Ev. de V., G
sénismc qui pesa, pvesque aussitôt après qu'on les eut inscrits, sur leur propriétaire.
Je reproduis entre guillemets, une à une, les mentions du catalogue; je cherche à montrer la valeur de presque tous ces ouvrages et, au point de vue du procès qui nous occupe, leur gravité. Je m'empresse d'exprimer ici toute ma reconnaissance à M. Gazier, l'éminent professeur de la Sorbonne qui possède une rare autorité, chacun le sait, dans les questions qui concernent le Jansénisme. Avec une complaisance dont j'ai été profondément touché, M. Gazier, qui a suivi mes études sur M»' Caulet avec tant de bonté, a daigné m'envoyer plusieurs renseignements sur des ouvrages dont l'auteur échappait à mes recherches : grâce à la sûreté de son érudition, plusieurs lacunes de la liste qu'on va lire ont été comblées. Non pas toutes; et, pour toute excuse, je demande la permission de reproduire quelques mots d'une lettre que m'écrivait dernièrement le savant professeur de l'Université de Paris. « Même en consultant le Dictionnaire des livres jansénistes de Patouillet et Colonia ainsi que Barbier, ce qui échappe encore, n'est pas facile à rencontrer. Les ouvrages ascétiques du genre de plusieurs » de ceux que j'indique brièvement, « ont paru par milliers au XVIP et au XVIIP s., et la passion les transformait à son gré en ouvrages jansénistes. Je crois qu'il n'y a pas grand intérêt à entrer dans le détail ». On ne trouvera pas mauvais que je remercie M. Gazier pour les indications précieuses qu'il a bien voulu m'envoyer et pour l'extrême amabilité avec laquelle il a daigné prélever sur son temps, à une époque de la vie universitaire où celui d'un professeur de Sorbonne est particulièrement occupé, le loisir de faire quelques recherches pour mon travail et de m'en adresser le résultat sans délai. Mes lecteurs verront dans la suite ce que je dois à l'auteur de tant d'utiles études sur le Jansénisme.
« Les Sermons du P. Le Jeune, de l'Oratoire, en neuf tomes in 8° ». — Le P. Jean Le Jeune, de l'Oratoire, mort en 1672, avait eu d'assez grands succès comme prédicateur. Ses Sermons avaient été imprimés à Toulouse en dix volumes in 8" à partir de 1662 ; il en manquait un, semblet-il, dans la bibliothèque de J.-B. de Guignes. On appréciait chez lui plus ce qu'il faisait pour détruire les vices que la façon dont il traitait du dogme. « Le P. l'Aveugle », comme on le surnommait (depuis le Carême de 1653 où, prêchant à Rouen, il avait perdu la vue), a parlé à la Cour. De ses discours publiés sous le titre de Missionnaire de rOratoire, il avait été fait une traduction latine, imprimée à Mayence en 1667. Sainte-Beuve dit que ce fut un adversaire des Jésuites et l'un des auxiliaires de Port- Royal pour l'austérité de la morale ; qu'il tient une place dans les nécrologes de Port-Royal; que «les Messieurs» le considérèrent comme un de leurs « membres correspondants », et d'autre part que les Jésuites, du moins le P. Rapin, le qualifiaient d'aventurier; qu'il fut de la connaissance de Saint-Cyran et demanda dans sa vieillesse des conseils à Arnauld^
« Octave des Morts par M. Le Tellier de Beliefons, un tome ».
« Summa Toleti » — Tolet, ou Toledo, était un Jésuite originaire de Cordoue. Prédicateur et théologien de plusieurs papes, il avait été fait en octobre 1593, par Clément VIII, cardinal-prôtre du titre de Sainte-Marie au Transtévère : ce fut le premier membre de la Société de Jésus qui ait reçu la pourpre romaine. Il avait contribué à
1. Dans les étades récontes de M. Félix Hémoii sur Bossuet (Delagrave, 1S99, p. 15 de la 2"" partie du tom. XII de son Cours de Littérature), il est donné comme un catéchiste ardent et ingénu, s"adressant surtout au peuple, en termes pratiques et familiers, orateur inégal, nourri de l'Ecriture et des Pères, moraliste plus que théologien. Sur le P. Le Jeune, lire Jacquinet, Prédicat, du XVII' s. avant Bossuet, Paris, 1863, p. 140-182, abbé Graticn Renoux, Les Serinons du P. Le Jeune, Montpellier, 1863, et Castets, Bourdaloue, Montpellier, 1900, p. 111 et 112.
l'absolution de Henri IV par Clément VIII et était mort à Rome en 1596, empoisonné, dit-on, par des Espagnols qui ne lui pardonnaient pas d'avoir réconcilié le roi de France et l'Eglise. Tolet a laissé, entre autres ouvrages, une Summa conscientiae qui ne parut qu'en 1618 et fut traduite en français. J'ai dit ailleurs^ que Godeau, dans les Ordonnances synodales qu'il avait publiées en 1644, étant évêque et de Grasse et de Vence, prescrivait à ses prêtres d'étudier, entre autres ouvrages, la Somme de Tolet ; qu'en 1654 il confirma pour le diocèse de Vence, ayant résigné celui de Grasse, les instructions qu'il avait données dix ans auparavant; qu'il ordonna alors à ses prêtres de posséder « la Bible en latin, le Concile de Trente, le Catéchisme, la Somm.e de Tolet pour le moins».
« Les Psaum.es de David traduits en français avec des notes, trois tomes». — S'agit-il des Psaumes en vers de Godeau? mais pourquoi aurait-on omis le nom du prélat académicien qui avait été l'une des gloires du diocèse de Vence? La Bibliothèque janséniste cite il est vrai un Psautier de David traduit en français avec des notes courtes tirées de saint Augustin et des autres Pères (1702), œuvre est-il dit, « de Fontaine qui y favorisait le plus pur jansénisme» et avait été, on lésait, secrétaire de Saci. C'est justement en 1709 que Fontaine mourut. Son ouvrage fut condamné par quelques évêques. Je rappelle brièvement ici que la question des traductions des livres saints est complexe, que Godeau en avait donné quelquesunes, que l'affaire du Bréviaire romain en 1687 et celle des Evangiles jansénistes raviva les disputes, que le Nouveau Testament de Mons fut accusé d'être en français moins que de rendre mal et inexactement le texte de la Vulgate,