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Non, ce n'est point un rêve; c'est une surprise sans pareille !
Ce Jean Dhasp que j'avais cru avoir si bien tué, dont j'avais pratiqué l'autopsie, fouillé les entrailles, disséqué le cœur, découpé en fines tranches la substance cérébrale, le tout afin d'acquérir l'irréfutable certitude de sa mort, ce même aventurier de haute lignée me gratifiait soudain de ses nouvelles, toutes fraîches à coup sûr, datées jpour ainsi dire d'hier, parfaitement authentiques et fort intéressantes, puisqu'elles contiennent le récit détaillé de ses pérégrinations à travers l'Extrême-Orient.
Dès les premières pages, j'ai retrouvé ce charmant esprit, fin observateur, humoriste
OPPOR 16 1\1AY 1941
parfois sceptique, maïs toujours souriant, que j'avais pu apprécier durant les années qui ont précédé son mariage avec Georgina Ravyl.
J'aurais bien désiré me rendre compte des procédés en vertu desquels Jean Dhasp a réussi à soulever la dalle de sa tombe et rentrer dans le monde des vivants. Il est certain qu'en sa qualité de prince, issu d'une illustre famille souveraine, il a dû s'y prendre autrement que ne l'eût fait un vulgaire croquant, Rocambole, par exemple. Mais la crainte dépasser pour un indiscret aux yeux de ce seigneur pointilleux quand même sur le chapitre de l'étiquette m'a arrêté tout court au premier pas dans la voie des investigations. J'ai pensé dès lors me conformer mieux à la lettre du protocole en remettant l'assouvissement de ma curiosité au retour du prince de son voyage à Bangkok et à son passage par Paris. Grâce à d'anciens rapports aflfectueux, il éprouverait sans doute un plaisir tout particulier à me dévoiler de son propre mouvement le secret
de sa résurrection. Il ne me restait donc qu'à user de patience, chose d'autant plus facile que, pour tromper les ennuis de l'attente, je n'avais qu'à ouvrir le volume de Jean Dhasp, publié avec un soin tout particulier par l'honorable Maison May et Motteroz.
L'idée d'une visite chez la race jaune hantait déjà depuis longtemps mon cerveau. Je la réalise enfin aujourd'hui et à ma grande joie, sans rompre avec aucune de mes vieilles habitudes, sans bouger de mon cabinet de travail à Belle vue. Le récit du prince me fait vivre au milieu de ces curieuses populations asiatiques; nul trait saillant de leur physionomie, nulle particularité de leur caractère ne m'échappent; bref, j'apprends à connaîfre hommes, choses, nature, mieux sans doute que je l'eusse fait moi-même si je les avais observés sur place. Ma paresse en sait un gré infini à l'auteur, et je saisis le seul moyen à ma portée de lui en témoigner ma gratitude, en recommandant à tous les esprits cultivés, curieux des choses exo-
tiques, la lecture de son livre si riche en informations exactes autant que nouvelles, et par tant de côtés d'un si haut intérêt pour la France»
Bellevae, octobre 1893.
Charles Edmond.
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