JAPONAISE
OU
le bois; l'imprimeur, qui tire du cuivre ou du bois l'œuvre définitive. Le
plus souvent, en Europe, le dessinateur et le graveur sont seuls des artistes, 1 imprimeur n'est qu'un ouvrier qui obtient d'une machine des épreuves uniformes à l'infini. Au Japon, rimprimeur, comme le dessinateur et le graveur, est un artiste, travaillant avec le goût et — - fa fantaisie d'un artiste. Satisfait des moyens
I matériels les plus simples, sans machine, il ne
/ connaît ni la rigidité, ni la répétition; maisdans
l'encrage, le choix et l'amalgame des couleurs sur la planche varient sans cesse et excluent la monotonie, l'uniformité. En choisissant parmi les productions de la gravure japonaise celles où les trois artistes, dessinateur, graveur et imprimeur, ont su combiner ce que le summum de leur art à chacun pouvait donner, on a donc des œuvres, dans leur genre parfaites, que rien ne saurait surpasser.
Ea gravure, japonaise s'est uniformément tenue à certains moyens qui donnent à ses
productions leur cachet spécial. Elle s'est renfermée dans l'usage du bois comme planches à graver, et les dessins qu'elle a reproduits ont tous été tracés par les artistes à l'aide du pinceau.
Quand un Européen écrit, il se sert de la plume; il peut encore lui arriver de s'en servir pour dessiner, mais le plus souvent alors il recourt au crayon; enfin, lorsqu il veut peindre, il prend spécialement le pinceau. Au Japon et en Chine rien de semblable. Là, qu'on écrive, qu'on dessine ou qu'on peigne, l'outil est le même, le pinceau tenu et promené à main levée sur le papier. Il est résulté de cet emploi perpétuel du même instrument une éton-
nante dextérité à le manier. Et comme pinceau trempé d'encre ou de couleur donnent des lignes et des traits qu'on ne peut reprendre, la sûreté de la touche et la hardiesse de main sont devenues des points essentiels que tous les artistes ont dû rechercher et obtenir.
Le papier sur lequel le dessin a été tracé est collé sur le bois à cou
alors le graveur s’applique à faire passer et à fixer sPectateu. sur le bois toutes les qualités de souplesse, d'ampleur,
que le dessin sur le papier avait reçues de l'usage du pinceau comme instrument. Les graveurs japonais ont atteint une telle habileté dans ce sens, qu'il est certaines épreuves imprimées que l'œil exercé peut à peine reconnaître des
dessins dus directement au pinceau.
Si l’on ajoute que les gravures japonaises sont en général tirées sur un admirable papier, que dans l'état de premier tirage elles sont d'une grande rareté, on comprendra qu elles réunissent toutes les conditions voulues pour charmer les yeux des artistes, et exciter la passion et la con\oitise des collectionneurs.
terrasse.
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L'art de la gravure sur bois est venu de la Chine au Japon. Appliques illustration des livres, il est assez récent. Visé monogatari, de 1604, est le premier ouvrage remarquable qu’on lui doive. C est un roman illustré, ravures en sont d'un style archaïque et quelque peu grossier, mais déjà présentent, comme conception et comme éxécution, les traits caractéristiques
ie l'art tel qu'il se développera.
Par Issaï
Pendant le xviP siècle, les livres à gravures demeurent rares, jusqu’au moment où apparaît Ishigava Moronobou, qui fleurit de 1680 à environ ï y oo. Moronobou a traité à peu près tous les genres auxquels la gravure pouvait s’appliquer de son temps: il a illustré des romans, des meishos ou descriptions de pays, produit des séries de livres à figures, donnant tous les types du monde japonais, d autres où se trouvent fixées les bètes, les plantes, rendues dans leur réalité ou employées comme motifs d ornementation. Son st\le, encore quelque peu archaïque, est sobre, nerveux, plein de force et de mouvement. L'œuvre de Moronobou est ainsi comme le portique de la gravure au Japon.
L’impulsion donnée par Moronobou ne devait plus s’arrêter : pendant le xvi 1 ic siècle, les artistes qui illustrent les livres se succèdent sans lacune, de plus en plus nombreux. Il faut, en premier, placer Sukénobou, qui produit ses meilleures œuvres vers 1730. Il s’est appliqué à représenter la femme japonaise sous tous les aspects et dans toutes les occupations, et comme les étoffes sont alors très ornées, les femmes qu’il nous montre sont enveloppées de robes d'une singulière richesse de ramages et de décors.
Sukénobou forme des élèves et a des successeurs qui nous conduisent à la fin du xv 1 1 ic siècle. L’art de la gravure en couleur, né et perfectionné depuis longtemps, est maintenant entré dans l’illustration des livres. De Moronobou, par une série d intermédiaires, jusqu’à Hokusaï, on peut ainsi réunir chronologiquement une bibliothèque de livres ou albums à gravures de la plus grande variété de format, de style, de procédésd'impression, représentant un monde singulièrement original et vivant.
L estampe proprement dite, l’image imprimée sur feuille volante s’est développée à côté des livres ou albums a gravures. Même
les plus anciens monuments
LE
de lart de la gravure japonaise sont des estampes. C étaient des images religieuses assez giossières que Ion vendait dans les sanctuaires bouddhistes et qui représentaient le Bouddha ou quelque saint local. Tout a la lin du xvne siècle, sous 1’impulsion venue de Moronobou, l’estampe japonaise inaugure un genre qu’elle va bientôt exploiter en grand : la reproduction des physionomies d’acteurs et des scènes de théâtre. Les premières feuilles de cette sorte sont d’abord imprimées en noir, comme toutes les gravures du xvne siècle, mais bientôt on les enlumine au pinceau, puis, entre 1710 et 1720, on commence à les imprimer en couleur à deux ou trois tons.
La gravure en couleur se tire vite des tâtonnements du début : dans le cours du xvme siècle elle atteint une très grande perfection. Ce sont d’abord les Torii qui se succèdent et forment toute une école. Ils produisent des figures d’acteurs imprimées dans une gamme de tons sombres, mais vigoureux, qu’il faut placer à la base de toute collection d’estampes en couleur. Après eux, Katsukava Shunshô, le maître de Hokusaï, avec deux de ses élèves, Shunyei et Shunkô, a
pourtoujours rendu vivants les acteurs et ses contemporains.
Etendant l’estampe en couleur hors du monde des théâtres et des acteurs qui avait vu ses débuts, des artistes puissants l'adaptent à la reproduction de figures de femmes, de scènes populaires, de réunions de
plaisirs, l’appliquent aux
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( Vgnette tirée d'une ancienne enveloppe de lettre.
scènes de romans, aux faits historiques, aux batailles, enfin aux paysages. C’est ainsi à la fin du xvme siècle, de 1770 à 1800 environ, que les gravures japonaises imprimées en couleur arrivent à l’apogée avec une série de grands dessinateurs qui, par l’ampleur des
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. Par
Hoii’saï
lignes, la pureté des contours, 1 harmonie et le goût de la composition, ont laissé des œuvres admirables, Harunobou, Kiyonaga, Veishi, Toyokouni l’ancien, en dernier Outamaro. Chacun de ces artistes a son originalité et possède des qualités propres, mais s’il o*cor de panne, par Us.ï. fallait détochcr 1 un deux pour le mettre au premier
rang, je choisirais Kiyonaga. Son dessin robuste, libre et sans manière, serre la vie de très près. La variété d’attitudes des personnages, le naturel de leurs poses, le mouvement de leurs physionomies, la largeur et la profondeur des paysages qui servent d'arrière-plan, donnent à son art une allure magistrale.
Les grandes impressions en couleur, dans ce siècle, perdent la suprême élégance qu'elles avaient atteinte au xvnf siècle. Iilles n’ont plus la meme harmonie de lignes, la même sobriété de coloris, mais, passées a l'état d'art tout à tait populaire, restent malgré cela puissantes et pleine de vie. avec
I ovokouni le jeune, Kounisada, Kouniyoshi et surtout le paysagiste Hiroshigué.
Pendant que la production des grandes estampes en couleur a perdu de son raffinement, un autre genre plein de délicatesse est né et s est développé. Je n eux parler de ces fines compositions appelées sourimonos , que les artistes, dans la première moitié de ce siècle, produisaient à un nombre d’épreuves excessi\ ement restreint, et qu ils donnaient a leurs amis, ou distribuaient aux membres de petites sociétés de buveurs de thé à certaines fêtes au anniveraire . Imprimés de la façon la plus soigneuse, d'abord en tons dégradés
fondus, plus tard a\ ec des reflets et des appliques métalliques, ces souri-
mmws sont Cluc 1 ürt 1 impression a jamais connu chez aucun peuple de
plus raffiné et de plus subtil.
Hokusai, né en 1760, mort en 1849, apparaît comme une sorte de géant venant couronner Part de la gravure au Japon. Il a débuté très jeune sous le nom de Shunrô^et, comme il a travaillé sans arrêt jusqu'à sa mort, son labeur s est étendu à une période de plus de cinquante ans. Il a donc pu s'adonnera tous les genres cultivés par la gravure japonaise, aussi sa
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production est-elle d’une immensité qui surprend. Illustrations de romans, d’histoire, de poésies, depuis les minces volumes populaires, j u s q u 'a u x
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v rages de quarante, cinquante et quatre-vingts volumes; livres et albums montrant à l’infini, sous toutes
les formes, tous les aspects du monde visible japonais, les hommes, les bêtes, les choses, le paysage; recueils d’ornements et de sujets destinés aux métiers; enseignement, par des exemples, de l’art du dessin; grandes estampes en couleur de tout genre; sourimonos en nombre illimité, affiches, cartes géographiques, gravures d'industrie, etc., etc., Hokusaï a tout traité avyc une égale maîtrise. Son œuvre, débordante de vie et de mouvement, est pleine d’humour : elle touche toutes les cordes, va du comique populaire et du
Village de la province de Shinano, par Hokusaï.
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rotesque au pathétique et au terrible; elle constitue ainsi un monument, complet en lui-même, qui embrasse tout ce que les Japonais ont pu \<>n par les yeux, ou inventer par l’imagination.