‹ Le Japon contemporain: (notes et impressions)Chapitre 17 sur 45 · LE LAC BIWA. — OTSOU · texte numérisé non relu

LE LAC BIWA. — OTSOU

et réguliers, monssus maintenant, montent en pente douce, gardant, dans ce coin silencieux et calme, quelque chose du caractère pittoresque et presque mystérieux des processions sacrées qui pieusement les ont gravis.

Prenons ce chemin dont la dernière étape est sans doute le ciel. Une première plate-forme, non, plutôt la crête d'une colossale verrue du règne minéral dont les aspérités blanches et nues 86 dressent à chaque pas. Je grimpe encore, au milieu des petits cris d'effroi des nombreux pèlerins et pèlerines dont la chaussure-échasse est non -seulement peu pratique, mais dangereuse pour ces sortes d'excursions. Voici une tckaya. Des paysans sont là buvant du thé et, la face souriante, regardent avec cette admiration pour la nature qui au point de vue artistique met le peuple japonais bien au-dessus même de nos classes moyennes la splendide feuille d'album étalée devant eux. La nappe d'eau est immense; à droite et à gauche on la retrouve, s'argentant dans le lointain, déchirée (et combien cela est joli!) ici par le pied d'une colline qui s'avance en pointe, là par un îlot fleuri qui émerge. Au fond, le cadre bleuté des grandes montagnes...

— Et le temple ? me direz-vous.

Juste au-dessous de moi un steam-lunck lutte

40 LE JAPON CONTEMPOBAIN.

contre uh courant rapide qui va s'engouffrer dans le monument des monuments modernes du Japon, le canal de Kioto.

— Mais le temple ?

Voyez ce pavillon si élégant : sur la masse de bois fouillé, la toiture en chaume fin s'abaisse pour se relever en pointes aux quatre coins, reliés par des chaînes à l'extrémité d'une flèche centrale élancée et svelte comme un ornement de pagode siamoise.

Un dernier coup d'œil. Tout ce paysage est calme, grand, simple. N'est-ce pas pour rendre quelques-unes de ses œuvres plus majestueuses que la nature a répandu à profusion au- Japon les beautés minuscules, tourmentées et étranges?

Tiens, je n'ai pas parlé du temple ! Ma foi, c'esf! tout ce qu'on peut en dire...

La légende raconte que six cents ans avant l'ère chrétienne, un tremblement de terre d'une violence inouïe fit surgir d'un seul bloc le Fujiyama et creusa du même coup l'immense excavation que remplit le lac Biwa. Cependant les annales qui remontent à plus de dix-huit cents ans ne mentionnent la grande montagne que depuis environ un millier d'années.

La descente des rapides du Kamogawa n'est pas sans intérêt. En deux heures, de Kioto, on

LES DAKSES MIAKODOBI DE KIOTO. 41

atteint en voiture le point où la rivière, resserrée entre deux montagnes, dévient un véritable torrent. Notre embarcation file avec une rapidité d'oiseau, heurtant de son fond plat et flexible les roches qui émergent. Des deux côtés, des cimes escarpées, sauvages, déchirées par les éboulements des masses énormes qui, précipitées dans la rivière, en ont, à certains endroits, presque obstrué le cours. Le bateau nous dépose à l'entrée d'un faubourg de Kioto ; là, le Kamogawa contourne une colline renommée dans tout l'Empire par la splendeur de ses cerisiers et de ses érables, que, suivant une tradition séculaire, toute la population vient admirer au printemps et à l'automne.

lES DANSES « MIAKODOKI D DE KIOTO.

Page 1