‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 97 sur 190 · Arch. de la Bastille, tome XIII · texte numérisé non relu

Arch. de la Bastille, tome XIII

qui sont exilés, leur extérieur composé, la sévérité de leur morale, la persécution qu'ils disent qu'ils souffrent pour une bonne cause, tout cela leur attire la compassion des personnes indifférentes; à cette compassion succède la confiance ».

Louis XIV, dit Varages à de Guignes, a défendu de recevoir désormais aucune novice au couvent de Port- Royal et projeté de l'anéantir. — Le 17 mai 1679, M«' de Harlay, archevêque de Paris, faisant au Port-Royal-des- Champs sa première visite (il avait le diocèse depuis huit ans), avait renvoyé, au nom de Louis XIV, les postulantes, les pensionnaires, les confesseurs et enfin « nos Messieurs ». Après avoir semblé permettre à trois postulantes, dont le monastère n'attendait que les parents pour les faire novices, « d'aller leur train », selon l'expression que relève Sainte-Beuve, l'archevêque ne se ressouvint plus de cette sorte de promesse. Le noviciat était retranché depuis trente ans. Vainement M^"" de Noailles avait demandé au roi (ce dont Fénelon le blâma et ce dont la cour ne sut aucun gré à l'archevêque de Paris) en 1698 de le rétablir. L'abbaye, dont le sort inquiétait de Guigues, ne comptait plus que 25 religieuses en 1705; puis on lui a défendu d'avoir une abbesse; c'est sous une prieure que, dit l'historien de Port-Royal, « la maison exténuée, réduite à une quinzaine de religieuses dont la plus jeune a 15 ans, va mourir de sa belle mort ».

Au surplus les religieuses avaient signé, le 21 mars 1706, la bulle Vineam de Clément XI et l'ordonnance de Noailles, mais sans déserter « le silence respectueux » dont la communauté vivait depuis 37 ans et sans renoncer à la distinction du fait et du droit. Elles souscrivent la bulle, mais en ajoutant : « sans déroger à ce qui s'est fait à leur égard, à la Paix de l'Eglise sous Clément IX ». Aussitôt à la

défense, jusque là verbale, de recevoir des novices, avait été substitué un arrêt du 17 avril ', auquel Varages fait, je crois, allusion dans la conversation qu'il dit avoir eue avec de Guignes. Puis l'abbesse était morte le 20; défense avait été faite de lui donner comme remplaçante une religieuse, et ordre envoyé de substituer une prieure. En 1707, le jour de la Toussaint, celle-ci seule avait pu recevoir l'Eucharistie, refusée aux religieuses. L'excommunication avait été prononcée le 18 novembre 1707 et signifiée le 22 à celles que Noailles proclamait contumaces.

La bulle demandée par Louis XIV au printemps de 1706, après la bulle Vineam Doinlni qui était du 15 juillet 1705, fut accordée par Clément XI le 27 mars 1708 et reçue le 11 mai par le Nonce ; elle prononçait l'extinction de Port- Royal-des -Champs, mais, dit M. Le Roy, « à échéance incertaine ». Elle fut rectifiée le 15 septembre à Rome et enregistrée le 19 décembre. La seconde bulle du 27, qui déliait le cardinal-archevêque de Paris du côté de la primatie de Lyon à laquelle les religieuses s'étaient adressées en appel en août et décembre 1707, fut connue en octobre 1708. L'enregistrement avait eu lieu en décembre. Le 11 juillet 1709, quelques jours avant la saisie de la bibliothèque de J.-B. de Guignes à Tourettes, Noailles avait prononcé l'extinction du titre de l'abbaye des Champs, la suspension des religieuses et le transport des sœurs.

C'est à ce fait tout récent que Varages doit penser. On sait que, le 29 octobre 1709, le lieutenant de police, d'Argenson, chassa les religieuses; elles furent séquestrées dans différents couvents, « moins désobéissants », comme dit Voltaire ; les bâtiments furent alors rasés, les biens donnés au Port-Royal de Paris qui était alors le rival de l'autre et son ennemi acharné, les tombes violées

1. Cf. Le Roy, p. 246. Consulter tout le VI' chap. de son livre.

en 1711 et la charrue promenée sur l'emplacement du célèbre monastère.

Quant à ce qui est dit d'un Oratorien, avec qui un prêtre de Gagnes avait hésité à dîner, il convient de rappeler que les Pères de l'Oratoire étaient suspects de Jansénisme, Le P. Quesnel avait quitté la France en 1685 pour ne pas signer le formulaire que le chapitre de l'Ordre tenu en 1684 voulait imposer à ceux qui étaient jansénistes. La congrégation que P. de BéruUe avait introduite en France depuis près d'un siècle, s'était d'ailleurs illustrée, il n'est pas besoin de le dire, par le P. Bourgoing, le P. Lejeune, le P. Senault, surtout par Mascaron, qui venait de mourir six ans avant ce procès, et par Massillon, déjà signalé par ce qu'on appela plus tard son « Grand Carême ». Ce prédicateur célèbre avait passé lui-même pour Janséniste et Louis XIV l'avait, après 1704, écarté de la chaire de Versailles.

Les Oratoriens possédaient une maison à Grasse depuis 1628. Ils furent accusés de Jansénisme en 1715, par M^"" de Mesgrigny, évêque de cette ville. Il les interdit, leur enleva les Quarante heures, leur défendit de prêcher, s'opposa en 1716 à ce qu'ils ouvrissent, conformément à une délibération de la communauté de Grasse, un collège. Leur église, bâtie dans la plus belle position de la ville et sous le vocable de la Sainte- Vierge, avait appartenu d'abord aux moines de Lérins qui l'avaient placée sous celui de Saint-Honorat \ Les Oratoriens la leur avaient achetée en février 1640' et la leur rendirent en 1708.

Par contre, M^"" de Verjus avait confié en 1706 aux Oratoriens le grand séminaire de Grasse et leur permit en 1710 de recevoir des pensionnaires^ ; mais M^"" d'Antelmy

1. Aubcrt, A7Uibes, 1S69, et Sénequier, Grasse, Grasse, Imbert, 1883.

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