André Issaurat
4. Varages était donc le second secondaire, et de Guigues le premier, par ordre de nomination. Varages servait depuis la Saint-Michel de 1708. De Guigues, prêtre depuis 1701, comme on le verra plus loin, servait à Tourettes depuis je ne sais quand au juste, mais au moins depuis juillet 1707 (voir plus loin la déposition du cabaretier Aubanel) et probablement depuis le commencement de l'année (en raison de l'intimité où il semblerait que de Guigues ait vécu avec la jeune Margoton Aussel).
Telle est la déposition du secondaire J. A. Varages : si elle fut grave à l'endroit de son collègue, et en quelque sorte capitale, on en jugera par ce qui suit. Nous n'avons pas voulu la surcharger de longues notes, mais il est utile de nous arrêter ici sur quelques points.
Une femme « a Tair composé comme une janséniste ». — Ce terme rappelle ce que Sainte-Beuve dit de la manière dont les gens du commun, qui jugeaient alors par l'apparence, définissaient « le Janséniste » ; façon à eux et tout à fait grossière. Il cite à ce propos un prêtre, des environs de Caen, qu'un fermier désignait à un Bénédictin comme un grand janséniste. D'après quelles preuves? « Mon père, je l'ai prié, je ne sais combien de fois, de boire avec moi : jamais je ne l'ai persuadé. Et voyez comme il tient son bréviaire sous son bras ». Le mot de J.-B. de Guignes — ou celui que son dénonciateur prête à l'inculpé — est de la même force. En outre la femme dont il s'agit, n'a rien, on ne le verra que trop, d'une M"*" de Joncoux. Le terme de composé a bien la saveur de la langue du XVIP s. Bossuet l'emploie dans son célèbre portrait de la jeunesse \ et l'Académie française dit* qu'un homme « est composé, lorsqu'il a ou affecte d'avoir un air grave, sérieux et modeste ». Sous la Régence, en 1731, l'archevêque de Rouen se plaint de ce que Ton avait relégué des prêtres jansénistes dans son diocèse, « où ils font beaucoup de mal » ^. On pouvait les envoyer dans les diocèses de Troyes ou d'Auxerre « où ils ne pourraient faire aucun mal » : allusion à ce que les évêques de ces deux villes étaient alors sympathiques aux Jansénistes. L'archevêque de Rouen ajoute ces mots qui rappellent les idées de nos paysans de Tourettes : « La régularité de la vie de la plupart de ceux