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CHAPITRE IV

Le Jansénisme en 1709

Avant d'entrer dans l'examen de l'affaire, et d'autre part sans nous perdre dans l'exposition de faits que chacun connaît ou peut aisément retrouver, il ne sera pas inutile de rappeler quelle était alors la situation du Jansénisme en France \ tout au moins d'insister sur certaines idées ou certains ouvrages dont il sera question, d'une manière toute spéciale, dans le procès qui nous occupe.

Sainte-Beuve qualifie de -première persécution tout ce qui se passa de 1654 à 64, de captivité ce qui eut lieu de 64 à 68, de paix l'espace qui va de 68 à 79, et de seconde persécution ce qui suivit. « (Je fut la dernière », dit-il, « la plus sourde et la plus lente; elle a tous les caractères d'un blocus et finit par la ruine ». Ce que nous allons exposer, en est un bien petit épisode.

Reportons-nous en 1709. A la fin du règne de Louis XIV et depuis que « le grand Arnauld » était mort à Bruxelles en 1694, le Jansénisme a pour chef le P. Pasquier QuesneP. Oratorien depuis l'année même des Provinciales, il avait publié en 1671, étant directeur de l'établissement que l'Oratoire possédait à Paris, des Réflexions morales sur le Nouveau Testament, ou, si nous citons le titre exact, un Nouveau Testaw,ent en français avec des réflexions

1. Consulter en général Albert Le Roy, La France et Rome de nOO à 1715 (Paris, 1891). Le sous-titre de cet ouvrage en indique l'objet : Histoire diplomatique de la Bulle « Unigenitus ».

2. Consulter d'abord Sainte-Beuve. On l'y trouvera qualifié de remplaçant de Jansénius au XV1II« s., de maître spirituel à l'ingénieuse subtilité, de charmeur, d'oracle après la mort d'Arnauld, d'émulé de Nicole, d'admirateur des Cantiques spirituels de Racine, etc. L'auteur de Port-Royal cite ses ouvrages, dit qu'ils causèrent la bulle Unigenitus et que la seconde partie des contentions du Jansénisme roule sur ses « Réflexions Morales ». Au surplus, s'il convient qu'il fut très respectable, il ne conteste point qu'il ne fût disputeur. Mais consulter surtout A. Le Roy.

morales sur chaque verset pour en rendre la lecture plus utile et la vwditation j)lus aisée. L'ouvrage avait paru à Cliâlons, sous les auspices de l'évoque, Félix Vialart. Il était, non destiné par l'auteur, mais appelé par les circonstances, à ranimer les querelles que la Paix de VEglise semblait avoir en 1669 apaisées.

Nous avons déjà parlé de lui. M""* Albert Le Roj a dernièrement publié deux volumes de Correspondance de QuesneV qui montrent « une fois de plus », écrit M. Gabriel Monod *, « que les Jansénistes, victimes, comme les protestants, de l'intolérance de Louis XIV, approuvèrent la révocation de l'Edit de Nantes. Cette correspondance que le pieux oratorien, traité en hérétique par son ordre et ses chefs religieux, eut avec ses amis de France, d'Italie et de Belgique, est d'un intérêt de premier ordre pour l'histoire des idées et des croyances comme pour l'histoire politique de la fin du règne de Louis XIV. Elle était conservée dans le séminaire vieux-catholique d'Amersfoort où M"" Le Roy l'a trouvée ».

Quant à M^' Vialart, évêque de Châlons de décembre 1640 au 11 juin 1680, — et d'abord coadjuteur (Olier ayant refusé de l'être), c'était un « homme pur, intègre et d'une grande réputation de piété et de vertu » ; il avait été, dit Sainte-Beuve, le coopérateur étroit et l'auxiliaire de l'archevêque de Sens, L. H. de Gondrin, chargé de rouvrir les voies de conciliation, en 1667, aux quatre évêques d'Angers, de Beauvais, de Pamiers et d'Alet qui résistaient encore au Formulaire. Si, comme l'écrit l'auteur de Port- Royal, le nœud de la paix de l'Eglise fut entre les mains de Tévêque d'Alet, Vialart approuva le Nouveau Testament de Quesnel, non encore augmenté, dit la Bibliothèque Janséniste, des réflexions qui en firent « l'idole du parti ».

.1. Paris, Perrin, 1900.

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