‹ Le Japon artistiqueChapitre 12 sur 43 · JAPONAISE · texte numérisé non relu

JAPONAISE

(Fin )

Quelles que soient les distinctions qu'on puisse établir entre l'architecture des temples shintos et celle des temples

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bouddhiques, il est un principe remarquable qui leur est commun, et qui tient a 1 idée même que les deux religions donnent du rôle de 1 homme dans la nature : c est ce qui en rend l'aspect si tranché. 1 andis que pour nous un monument est une sorte d organisme ayant en soi-même son principe d unité, chez les Japonais 1 édifice n est pas considéré comme une chose isolée, résumant l'ensemble de fonctions auxquelles il est destiné. Il est le fragment d'un tout et se confond avec le paysage. Chez eux, un temple est une succession

d’édicules disséminés sur un vaste espace, échelonnés d'habitude sur une montagne, consacrés chacun à une vertu du dieu qu'on honore, et enfermés dans une enceinte. La forêt les enveloppe de son vivant feuillage; elle leur prête le grandiose concert de ses voix mélancoliques ou orageuses. C'est elle qui est le principe, le cadre, le lien de cette architecture matériellement éparse, et, en réalité, soumiseàdes lois de compositions qu'une mystique conception inspire et coordonne. Quant aux ornements qui revêtent ces temples, quant à cette végétation luxuriante, à cette floraison merveilleuse qui couvre les colonnes et les soubassements, qui court sur les murailles, envahit jusqu'à la toiture, fait grimacer sur les chapiteaux ou dans les tympans une foule mystérieuse de dieux aux allures étranges, qui peuple l'édifice de la base à son faite de tout un monde ailé de chimères, d oiseaux, de dragons, quant à ces murailles peintes où le bronze s'allie fastueusement au bois que la patine du temps colore des plus exquises harmonies, il faut renoncer à en dire la palpitante beauté. Ce que nous y voyons, c’est l’élégance des proportions, la pei

Gidiyo-Assadi, maîtresse de Taïrano-Kiyomari (Tiré d un roman de Hokusaï)

Baie et château fort de Awadji-Setran.

fection inouïe des détails, ces murailles de laque incrustées des métaux les plus précieux. ces panneaux sculptés dont l'art, le fini, témoignent d'une habileté qui nous confond. Mais ce qui nous échappe, c'est le côté symbolique de toutes ces richesses, c'est la signification de ces ornements dont le mérite extérieur parle seul à nos yeux et qu’il faudrait être Japonais pour bien comprendre. Car tout est symbole au Nippon. Symboles, ces portiques que Fonnomme toris et que le culte shinto place dans le voisinage de tous ses temples, que bon aperçoit de loin dans la campagne, comme en Grèce les propylées; c'est un « perchoir », ainsi que la traduction du mot l'indique, et ses deux traverses recourbées sont faites pour

que le soleil, roi de la nature, comme un oiseau puisse venir s’y poser. Symboles encore, ces flèches qui surmontent tous les temples bouddhiques et dont les anneaux ou toits superposés au nombre de cinq, desept oude neuf ( gorin , kounn , etc.), répondent à des attributs religieux. Symboles aussi, ces fleurs peintes sur les piliers, car toutes ont un sens pour 1 imagination japonaise, de même que ces bêtes dont la figuration revient sans cesse, ces irrues, ces tortues, emblèmes de longévité et de bonheur, ces renards, ces éléphants, ces poissons, qui rappellent au peuple ses origines de pêcheur. Symboles enfin, ces dragons qui sont 1 apanage du Mikado et se retrouvent sur les objets à l'usage impérial. Sans vouloir davantage insister sur le symbolisme de l'architecture japonaise qui n en constitue pas un des caractères les moins curieux, et sans appuyer autrement sur une thèse qu un savant anglais, M. Dresser, a si brillamment développée, je me bornerai renvoyer le lecteur à un des plus intéressants albums de 1 illustre Hokusaï,

dans lequel l'humoriste japonais, s amusant a rechercher 1 origine et le. *

des conceptions religieuses d où sont sortis les principaux ornements emj- y' dans son pays, arrive à donner la formule d un des types de constructio plus habituels, c'est-à-dire les portiques dont la large toiture se îelèxe comme

une étofle dans une courbe aussi savante qu harmonieuse. Hokusaï. I l

1. Christ. Drrssèr : Japan, its architecture , art and art manufactures ( 1882)

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