D'après le Dictionn. des Liv. Jansên., Anvers
en 1686, chez Charles Brebion et intitulé : « Recueil des chansons et poésies spirituelles françaises et prov;enqa.les du sieur David ». Dédiées « à la Mère du bel Amour » et tout d'abord composées, dit la préface, « pour servir de contrepoison au profane M'entendez ben à l'occasion duquel on avait infecté le menu peuple de Provence par des chansons infâmes », ces poésies sont « sur des airs vulgaires, et par suite aisés ». L'auteur est Marseillais et ses œuvres ont été approuvées à Marseille le 25 février 1686 par le vicaire général de l'Ordinaire. J'y remarque un « Avis salutaire à Tircis pour l'obliger à renoncer à la poésie profane », où nous lisons ces vers:
« D'un Godeau, d"un Brébeuf suivez les nobles traces :
Ils ont suivi celles des Saints ;
Dans leurs écrits on voit des grâces Qu'on ne saurait trouver dans tous les auteurs vains ».
Puis une curieuse pièce « contre les divertissements criminels de la belle saison et les chansons profanes » où nous remarquons ce passage :
« Le soir les promenades Augmentent les privautés ; Les discours et les œillades Font du feu de tous côtés.
Que de bras, que de seins découverts ! On ne voit partout que malades Disposés pour les Enfers.
Dans les chansons nouvelles Ce n'est que lasciveté »
Je ne dis rien des autres pièces eu français ni de celles qui terminent le volume et sont écrites en provençal. D'ailleurs rien ne prouve qu elles aient eu l'approbation du métropolitain d'Aix ou de celui d'Arles.
De tous ces ouvrages la simple énumération suffirait pour que l'on pût dire que de Guignes, pour un modeste
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vicaire de campagne, et pour son temps en particulier, avait assez de lectures. Quand on a cherché à reconnaître la valeur de la plupart de ces livres et le nom des auteurs qui les avaient composés, on peut ajouter qu'il avait une culture véritable. Tel qu'il est dressé en deux parties par le secrétaire de l'évcché de Vence, à ce qu'il semble, il est certifié exact par l'official, par le promoteur et par de Guigues lui-même. 11 dut servir à édifier l'enquête. Mais, en partie du moins, nous avons pu le compléter. Quelques ouvrages y sont soigneusement suivis du nom de leur auteur; d'autres ne l'ont point ; s'il est plus ou moins facile de le suppléer assez souvent, il y a des livres anonymes si peu connus (du moins en dehors du monde ecclésiastique qui sait probablement de quoi il s'agit) que nous avouons n'avoir pas réussi à retrouver leur auteur. Tel que nous arrivons à le voir et à l'apprécier, le catalogue prend une véritable importance.
Récapitulons brièvement les noms plus ou moins célèbres alors, qui attirèrent l'attention des enquêteurs et dont plusieurs sont encore aujourd'hui illustres. Du côté de Port-Royal, d'abord : La Règle des mœurs du P. Gerberon, \e Nouveau Testament de Mons, celui du P. Quesnel, la Vie d'Arnauld (par Gerberon ou plutôt par Quesnel) la Solution de divers problèmes du môme Quesnel, les Provinciales de Pascal avec les notes de Nicole, ses Prétendus réformés convaincus de schism.e, les Imaginaires de Nicole, peut-être quelques-uns de ses Essais de morale (ou bien de ceux d'Arnauld), peut-être la Perpétuité de la foi d'Arnauld et de Nicole, la Lecture de l'Ecriture Sainte d'Arnauld, sa Défense des Versions de VEcriture Sainte, son Ajoologie pour les Saints Pères, les Lettres de Saint-Cyran, VHistoire des Juifs d'Arnauld d'Andilly, ï Exposition de la Foi de Barcos, le neveu de Saint-Cyran,
la Vie de J.-C. de Le Tourneux, son Année chrétienne, la Morale chrétienne sur le Pater de Floriot, et une partie de ses Homélies morales, ïllistoire abrégée du Jansénisme de Louail en collaboration avec M"" de Joncoux, peut-être le Traité de la Piété d'Hamon. — Puis voici des amis de Port-Rojal ou des gens qui ne lui ont pas voulu de mal : Pavillon et son Rituel d'Alet, Charlas et sa Disputatio theologica, Iséercaissel et son A mor pœnitens, Godeau, sa Version expliquée des Epîtres de saint Paul, sa Paraphrase sur saint Paul (et j' aimerais à pouvoir ajouter ses Psaumes), Baillet et sa Dévotion à la Vierge, Genêt et sa Théologie morale inexactement dite de M. de Grenoble, Colbert de Croissv et son Catéchisme de Montpellier, Jean Richard, son Agneau Pascal, ses Discours moraux, ses Eloges historiques des Saints, Habert, sa Pratique de la Pénitence. — L'Oratoire est représenté, non seulement par le P. Quesnel, mais encore par le P. Amelotte (son Nouveau Testament), le P. Juénin (sa Théologie), le P. Le Jeune (ses Sermons), le P. Cabassut (je ne sais lequel de ses ouvrages), le P. Malebranche (ce qu'on appelle ici sa Métaphysique) ; — la Société de Jésus, par le P. Tolet (sa Somme), le P. Rodrigues (sa Perfection chrétienyie),\e P. François Neveu (sa Conduite chrétienne), le P. Nouet (sa Vie mystique de J.-C); — les Bénédictins, par Dom Lamy (sa Vérité évidente de la religion chrétienne), Dom Gerberon (sa Règle des mœurs); — les Dominicains, par je ne sais lequel des ouvrages de Grenade ; — le clergé séculier, par Bellarmin (ses études sur les l^saumes), Joly (ses Prônes, saint Charles Borromée (son Catechismus ad Parrochos), je ne sais quel ouvrage de Steyaert, Thiers (ses Superstitions), Geuêt (sa Théologie morale), Colbert de Croissy (son Catéchisme de Montpellier), Beuvelet, Floriot (sa Morale du Pater et deux
tomes (lèses Homélies morales), Hal)ert(sa Pratique pour le Sacrement de Pénitence).
L'Imitation de J. C. est désignée par le nom d'un de ceux à qui on en rapporte la composition. Enfin nous avouons que, si beaucoup de titres semblent précis, plus d'un nom ne nous est pas connu, et que tel titre peut rappeler à un lecteur plus compétent le nom de tel théologien autrefois important. On voudra bien me pardonner les inexactitudes dont je puis être coupable. « Une bibliothèque », écrivait récemment M. Brunetière à propos de celle de Bossuet', « est un état d'esprit ou une forme d'intelligence... Celle de Meaux était une bibliothèque de travail où à peine trouve-t-on quelques volumes reliés en maroquin. D'ailleurs le catalogue, dressé par des librairies de 1742, qui allaient la vendre avec celle de son neveu, ne saurait nous inspirer la môme confiance que les inventaires, qui nous ont été gardés, des livres de Molière et de Boileau » ou que ceux de l'Hôtel de Rambouillet. La bibliothèque de notre prêtre provençal est « l'état de son esprit et la forme de son intelligence » ; qu'elle soit de « travail », on n'en doutera pas ; que les Pensées de Pascal ec les Caractères de la Bruyère n'y figurent point, on n'en sera guère surpris, puisque ces deux beaux livres ne font pas partie de la bibliothèque de Bossuet où la section de littérature française — c'est encore M. Brunetière qui le remarque — est peu considérable. Encore son neveu l'avait-il augmentée, vers 1707, d'un exemplaire de l'édition non authentique des Sermons de Bourdaloue qu'il préférait sans doute à ceux de son oncle dont il possédait les manuscrits. Enfin Bourdaloue, de qui l'on a pu dire que « c'est par cet adversaire loyal de la doctrine janséniste que le meilleur de l'enseignement moral