THEODORE DURET
NOS PLANCHES
D ins l’article sur la gravure qui figure en tête de cette livraison, M. Fh . Duret a tire hors de pair trois noms : Moronobou, Kiyonaga, Hokusaï; c’est donc à eux que revient de droit aujourd’hui la première place dans la se'rie de nos illustrations.
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Voici la Planche H B, portant une gravure de 'Hishigava Moronobou, ce primitifd’une terre lointaine qui, à la fin du xvne siècle, a ouvert une ère florissante à la librairie illustrée du Japon, en lui donnant le meilleur de son mâle génie. Cependant dans ces gravures point encore de couleurs et absence totale aussi de tous moyens compliqués, dédain absolu de tout ce qui, dans l’exécution, sort de la plus rigoureuse simplicité. Le trait seul est maître; mais il règne avec une superbe autorité et, sans le secours d’aucun modelé intérieur, sait donner aux figures un relief presque sculptural, les fait vivre, les rassemble en groupes mouvementés et leur tait taire un récit complet de la vie familiale, héroïque ou populaire de l’époque.
La scène leprésentée sur cette page est tirée du Wakokou Hiaku Jo , littéralement (( Cent Femmes japonaises», ouvrage en trois volumes qui peint dans leur vie journalière les femmes de toutes conditions. Suivant une coutume assez répandue dans ce temps-là, chaque feuille du livre appartient par moitié au texte, qui accompagne l’image de quelque commentaire, contenant souvent une pensée originale, exprimée de pittoresque manière.
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La Planche II, d après Kiyonaga, nous révèle ce que 80 années de perfectionnements tec - niques, ardemment recherchés, ont ajouté decharme aux sévères formules du début. Une p ' entière de tons éclatants ou suaves s’est créée et pare de ses lumineuses vibrations des compositions savantes, où se manifeste la complète maturité d’un art.
Uyonaga a joué vers 1 1 ; o un rôle dominant dans cette évolution . Il rompt résolu nient avec le style archaïque des autres Toril, ses prédécesseurs, et, d’un bond, franchit la ,^U1 sePan^ esAguies d acteurs de Kiyomitsu, dont un spécimen a été donné dans , ’ Un art absolument moderne dans ses allures, où nous voyons se de'rouler
ce,i,n’!ageS aUX VaStCS honzons' reiT>plis d’air et de lumière, avec des plans multiples s’étarobustes UnC lrr°Pr0Chable correction, et animés de personnages bien vivants et bien
Ici c’est une promenade surla Soumida gava (gava veutdire rivière), ce fleuve aux bords riants, où s’est élevée la ville de Vedo, véritable fourmilière d’artistes. Cette gravure ne forme qu'une fraction de la composition totale qui se compose de 3 feuilles, dont chacune mesure le double de notre reproduction. Ces sortes de feuilles ne sont point empruntées à des livres ; elles appartiennent à la catégorie des estampesqui se publiaient séparément, et que lesJaponais désignent sous le nom de Itslii maïyé( images parune pièce).
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Dans la Planche IE, c est encore sur les bords verdoyants de la Soumida que nous sommes conduits, et cette lois c’est par Hokusaï. Il nous présente une petite famille s’acheminant par une limpide soirée d’automne, le long de l’eau. C’est d’abord une jeune veuve, ainsi qu’en témoigne le nœud de sa ceinture placé en avant; deux jeunes tilles l’accompagnent et sont suivies par un gamin chargé de porter les emplettes que les jeunes dames viennent de faire sans doute à la fête, de l’autre côté du fleuve, derrière le rideau d’arbres, d’où émergent d’immenses bannières blanches.
A voir les allures un peu gauches de ces petites personnes, leur gracilité, l’élégance un peu mièvre de leur structure, elles forment un vivant contraste avec les matrones bien découplées que vient de nous montrer Kiyonaga. Lui, Hokusaï, aussi, transformera plus tard l’idée qu’il se fait de la femme; il fera surgira son heure des figures héroïques pour peupler ses grands romans de chevalerie et, lorsqu’il entreprendra de peindre la vie populaire, saura créer des femmes de solide envergure. Mais dans ces premières années, où le jeune peintre aime la poésie tendre, son esprit ne s’est point envolé encore vers les conceptions dont la hardiesse saura défier toute comparaison ; sa main n’a pas acquis encore cette dextéritéétourdissante qui s’abandonnera avec une verve débridée aux plus audacieuses jongleries du pinceau. L’exécution demeure encore sage et mesurée, féminine dans son élégance, modeste dans ses prétentions. Ne nous en plaignons pas. Dans cette première manière, un peu timide, l’artiste nous a légué un monde d’êtres charmants, tout imprégnés d’une saveur morbide, qui évoquent dans notre esprit le souvenir de nos patriciennes dont s’inspiraient les Ghiilandajo, les Boticelli . Ceslointaines réminiscences s’arrêtent cependant aux figures proprement dites, car le milieu où elles s’agitent surprend par son caractère bien personnel, et la façon dont le paysage est interprété ne nous rappelle rien d’analogue. Un seul principe y fait loi : c’est une simplification absolue, inexorable, de toutes choses, de toute la nature. L'œil de 1 artiste a fermement résolu d’écarter de sa vue tout ce qui pouirait faire toit par sa présence au seu sujet qu’il entend mettre en valeur : un groupe de personnages, se détachant viveme gaies couleurs sur un vaste espace borné par une ligne d horizon soi e. 01
proposé. .
Qu’on discute, si l’on veut, la raison d’être de ces principes; nous devons nous incliner
devant un tempérament capable de poser les questions a\ec une telle net
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Planche IC. Canards mandarins, par Hokusaï, curieux a rapprocher de 1 jeunesse du même maître vue à la planche précédente, cette page d’oiseaux f^antcom le talent de l’artiste au déclin de sa vie. Au fur et à mesuic que es années franchise
conceptions se sont élargies, et pendant le même temps le pinceau acquiei atteinte.
d’exécution et une fermeté de plus en plus magistrales. La dunure 11111 ^
Une seule préoccupation est cependant restée debout chez le vieillard parmi celles que
, „ H(ln- ses œuvres du début : c’est le vide à ménager autour du sujet
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Cette gravure est extraite d’un volume composé d’une quinzaine de dessins seulement,
tous de ce même format, et qui passe à juste titre pour le prototype du genre. Il ne faut
déplorer que la trop grande rareté de cet étonnant recueil qui paraît avoir été tiré a un
nombre d’exemplaires extrêmement restreint. Il est intitule Shaihin Guafou, c est a dire
dessins « d’après nature », et la préface du volume accentue encore le sens attache au titre.
Elle est écrite par un ami du peintre, nommé Hirata, et caractérise puissamment la synthèse
qui inspire l’œuvre de Hokusaï. Cette préface constitue en outre un précieux témoignage de
l’estime dans laquelle, quoiqu’on en ait dit, l’artiste était tenu au moins par une partie de ses
contemporains, dont les appréciations cadrent singulièrement avec les nôtres : « Hokusaï,
est-il dit, ne ressemble à personne. Tandis que tous ses devanciers étaient plus ou moins
esclavesdes classiques traditions et des règles apprises, lui seul a affranchi son pinceau pour
dessiner selon les sentiments de son cœur et exécute rigoureusement tout ce que perçoivent
ses yeux, amants de la nature. » Passons sur ce que cet hommage d’un ami peut avoir en soi
d’un peu trop exclusif.
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Planche AJA. Moineaux dans les bambous, d’après un kakémono par Nôsan, école de Shijo.
Moineaux et bambous constituent au Japon une association que la nature a formée éternelle et que les artistes de tous les temps se sont plu à célébrer. Rien n’est plus digne, d’ailleurs, de tenter un virtuose du pinceau que la souplesse de la plante délicate, dont les branches se plient en mille courbes harmonieuses, obéissant au moindre souffle de la brise; et il n’est rien non plus au monde mieux fait pour compléter ce tableau que la gaie mulitude de ses habitants accoutumés, sautillant de tige en tige, et affectant dans leurs ébats une variété infinie d’attitudes, dont la mobilité défie l’œil le plus exercé de retenir les mouvements. Par quel miracle les Japonais parviennent-ils à noter avec une telle perfection ces poses fugaces? On nous parle de formules; il paraît que, dès leur prime jeunesse, les enfants arrivent à construire, sous des aspects très divers, le corps d’un oiseau, d’une façon presque mécanique, ainsi qu’on apprend à tracer les formes géométriques d’une maison d’habitation, ou les lignes convenues d’une figure académique. Soit. Mais est-il possible d admettre que, dans les compositions les plus variées, on place à tels ou tels endroits des poncifs d oiseaux, tout comme s’il s’agissait de composer un jeu de patience au moyen de fragments découpés ? Et la sensation d’une vie intense pourrait-elle se dégager d’une œuvre dont toutes les parties ne seraient pas enfantées de concert, liées étroitement l une à l’autre, et formant un ensemble homogène?
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Planche AJ B. Morceau de satin du xvie siècle à décorde paons. Le fond en est usé, les couleurs ont fléchi, mais grâce à l’excellence de la technique, le sujet du décor ressort encore dans toute sa netteté primitive. Et à voir l’ampleurdes contours, la correction impec cable du dessin, la superbe allure de la bète, se dressant sur le tronc d’arbre dans une attitude de fierté digne du pinceau d’un maître, on croit se trouver en présence, non plus d’un lani-
beau de vêtement, mais d’un véritable tableau exécuté au métier, sans autre but que de remplacer les à-plats dune aquarelle parla linesse chatoyante et le relief délié de la fibresoyeuse.
La recherche de semblable effets ne doit pas sans doute être proposée en exemple dans nos contrées, en dehors des tapisseries décoratives de nos appartements, mais elle a sa raison d’être appliquée au laste des costumes seigneui iaux du Japon, où, contrairement à nos modes étriquées, d’amples sut (aces s étalent et se prêtent aux déploiements des compositions les plus
grandioses .
Le dessin de la robe dont ceci est un fragment représente une suite dethéories superposées, formées de paons semblables, posés uniformément sur des branches de pin : comme dans nos belles étoffes de la Renaissance et meme du moyen âge, c’est le point dit « lancé » qui forme
belles étoffes de la trame du tissu
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Planches DI, EA etHH fournissent une série de motifs de décor.
La première offreun dessin rayonnant, simulant desaiguillesde pin, qui se trouve mélangé à des rondelles à bords découpés. La note vigoureuse est donnée par des rosaces, dont les membrures font penser, malgré leur rigidité, à un enfilage de pétales de fleurs.
Le dessin de bambous EA amuse par l’enchevêtrement pittoresque de ses branchages ténus Vu isolément, sur un fond blanc, ce motif a des maigreurs qui, au point de vue décoratif laissent l’œil mal satisfait ; aussi a-t-il été calculé pourêtre transporté surun fondsolide, destiné à rallier les lignes éparses et à mettre en valeur toute l’élégance des silhouettes.
Enfin sous les lettres HH se présente une décoration d’essence bien naturaliste. Elle est formée de troncs d’arbres à l’écorce rugueuse et fendillée, aux branches nettement coupées, avec quelques brindilles jetées comme au hasard et destinées à givrer le fond de leurs délicates
ramures.
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Planche H F. Trois porte-bouquets en bronze du xvm' siècle. Le vase de droite ainsi que celui du milieu sont réduits de moitié à la reproduction, tandis que le tube conique est diminué des deux tiers. Cette dernière pièce a perdu par suite de cette transformation les qualités d’ampleur qui constituent sa principale beauté. La bariette perpendiculaire, qui remarque à la hauteur des anses, est un anneau destiné à accrocher le \ ase au mm .
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