Nouvelle Revue, 1" avril 1899, p
M. cVAndilly et Arnauld, et le Saint Bernard qui est daus ma chapelle ».
Ces détails sont curieux et le chanoine Tisserand les a, je ne sais pour quelle raison, supprimés dans l'analyse, si peu exacte, qu'il a donnée des dernières volontés du premier académicien. Godeau gardait pieusement l'image des deux princes de l'Eglise qui avaient protégé ses débuts ecclésiastiques, et celle de deux hommes qui faisaient le plus d'honneur à Port-Royal. J'ai insisté aussi sur ce qu'il exige que, au cas où sa Morale chrétienne ne serait pas imprimée à sa mort, le P. Thomassin, de l'Oratoire, Jacques de Sainte-Beuve, docteur de Sorbonne, et Arnauld — encore le grand Arnauld — soient chargés de la corriger et de la publier, ou de la détruire. Louis Thomassin, qui enseigna la philosophie au séminaire de Saint-Magloire à Paris, avait pris une certaine part aux querelles du Jansénisme et cherché à concilier les deux partis ; Ton n'ignore pas que le docteur de Sainte-Beuve avait refusé de souscrire à la condamnation d'Arnauld et perdu en conséquence sa chaire de Sorbonne. L'évoque de Vence use de la « paix de l'Eglise » que le pape Clément IX venait de concéder au prix des concessions que l'on sait. 11 en use comme les Messieurs de Port-Royal qui, à cette époque, donnent la première édition des Pensées de Pascal, « où l'on fait voir de quelle manière elles ont été écrites et recueillies, ce qui en a fait retarder l'impression, quel était le dessein de l'auteur dans cet ouvrage et comment il a passé les dernières années de sa vie »; l'édition dont la préface, œuvre d'Etienne Périer, permit à celle de sa mère, Gilbertc Périer, la sœur aînée de Pascal, d'attendre quelques années pour paraître.
Il y a plus. J'ai publié dernièrement ' une lettre, jusque
1. Bull. Mst. et philol. du Comité des Trav. historiq., 1900, p. 410 à 440.
là inédite, de Godeau, qui est conservée aux: Archives des Alpes-Maritimes ' et qui porte la date du 30 janvier 1671 ^
L'évoque de Vence vient d'apprendre que l'archevêque de Sens, Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, est malade, et il craint qu'il ne meure. « Ce sera une grande perte pour l'Eglise de France; car, s'il se fut un peu retiré, comme on me mande qu'il commençait à faire, il eût fort utilement servi l'Eglise, et il avait toutes les qualités nécessaires pour cela ». On sait que M^"" de Gondrin avait souscrit le Formulaire, représenté à Clément IX, avec « les quatre évoques » la nécessité de séparer la question de fait et celle de droit, travaillé utilement à la « Paix de l'Eglise », irrité d'ailleurs et les Jésuites par sa fermeté et les Jansénistes par sa modération ; il passa pour un des tenants de Port- Royal ^ « Dieu ait fait », ajoute Godeau dans la lettre que j'ai publiée derniôrement, « miséricorde à M. l'Archevêque de Paris! C'est une chose terrible d'arriver au jugement de Dieu, les religieuses de P. R. contre luy. »
Il s'agit de M^' de Péréfixe, mort le 1" janvier 1671; dès qu'il avait été transféré, le 24 mars 16(54, de l'évêché de Rodez, il s'était montré dur pour les maisons de Paris et des Champs : religieuses dispersées, excommunication prononcée, confesseurs chassés, murailles gardées par dos sentinelles, c'est ce que Godeau se rappelait. « Voilà iM. l'Archevêque de Rouen en un grand poste ; Dieu lui donne son appui pour le bien tenir ! » Il s'agit ici de François de Harlay de Champvallon, qui mourut le G août 1696, « comme il avait vécu, » dit M. Le Roy, « insoucieux de la religion, sceptique, débauché à tel point que les Jansénistes, soit piété, soit rancune, ne manquèrent