj en veut trouver un nouveau qui soit facile et commode, se trompe le premier et trompe ceux dont il veut estre le guide, parce que J.-C. a prononcé de Sa bouche que la voye qui mène à la vie est étroite et que celle qui mène à la mort est large, que peu de personnes marchent par la première et que la foule marche par la seconde. S' Luc remarque qu'il disoit à tous, et dicebat ad omnes : « si quelqu'un veut venir après moy, qu'il renonce à soy mesme et porte sa croix tous les jours ». Il disoit donc aussi à nous. Il ne nous a pas moins obligés que les chrestiens des premiers siècles de marcher par la voye estroite et de mener une vie crucifiée, et non pas voluptueuse, délicate et molle comme les nouveaux casuistes le promettent, affoiblissant l'obligation de jusner, et en prescrivant une manière qui n'est point pénible, ni par conséquent point pénitente, ne déffendant point de manger et de boire pour le plaisir du goust seulement, contre la nature de ceste action et le précepte de l'apostre qui veut que, soit que les fidèles boivent, soit qu'ils mangent, soit qu'ils fassent quelque autre chose, ils fassent tout au nom de N. S. J. C. et pour la gloire de Dieu, laissant les pécheurs dans les occasions prochaines du péché, permettant de tuer ceux qui nous donnent un démenty ou qui nous disent des injures, ou qui emportent nostre bien, lorsqu'ils s'enfuient, pourveu que la chose soit de prix, ou qui nous veulent donner un coup de baston ou un soufflet ou qui attaquent nostre honneur par des calomnies, enseignant les serviteurs à desrober leurs maistres jusqu'à la concurrance de la taxe qu'ils mettent à leurs salaires, et ouvrant la porte à l'usure et à la simonie par des distinctions ridicules et des directions imaginaires d'intention.
a Mais, parce que ne proposant ces erreurs que comme probables, les hommes n'eussent pas eu une asses grande liberté de les suivre, s'ils se feussent crcus obligés de préférer ce qui est de plus probable et de plus seur à ce qui l'est moins, puisque les opinions contraires à tous ces relachemens sont tousiours les plus probables et les plus seures, ils ont encore entrepris de rompre cette barrière qui auroit peu arrester la cupidité des hommes en establissant un principe tout contraire et qu'ils avouent avoir, esté combatteu par tous les anciens théologiens, qui est qu'on peut suivre l'opinion la moins seure et la moins probable en laissant la plus probable et la plus seure, que les confesseurs sont obligés déjuger leurs pénitens selon cette fausse règle et que les casuites peuvent respondre selon les opinions des autres, encore qu'ils les croient fausses, lorsqu'elles sont plus favorables à ceux qui les consultent.
« Il ne s'agit pas icy de sçavoir sy un homme quy se déffie de sa propre lumière peut changer d'opinion et la soumettre à celle d'un autre, lorsque suivant les règles de la prudence chrétienne il le croit plus esclairé que luy, ce qui se peut sans difficulté quand on agit avec une intention pure et qu'on ne cherche que la vérité, parce que la defférence resonnable que l'on a pour ceste personne plus esclairée fait juger alors à nostre esprit que son opinion est plus probable que la nostre.
« Mais la question est de sçavoir si un homme qui, après avoir pesé toutes les raisons et toutes les authorités, demeure dans ce sentiment comme plus probable, qu'une action n'est pas permise selon la loy de Dieu, la peut néantmoins faire en conscience parce qu'il y a quelque autre raison et quelque authorité qui semble prouver qu'elle est permise quoy qu'il les juge moins considérables que celles quy luy monstrent qu'elle est detfendue. C'est ce
qu'enseignent ces casuistes, etiam propria opinione tanquam prohahiliori relenta, et c'est ce que le seul sens commun fait juger d'abord à tous les hommes d'esprit ne se pouvoir faire sans trahir sa conscience. Car lorsque nostre esprit est partagé entre diverses raisons et authoritésdont les unes luj persuadent qu'une chose est contraire en la loj de Dieu, et les autres, qu'elle n'y est pas contraire, il faut nécessairement ou qu'il demeure dans le doute, s'il les j uge esgales, auquel cas, selon ceste parole d'un sage païen, recte praecipiunt qui vêtant quidquam agere quod dubites aequum sit an iniquum, et selon ceste règle du droit canonique, in dubiis tutior pars eligenda, il ne nous est pas permis de faire ceste action ou si les raisons qui nous font croire que la chose est defFendue nous paraissent plus fortes et plus probables. Il est impossible que notre jugement, c. a. d. nostre conscience approuve ce que tout le monde avoue estre deffendu, (^uand mesme nostre conscience seroit erronée.
«• Que si l'on respond, comme font les casuistes, que celuy quy fait une chose qu'il croit plus probablement estre deffendue, se forme une conscience particulière par laquelle il luy est permis d'agir de la sorte, c'est proprement la mesme chose que sy on disoit qu'il n'agit pas contre sa conscience, parce qu'il croit qu'il luy est permis d'agir contre sa conscience, ou bien qu'il n'agit pas contre sa conscience, parce qu'il n'a point de conscience. Car si l'on passe pour n'avoir aucune religion, lorsque on en a plusieurs, je ne voy pas quelle conscience peut avoir un homme quy a tant de consciences qu'il en change quand il lu}' plaist sans changer de sentiment et sans aucune nouvelle lumière, qui s'en forme de diverses selon quy luy est plus advantageux pour ses interests et ses passions, et quy cherchant dans les diverses opinions des casuistes ce
qui favorise sa cupidité, prend plaisir à s'aveugler soy mesme et à suivre dans la practique ce que sa propre lumière luy fait juger estre contraire à la loy de Dieu.
« Esloignons-nous, mes frères, de ces estranges égaremens. Cherchons la loy de Dieu de tout nostre cœur. Méditons la le jour et la nuit, et ne créions pas pouvoir trouver de seureté que dans la practique de ce qu'elle nous ordonne. Que s'il nous arrive quelque doute, consultons nostre conscience et gardons nous bien de faire ce que nous jugerons plus probablement estre péché. C'est ce que tous les saincts nous ont enseigné par leur exemple et par leurs escrits, et vous pouves voir ces vérités capitales renfermées excellemment dans un passage de S' Thomas où, s'estant proposé ceste question qui partageoit les docteurs de son temps, s'il estoit permis d'avoir plusieurs prébendes, il la résout en ces termes : un homme se rend coupable de péché en deux manières, ou agissant contre la loy de Dieu ou agissant contre sa conscience, comme s'il faisoit une action indifférente croiant que c'est un grand péché, soit qu'il connaisse certainement qu'il fait mal, soit qu'il en ait une opinion mêlée de doute. Ce quy se fait contre la* loy de Dieu, est tousjours mauvais et n'est point excusé, encore qu'il soit selon la conscience ; comme ce quy est contre la conscience est mauvais, encore qu'il ne soit pas contre la loy de Dieu. Quand donc il y a deux opinions contraires touchant la mesme chose, il faut nécessairement que l'une soit vraie et que l'autre soit fausse. Ainsi ou l'opinion des docteurs qui tiennent qu'il est deffendu d'avoir plusieurs prébendes est véritable ; et si cela est, celuy qui agit contre ceste opinion véritable, et par conséquent contre la loy de Dieu, n'est point excusé de péché, encore qu'il n'agisse pas contre sa conscience : ou cette opinion est fausse, et il est permis selon Dieu
d'avoir plusieurs prébendes. Et alors il faut distinguer : car celuy qui la suit, ou croit qu'elle n'est pas vraie, et ainsi il pèche à cause qu'il agit, non pas contre la loy, mais contre sa conscience; ou sa conscience ne fait pas un jugement contraire, mais il est seulement en doute, et tandis que ce doute subsiste en son esprit, il pèche s'il retient plusieurs prébendes à cause qu'il s'expose au péril de pécher et qu'il aime mieux le bien temporel que le salut de son âme. Que s'il n'a aucun doute, il ne s'expose point au danger d'offenser Dieu et par conséquent il ne pèche point.
« Ces paroles^ sont si claires et décident si nettement qu'une opinion fausse, quoique jugée probable, n'excuse point de péché et qu'il n'est point permis de faire ce qui est licite en soy, lorsqu'on doute s'il est licite, qu'on ne sauroit asses admirer l'aveuglement de ceux qui allèguent ce passage pour establir la doctrine de la probabilité.
« Alexandre de Haies ^ conclut que, quand un homme doute s'il j a simonie en un concordat, qu'il veut faire pour un bénéfice, et que quelques docteurs tiennent l'aâirmative et d'autres la négative, il ne doit point passer un tel concordat, pour ne s'exposer pas au danger de commettre un péché.
« Adrien ^ qui feut un des grands théologiens de son temps et qui se vit eslevé sur le siège de S' Pierre pour sa doctrine et sa piété, est de mesme sentiment, qu'il n'est pas permis de suivre l'opinion la moins seure et laisser la plus seure.
« Le cardinal Caietan dans sa Somme* enseigne la