Id., d'ap. les Mém. de Rapin
3. 11 est impossible qu'une lettre de Godeau à la duchesse de Longueville, publiée au nombre des pièces inédites qui forment l'appendice de la thèse de M. Cognet, et relative à ces atfaires, soit, comme il l'a imprimé, du 10 décembre 1642.
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Domino : fjlorLOseoihnmagnifîcatus est, equumet ascensorem dejecit in mare. Il me semble que le naufrage des bons Pères n'est pas moins fameux que celui qui donna sujet de chanter ce cantique... Quelle joie pour ceux qui aiment la vérité ! Quelle consolation pour ceux qui l'ont défendue ! Quelle confusion pour ceux qui l'ont abandonnée et persécutée... Il sera permis aux vaincus de gronder... et les vainqueurs ne leur doivent pas insulter. »
Quelques mois plus tard, Godeau approuvait la Perpéuité de la Foi d'Aniauld, n'hésitait pas à faire allusion à ces événements récents, et disait que « la Providence divine a fait plusieurs miracles pour mettre l'illustre docteur en liberté de servir sa Mère, et après lui a donné toutes les grâces nécessaires pour le faire triompher ». C'est aussi dans cette conviction que la victoire était remportée, que Port-Rojal trouvait l'heure bonne pour donner un livre de paix, pour modifier l'esprit des papiers que leur plus grand génie avait laissés, pour donner un livre rigoureusement catholique, net, lumineux, complet d'apparence, pour y porter ce que Sainte-Beuve a si bien qualifié « l'esprit de discrétion, de respect, de ménagement et d'édification pour les lecteurs ». Achevée d'imprimer en 1669, l'édition des Pensées, précédée de la préface d'Etienne Périer — en attendant qu'on eût mieux, celle de la sœur de Pascal, qui ne fut publiée qu'en 1684 — parut en 1670. Tillemont en compara l'auteur à saint Augustin. Nous aimerions à savoir si le vieil évoque de Vence Ta lue de ses yeux affiiiblis et ce qu'il a pensé de l'admirable ouvrage dont un de nos maîtres disait dernièrement que ce fut le livre d' « un génie très riche, avide d'unité et d'excellence, dont toutes les puissances, sans s'affaiblir, se sont rangées sous la foi, sous l'amour de Dieu » \
1. Boutroux, Pascal, Hachette (Grands écrivains français), 1900, p. 201.
Si la Perpétuité de la Foi d'Arnauld ^ semblait à Godeau « un coup de massue par lequel le Fils de Dieu veut atterrer l'hérésie de Calvin », on peut se demander ce qu'il a ou aurait dit des Pensées de Pascal, et s'il j aurait trouvé ce que certains critiques y reconnaissent, un relent des Provinciales^, une suite logique de celles-ci, moins une apologie du catholicisme qu'une défense du jansénisme à de vives attaques contre les ennemis de Port-Royal et de Pascal, moins « une superbe église gothique, originale, audacieuse, illuminée par de larges et éclatantes verrières, grande ouverte à la foule des fidèles, et sur laquelle flotte la bannière fleurdelysée de l'Eglise » ^ qu' « une formidable abbaye du Moyen Age, moitié temple et moitié forteresse, à l'intérieur de laquelle on prie dans des cryptes où d'étroites ouvertures, meurtrières plutôt que fenêtres, laissent filtrer une lueur triste, où la garnison, à l'ombre du drapeau noir du Jansénisme, se bat en désespérée, quoique peu nombreuse, contre l'ennemi du dehors, sur des remparts où se dressent de loin en loin des potences auxquelles Pascal accroche les pires ennemis de sa pensée ».
Si nous avons longuement insisté sur le rôle de l'évêque de Vence vis-à-vis du Jansénisme, c'est que M^"" de Grillon, selon les ouvrages de Tisserand, s'inspirait de Godeau. Sainte-Beuve a dit l'essentiel sur notre « évêque dameret... qui resta l'ami de Port-Royal,... surtout d'Arnauld d'Andilly ». Il a montré que, après avoir parlé fort contre les casuistes et le P. Pirot, Godeau ne se couvrit pas de gloire aux yeux de ses amis les Jansénistes et de ceux qui y regardaient de près dans cette affaire de la signature. Il ajoute que l'évêque de Vence prenait part aux souffrances
1. ArnaulJ n'a écrit qu'en partie la Perpétuité de la Foi de VEglise touchant VEucharistie, un dos ouvrages où les Jansénistes ont tenu à se distinguer des Calvinistes.
2. Voir Souriau, Rev. internat, de Penseignem., Paris, Colin. 15 novembre 1896.
3. « Ce qui est la reconstitution traditionnelle de V Apologie du Christianisme », ajoute M. Souriau à qui nous empruntons les passages mis entre guillemets.
du monastère ; que, piqué d'honneur par une lettre d'Arnauld d'Andilly datée de juillet 1661 ' et qui lui proposait l'exemple de l'évêque d'Angers*, Godeau écrivit à Alexandre VII et à Louis XIV une lettre qui fut très mal reçue, principalement grâce à l'influence du P. Aunat; que, après avoir signé sur de nouveaux ordres du roi « qui lui furent donnés en mai 1662 » ^, il continua de s'entretenir amicalement avec son confrère d'Angers et son ami Arnauld d'Andilly, ainsi que de correspondre avec les religieuses persécutées. « Ce petit évoque beau phraseur, ce disciple affaibli de Malherbe en vers », fut toujours, dit l'auteur de Port-Royal, ménagé par les écrivains portroyalistes comme ami de M. d'Andilly. Quand M^' de Crillon prit modèle sur lui, et s'il est vrai qu'il se soit occupé de remettre en vigueur les ordonnances de celui-là de ses prédécesseurs, il imita, non pas le Godeau qui dénonçait les casuistes, louait le Petriis Aurelius, malmenait le P. Pirot et son Af)ologle, mais le Godeau seconde manière, celui qui en 1661 et 1662 signait le Formulaire, le faisait signer, et en 1665 mettait tous ses soins à ce qu'il fût souscrit par ses prêtres. Godeau, selon le mot de Sainte-Beuve, a « lâché pied au fort de la tourmente » et n'eut pas l'idée d'écrire, sur le type du mandement que Pavillon composa en juin 1665 et qui eut un si vif succès, un de ces « mandements raisonneurs » que rédigèrent certains de ses coUègues et contre lesquels Louis XIV .sollicita jusqu'à deux brefs du Pape. J'ai indiqué ailleurs * que Godeau, dans son testament du 5 février 1670, léguait à son médecin, Seignoret, « les tableaux de la salle, Saint Paul, les cardinaux de Richelieu et de la Valette,
1. Donc postérieur à l'ordonnance de Godeau et à la communication ([u'il fit à son clergé au nom du métropolitain.
2. Frère cadet d'Aniauld dWndiily : le prand Arnauld était lui-mi-me leur cadet.
3. Légère inexactitude : les documents de i'Evèché de Veiice montrent qu'au synode du 26 avril 1662 Godeau signe et fait signer, qu'il revint à la charge le 13 juillet 1665.