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RITSUO F.T SON ÉCOLE
L'art japonais n'a en Europe qu'un droit de cité bien jeune encore, et si nous possédons déjà les grandes lignes de son histoire et la description de certains de ses chefs-d'œuvre, un large champ reste ouvert aux investigations qui définiraient l'individualité, le tempérament de ses maities.
L'histoire des arts d'Occident a été fouillée dans tous les sens : on en a défini la psychologie et la technique, on en a étudié jusqu aux contieiaçons des maîtres. Leur vie, leur descendance artistique, les influences qu ils subies ou exercées, les comparaisons de leurs (envies et les changea e leur style, ont été l'objet d'études approiondies. Aux noms de Holbein, de Palissy, se lèvent dans nos esprits des siècles nettement classes, des mameies
connues.
. . , +;t nombre de « japonisants » expeits, le nom
Au contraire, sauf pour un petit nonu ie u j i
d'un artiste japonais n'est encore qu'un nom d'homme; il n'éveille point l'idée d'une époque, d'un genre, d'un génie personnel. Le Japon, pour nous, est né d'hier. Encore que les distances aient disparu, sa langue mal connue nous sépare de lui, et les renseignements sont difficiles à obtenir qui feraient du nom de chacun de ses maîtres comme l’enseigne où viendraient se ranger les époques, les genres, et aussi les préférences.
Tenter une pareille œuvre est peut-être téméraire à l'heure présente; certains documents font défaut encore. On peut cependant dégager quelques individualités, si hautes, qu'elles portent avec elles un morceau de siècle ou une branche tout entière de l'art.
L'artiste dont je voudrais esquisser ici le portrait, Ritsuo,est digne d'apparaître un des premiers. Il s'est montré sous des aspects très divers, a touché à presque toutes les branches de l’art, et a réussi tout ce qu'il a essayé. On le trouve peintre, sculpteur, laqueur, céramiste, et la terre qu'il a modelée, les laques qu'il a polis, l'ivoire ou le bois qu'il a fouillés, les panneaux qu'il a décorés, sont rangés parmi les chefs-d'œuvre. Je veux d’abord dire en quelques mots ce qu'il était.
Ogawa Ritsuo (1662-1746), de Kuwano, province de Issé, avait rang de samuraï. c'est-à-dire de noble guerrier, mais il renonça bientôt à la carrière
des armes pour se tourner vers l'art. Au Japon, les nobles n'avaientqu’un métier, la guerre; c’était déchoir que de s'occuper à l’agriculture, au commerce surtout, qui étaient considérés comme des occupations indignes d un
homme bien né.
Mais le seigneur — hu-il prince — qui déposait son sabre pour prendre le pinceau ou le burin, ne dérogeait point : son nom en acquérait plus d'éclat, unegloire plus durable. Un netsukc bien sculpté comptait dans une réputation plus qu’une tête hardiment coupée à la guerre.
On conçoit donc que Ritsuo, samuraï, soit resté samuraï après qu'il eut lait des chets-d ceu\ îe. Bien plus, ceux qui n'étaient point nés, attachés pour leurs talents a la coui de quelque daïmio, se voyaient anoblis, devenaient les égaux des hommes a deux sabres, et 1 on sait des objets signés de noms qu accompagnent les titres de hoghen, de kami, et de gouverneur de province. Je possède des masques de Nô signés Kami-no-Wasa, un titre de prince, et dans certaines collections existent des kakémonos, des netzukés, dont les auteurs furent anoblis pour leur maîtrise. Ritsuo, célèbre déjà comme soldat et même comme tacticien, se ht gloire de devenir un ouvrier d'art, et c'est comme tel que nous avons à l'étudier.
Il a déjà été dit que si notre moyen âge connut les ouvriers artistes avec les Benvenuto Cellini et les Maestro Georgio, un abîme s était creusé depuis entre l'art et le métier, entre le grand art et le petit art. Au Japon jamais on ne sut de différence entre le grand art et le petit art, jamais on ne sépara l'art du métier. Ce peuple avait un tel besoin, un tel sens de l'art dans sa vie quotidienne, qu'il 1 appliquait aux plus intimes objets. Les sabres et les boites a médecine, les ustensiles de toilette des femmes et les écritoiies, les pots à thé, de simples manuscrits, contribuaient à l'ornement de la demeure ou du vêtement. Ln
Ritsuo éclate cette union constante, intime, de lait
et du métier. Sculpteur, le voici :
C'est une figurine haute de douze centimètres, montée sur une
chimère, c’est le Shoki, guerrier de l’antiquité chinoise, légendaire chasseur de diables ; c’est celte autre, le Niô, gardien des temples. Ces formes fantastiques d’animaux tels que la chimère qui porte le Shoki, la vieille tradition japonaise les affectionnait ; elles sont peu attrayantes pour notre œil européen, et si l’amateur exercé s’est familiarisé avec elles, l’ensemble du public en reste encore déconcerté. Il faut se souvenir que les Niô sont les reproductions exactes des originaux du vic. siècle qui existent encore au temple de Nara : séculai res manifestations d'une étrange vigueur, nées d’influences chinoises et bouddhiques, elles sont traitées suivant une convention alors acceptée dans la représentation de la forme humaine.
Ritsuo, en suivant ces antiques modèles dans toute 1 énergie des figures, la loi ce du modelé, la vérité d expression et 1 habile arrangement des draperies, a su y mettre une marque très personnelle, et il est parvenu, dans une minuscule statuette, a produire 1 effet saisissant d’originaux grandioses : c'est l'avis d éminents sculpteurs à qui j'ai montré cette petite pièce.
Le Shoki n a pas conservé la couleur naturelle du bois. L artiste l a savamment iecou\eit d un laque brun avec des touches rosées sur le visage. Apiès le sculpteur nous voyons apparaître le laqueur, et nous pourrons ainsi le sui\ î e, le \ oii passer a une autre branche de l’art, poussé par le besoin de nou\ eaux eflets décoratifs. Le laquage du Shoki ne saurait cependant être donné comme un exemple suffisant de 1 habileté de Ritsuo, si d autres pièces M>itiCs ses mains n attestaient, dans le travail délicat des laques, sa science de la composition et sa profonde connaissance du métier. Bientôt, à la soi I de décoi ation qu il a, une matière appliquée seule, deux matières juxtaposées ne suffisent plus. I ont va lui devenir bon pourvu que la substance employée concoure à l'effet cherché. La nacre, l’écaille, la faïence, les métaux \ont emichiç sa palette; d incrustera, il soudera avec un soin merveilleux. \ oici un petit panneau où se retrouve une fable analogue à la légende fatale de la boite de Pandore, fiction universelle qui hante toutes les littéra-
tares. Sur un fond de laque noire le diable sort rouge, modelé en une composition spéciale qui rappelle le gesso de l’Italie. En gesso vert et bleu sont le masque et le bâton, les armoiries sont de nacre. Et toutes ces substances, loin de se heurter, se fondent en une harmonie savante, pour un effet très
sobre.
C'est là que Ritsuo apparaît Vraiment comme un initiateur. Personne, avant lui, n avait tente 1 assemblage d une pareille variété de matériaux. A côté de la nacre, de la laque, il s'était vite aperçu des ressources variées que pouvait présenter la céramique. Et le voilà qui devient céramiste, qui modèle et fait cuire, dans un four construit chez lui, d'abord de petites pièces exprès pour être incrustées, puis, tenté, entraîné par le métier, nous le verrons traiter la terre toute seule, Pémailler :jl sera potier. Sur un panneau de bois dont les parties tendres ont été usées pour permettre aux veines dures de produire en relief, par leurs ondulations, un solide effet décoratif, il incruste un Rakan, dans une attitude de prière extatique, vêtu de draperies en faïence vert pâle. — Dans une autre pièce de ma collection, un poisson et des algues en gesso, des coquillages de faïence se détachent sur un fond d'or bruni.
L'or de Ritsuo, comme Torde Kôrin, mériterait à lui seul
une étude spéciale.
Une magnifique écritoire tut montrée à Londres par M. Hayashi. Un éléphant de cérémonie en couleurs vives, avec incrustations, laisait du couvercle un des plus Reaux
morceaux de décor 4ue 1 on puisse voir.
y\ i^j n <r possède un cabinet décoré d un martin-pêcheur . c est un panneau de bois brun, aux veines en relief; l'oiseau est en faïence polychrome, d un seul morceau; toute la gamme des rouges, des \ ci ts, des bleus et des gi is a été
employée.
Une écritoire est décorée d'une tuile de temple ouvragée ; toujours sur un fond de veines en relief, la -tuile est faite de la même matière qu'une vraie tuile. En seule terre est une petite boîte appartenant à M. Bing. On pousserait du pied ce bout de tuile cassée, tant les ornements frustes en sont bien imités, tant la cassure montre, dépouillée de son vernis, le grain rugueux que
Présente le bloc de glaise cuite. Sur la lace inférieure, Ritsuo a imité son propre cachet, qui semble sali et ébréché, bien qu'en réalité il soit parfaitement complet.
C est là qu apparaîtra peut-être le défaut de la cuirasse chez un grand altiste. Il aime a jouei avec la matière, il pousse la virtuosité jusqu’à tromper 1 œil de 1 amateur sur la substance employée. Il se plaira à faire, — avec quelle étonnante habileté! une pièce de poterie qui en réalité sera en laque, et tel bois, tel bronze sera fait de terre à potier.
On peut se demander si un artiste de valeur se doit complaire à ces minuties, mais il faut se souvenir que chez nous aussi certains artistes
d" .XVI"C SiCClC °nt Commis ^ ces trompe-l'œil • ca, p C ruvelh peignit une brisure de marbre J taisaifillusion.
Du bout s<>" pinceau, Ritsuo s'est amuse aussi à ces innocentes plaisanteries. Sur deux grands- paravents à fond
\ ieilles images, des raccommodages des restes déchirés d’anciennes peintures, si vrais, que des amateurs, des peintres assemblés n’en pouvaient croire leurs yeux, et que le toucher même ne suffisait pas à les convaincre de la spirituelle supercherie du maître.
Mais à côté de ces tours d'adresse, Ritsuo savait aussi être un peintre d'une science consommée. Certains de ces kakémonos sont comptés parmi les chefs-d'œuvre1.
Autoui d un tel altiste une école s était formée, sans qu un de ses élèves ait pointant atteint a la maîtrise de Ritsuo. Parmi ses continuateurs. Han/an. Zeshin et Kenya pour les laques, Hohitsu pour la peinture, sont dignes d être cités. I ne belle œuvre de Hanzan est une grande boîte à manuscrits incrustée de poissons et de coquillages en couleurs naturelles sur un fond aventuriné-d’or; la forme est parfaite et les teintes de la laque et de la nacre dune exactitude absolue.
Comme Ritsuo, Hohitsu (1760-1827) appartenait à une famille noble; il était fils du prince Sakaï, mais il délaissa la vie aristocratique pour se consacrer à Part. Son œuvre s’inspire de Kôrin
autant que de Ritsuo. ïl a les qualités brillantes de la couleur,
une invention originale, mais souvent fantastique, et un dédain systématique des effets laborieusement obtenus à force de minutie.
Zeshin a manié le pinceau et le burin, tout en restant un laqueur accompli. Avec une virtuosité étonnante, il a imité en laque les matières les plus diverses. Un plat qu’il a exécuté présente toute l’apparence, les tons bruns et jaunes d un Vleux bronze; prenez-le, il a la légèreté d’une plume,
1 ' ^ous en donnerons un exemple dans le prochain numéro.
c'est un mince plateau de bois laqué! L'artiste réussit particulièrement 1 imitation de toutes les variétés du bronze patiné ou décoloré par Page. Ses sourimonos sont célèbres pour leur inépuisable invention ; mais souvent ils pèchent
par un dessin lâché et un sentiment défectueux du beau.
Kenya est un Hanzan moins coloriste, moins habile dans 1 union intime des matériaux, et son dessin manque de fermeté et ses effets décoratifs sont
moins puissants.
Cependant, toutes ces qualités, incontestables chez les artistes que je viens de citer, sont plus taciles à imiter que la vigueur du tiait et la fécondité de l'invention, que la passion et l’originalité, que la haute science des arrangements, larges facettes par où brillait le peintre, le sculpteur, le laqueur, le céramiste, à qui je viens de consacrer ces lignes imparfaites.
ERNEST IIART.
NOS PLANCHES
Hokusaï nous fournit le sujet de la Planche ABA. On retrouve le peintre amoureux
de la nature dans cette page des t) cutc-six vues du houji, dont nous avons déjà donné un exemple dans la livraison IV. Nous renvoyons le lecteur, pour de plus amples détails, à cette livraison. Les trente-six vues constituent une suite de paysages gravés en couleurs, d'un format plus grand d’un quart que nos reproductions; le paysage y est bien la seule préoccupation de l’artiste, contrai rement aux cent vues, dont nous avons également reproduit quelques pages, et qui, pour une partie, ne montrent guère le Fouji que dans le fond du décor où se meuvent les scènes pittoresques de la vie japonaise.
La planche ABA montre une partie déserte de la province de Soshio (ou Sagami), appelée Oumézava, dans les environs de Yeddo. Le E'ouji dresse sa tête neigeuse au-dessus des bois de pins qui couvrent sa base, les grues fouillent tranquillement la vase des marais, et les premières pentes de la montagne sont coupées de larges traînées d’un brouillard dont l’opacité brutale ne surprendra pas ceux qui ont pu se rendre compte devisu de la densité des brumes qui couvrent parfois l’e'troite île du Japon.
La couverture de cette livraison reproduit une autre des trente-six vues , celle-ci d un impressionnisme encore plus violent peut-être, où le Fouji, énorme, rougeoie tout seul dans le ciel bleu, sous les rayons du soleil couchant.
sa Jtt jff
A côté de Hokusaï paysagiste, voici le Hokusaï populaire que nous a\ons déjà \u. Cut encore deux pages de la Mangna que reproduit la Planche AEH. A gauche, u sont V gras, opposition comique aux maigres dont on a pu voir un échantillon dans la li t a " Dans la première scène, un maître lutteur se fait masser par son élève, pendant F ^ semble s’assoupir légèrement en fumant sa pipe. Le juge attend patiemment a p ^ ‘
lutte. Dans la seconde scène, deux hommes, en train de faire la fete, chantent en s.a(*
gnant du shamisen, à la grande joie de la servante qui leur apporte et . Un autre
nages de la dernière scène sont au bain ; une femme est encore dans la cuve de^^unau^
baigneur s'essuie la tête, et le troisième, qui s’en va, tenant encoie a a m
semble humer avec plaisir l’air extérieur. • dessoutlleurs
Dans l’autre page, le marchand d’huile attend mélancoliquement a \ ^ ^ beriingots »
de verre se livrent à leur industrie, deux fabricants d’une friandise aPa °^dessousqepers0nnage dirent lasucrerie pcndantqu’un troisièmela coupeen P®tlts^at®"S cu é à maiaxer une pâte de qui frappe de si bon cœur avec son marteau sut un \ ot, e
riz qu’il devait faire cuire dans le petit four qu’on voit à gauche; un farceur s'est approché et lui a subrepticement enlevé la pâte, de sorte que le pauvre homme assène de toutes ses forces un coup de masse sur le billot vide, aux éclats de rire des deux assistants.
Jff Jtt M
La Planche AA A, tirée du même album où nous avons déjà puisé pour la planche AJE (livraison X), représente un passereau, sorte de gobe-mouches, posé sur un églantier /os a
rugosa ) .
La Planche AAI, reproduction d’une gravure d’Outamaro, montre une fête sur la Soumidagava, que l’on peut comparer avec la bête de nuit du même aitistc qui a hgurédans la livraison n° VIII. *
ni m v. r
Les bois polychromes tels que celui- ci (Planche IG) sont une des premières manifestations artistiques que l’on trouve, non seulement au Japon, mais aussi dans nos pays d’Occident. Avant que les perfectionnements de la technique eussent permis d’aborder avec succès la pierre ou le métal, le bois se prêtait mieux aux outils imparfaits, et la polychromie venait satisfaire le goût encore primitif des contemporains. La couleur frappait leur œil plus nettement que ne l’eût fait une statue de bronze ou de marbre, la plastique monochrome exigeant un certain degré d’éducation qui ne vient qu’avec les années de civilisation.
On s’explique donc que, de même qu’en Occident, on trouve au Japon ces bois coloriés au seuil des manifestations artistiques : les vieux temples, tels que celui de Nara, en possèdent qui remontent au vnc siècle.
Ce personnage est le héros d’une légende perdue. Sur un simple tronc d’arbrequ’il pousse et dirige avec un bambou, il affronte les flots qui écument autour de lui. Ces nuages conventionnels sont arrangés pour un effet décoratif, ils formaient le couronnement d’un panneau qui ornait toute la partie supérieure du mur d’un temple: on retrouve ce principe de décor dans les temples de Shiba et de Nikko. La pièce est reproduite au dixième de sa grandeur.
Jüt JüT
L’art du bois sculpté se présente d’une façon bien différente dans la Planche AEG où figurent huit netsukés , ces petits objets où les Japonais ont su mettre si bien tous les raffinements de leur caractère, leur grâce et leur finesse. Le netsuké servait de « passantcoulant » à la petite cordelière de soie qui suspendait à la ceinture la boîte à médecine, la blague à tabac, l’étui à pipe. Il constituait pour le Japonais qui ignorait les bijoux, les métaux précieux et les pierreries, un des objets de parure dont on pouvait s’enorgueillir. Un joli netsuké à la ceinture taisait l’admiration des connaisseurs que l’on rencontrait; les amateurs en possédaient des séries qu’ils portaient tour à tour, comme les samuraïs avaient pour le même sabre toute une collection de gardes qui servaient l’une après l’autre.
Il existe des netsukés de toutes matières, en céramique, en métal, en laque, mais la plupart sont en bois ou en ivoire: ceux en bois sont généralement les plus parfaits.
Le plus grand représente un Niô;M. Hart, dans l’article publié dans ce même numéro, a dit ce quêtait le Xiô, nous n'y reviendons pas. L’objet est reproduit- — comme les sept autres aux trois quarts de la grandeur. Le bois a pris avec le temps une belle patine brune qui rend mieux « lisibles » que ne peut le faire une simple image, les détails osseux ou musclés du corps et des figures, ainsi que l’arrangement des draperies.
LIv JAPON ARTISTIQUE.
L’autre personnage présente, dans son apparence, l’aspect d'une très vieille nié usé, la patine brune est restée seulement dans les creux ; c’est l’image des anciens habit.™ du Japon, d’un « sauvage », suivant la définition des Japonais. tuants
L’artiste a dû donner exprès a son œuvre cette apparence de vétusté carl’invent’ netsukésne remonte pas à plus de deux cents ans. Il n’a certainement pas eu soudés “ le type vivant qu il a représenté, et ce netsuké est probablement la copie d’une antiques comme en possèdent encore les temples de Nara où sont conservées précieusement 1richesses séculaires dues pour la plupart à l’inspiration primitive du génie bouddhique . Le personnage accroupi qui s’étire en bâillant, représente Dharma, un des grands saints du bouddhisme. La légende raconte que Dharma, par esprit de mortification, s’était condamné à restei perpétuellement assis , ses jambes finirent par se dessécher II s’était aussi privé de sommeil, ce qui explique l’énergie, poussée presque jusqu’à la caricature quel!sculpteur a mise dans son bâillement. Même, un jour que Dharma s était assoupi malqré lui pour se punir de cette défaillance, il se coupa les cils et les jeta à terre, Bouddha en fit germer l’arbre à thé, qui chasse le sommeil. Nous retrouverons plus d’une fois dans l’art japonais cette légende de Dharma comme thème à de nombreuses interprétations
Les quatre petits masques représentent les spécimens d’un des sujets où les sculpteurs de
netsukés se sont le plus volontiers exercés.
Les Japonais ont fait de ces masques deux espèces bien différentes : les uns, comme ceux qui figurent au bas de la planche, sont la reproduction de masques de théâtre, personnages légendaires (celui de droite) ou rôles traditionnels (celui de gauche) qui représente un
rôle noble, tandis que dans les autres, l’artiste s’est préoccupé surtout de donner une vie intense à la figure qu’il sculptait.
L’exagération des expressions saisies par l’œil observateur du Japonais, rendues avec lespiit moqueur qui est au fond de ce peuple, est surtout saisissante quand on peut voir d’ensemble une collection suffisamment complète de masques différents. L’impression en est si hautement comique, même lorsque certaines figures expriment une douleur caricaturale, que le lire vient au spectateur de cette muette comédie, rire irrésistible que connaissent ceux qui ont pu voir de telles collections.
La Planche A FJ représente un flambeau de temple en céramique, produit par la supei position acrobatique de trois singes dont le dernier est coiffé d’une feuille de lotus qui porte la pointe où se fixait la cire .
Lnfin la série des modèles décoratifs se continue par les Planches ADI et B F. La première est composée d’un arrangement de bambous d’un effet grêle et délicat, l’autre réunit eS motl(s déjà connus du chrysanthème, de la pivoine et des branches fleuries du prunier.
RITSUO ET SON ÉCOLE, par Ernest Hart
Pages.
NOS GRAVURES
PLANCHES HORS TEXTE
ABA. Paysage, tiré des 36 vues de Fonjïyama , par HOKUSAl.
aeh. Deux pages de la <(Mangua» de hokusaï. aaa. Fleurs et Oiseaux, école de Shijo.
ADI. Dessin industriel. — Bambous.
AAI. (Planche double.) Fête de nuit, par OUTAMARO.
AEG. Netsukés.
A EJ . Flambeau de temple , en céramique.
BF. Dessin industriel. — Pivoines, chrysanthèmes et Heurs de prunier.
IG. Bois sculpté et polychrome.
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