‹ Le Japon contemporain: (notes et impressions)Chapitre 16 sur 45 · LE LAC BIWA. — OTSOU · texte numérisé non relu

LE LAC BIWA. — OTSOU

pour me convertir, en quoi ils ont eu tort, car, par cette fraîche matinée de novembre, je me sentais on ne peut mieux disposé à m'engager dans une chaude discussion.

C'est d'abord la vraie campagne japonaise que nous traversons, semée de petites collines rondes ou pointues que couvrent des pins noirs ou des bambous, enserrant entre elles de petites vallées.

Puis les montagnes s'élèvent, se découpant plus hardies et moins vertes. Plus de rizières ; par moments, le panorama est fort beau, presque imposant. Les décorateurs de paravents ne viendront jamais ici.

On vous montre ici la maison où fut conduite S. À. I. le Cesarewitch, en mai 1891, après l'attentat dirigé contre sa personne par le policeman japonais spécialement chargé de veiller sur ses jours. Le meurtrier n'était pas un vulgaire assassin, mais un soldat inintelligent et fanatisé, intimement convaincu que le fils du Tsar n'était venu dans son pays que pour étudier les moyens de s'en emparer.

Otsou. — A peine ai-je pris place dans l'un des kourouma qui m'assaillent, je suis emporté aux grandes allures sans avoir formulé le moindre désir. Laissons courir, je suis en terre

classique et je ferai, dai-djobou (n'ayez aucune crainte), la tournée réglementaire. Nous passons un village assez éloigné de la gare et voici, devant moi, le grand lac Biwa. Le paysage est joli ; sous le ciel un peu couvert, les eaux irisées que percent les joncs et les lotus ont des tons très doux. Mais c'est un étang, ce lac ! Très découpé par les saillies d'un terrain tourmenté, il faut le dominer pour embrasser d'un coup d'œil ses mille lagunes contournant le bas des montagnes, et de la route plate où je cours je ne distingue pas grand'chose. Pas de doute, je vais à un temple. Les deux rangées de cryptomérias qui m'abritent ne sont-ils pas des poteaux indicateurs? Mais à quel temple?

— Ichiyama, me crie mon trotteur qui, sans ralentir sa marche, s'est dépouillé de tous ses vêtements, hormis l'indispensable.

La route monte, elle s'adosse maintenant aux rochers et surplombe le lac de plus en plus.

Enfin, je m'arrête. Un vaste portique, étrange et lourde charpente, commande une avenue tournant au pied du rocher; de grosses lanternes de cuivre à la panse ajourée se balancent en grinçant. Je m'engage dans l'allée herbeuse, bordée d'érables. Des escaliers grossièrement taillés dans la pierre escaladent le plateau; mais au fond de la passe, dans l'ombre verte, des degrés larges

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