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CHAPITRE PREMIER

Aperçu général

Gomme celui de la Chine dont il est issu, le Bouddhisme japonais donne les principaux rôles au Dhyani Bouddha Amitha et au Dhyani Boddhisattva Kwanon, Aloketisswara. Cependant Cahyamouni y occupe une place plus importante qu'en Chine. On y trouve aussi le Bouddha suprême (Daï Niti Nioraï) Adibouddha et son second Rosana (Vajra Dahra), le président des Dyani Bouddhas.

Quand après la conquête de la Corée, le bouddhisme s'introduisit au Japon, il y apporta ses cérértîonies et les nombreuses images de son Panthéon, auxquelles il ajouta celles des principaux Kamis et surtout des empereurs divinisés.

Il avait déjà fait des prosélytes assez nombreux lorsque, au vi® siècle de notre ère, le roi de Corée envoya au Japon des statues de Bouddha avec des autels, des bannières et tout ce qui pouvait servir à

l'installation du culte dont il recommandait chaudement l'adoption. Un temple bouddhiste fut élevé malgré l'opposition de la noblesse féodale ; mais, une épidémie étant survenue, les partisans du Shinto l'attribuèrent à la faveur accordée au Bouddhisme et on brûla le temple. Les trois empereurs suivants furent peu favorables ; en 585 on brûla les temples et on jeta les statues dans les rivières ; mais au commencement du vue siècle l'impératrice Kitut-Su se déclara officiellement pour le Bouddhisme, (1) et envoya deux jeunes gens de distinction l'étudier en Chine. Sous l'empereur Shomu Tenno et l'impératrice Shotoku qui lui succéda, l'importation au Japon de la httérature chinoise y développa le Bouddhisme avec les doctrines du grand véhicule. L'impératrice fit tourner en bois des milliers de pagodes en miniature sur lesquelles étaient écrites des prières. Son successeur Kuvammu fut très favorable au confucianisme qui s'était introduit avec la littérature chinoise ; toutefois, sous son règne on éleva plusieurs grands temples bouddhistes. Le confucianisme, plutôt code de morale positive et de réglementation sociale que religion, pouvait convenir à la cour et aux fonctionnaires, mais non gagner un peuple d'un tempérament très différent de celui des Chinois.

Le bouddhisme ménageait la religion nationale, et se contentait d'apporter en plus la morale et les

(1) Remarquons que partout, au Japon comme en Chine, ce sont des Impératrices qui ont protégé le Bouddhisme; sans aucun doute, à cause de ses principes charitables et du rôle élevé qu'il confère aux femmes.

dogmes qui manquaient à celle-ci ; ses fidèles ne se distinguaient point du reste de la population par un costume ou des signes particuliers comme ceux que portent les diverses sectes de Tlnde ; prêchant Tordre et la paix il s'accommodait à tous les régimes politiques, aussi bien au système féodal qu'à l'autocratie.

Les temples bouddhistes servaient en même temps d'écoles et par là les religieux bouddhistes se rendaient très utiles. Pendant le moyen âge japonais de 600 à 1400, les couvents bouddhistes furent des foyers de lumière et il s'y déploya une grande activité intellectuelle. En 660 Do-Sho fonda la secte Hosso qui, de nos jours, s'est réunie à la secte Shingon . Au milieu du vni^ siècle Gan-gin apporta de Chine l'enseignement de la secte Ritzou consacré exclusivement à la morale et à la discipline et dont les membres font partie d'autres sectes et comptent parmi leurs membres. En 805 Saï thio importa la secte Tendaï, la plus savante du Japon.

En 816 Kauban Daïshi fonda la secte des vraies paroles (Shingon) qui, en conciliant le culte national avec le Bouddhisme, assura la prédominance de celui-ci au Japon. Ce fut au xm^ siècle que le boudhisme eut le plus de vigueur et de fécondité. Alors naquirent les sectes aujourd'hui les plus populaires ; en 1175, celle de la Terre Pure (Joddo) ; en 1191 et 1227 deux sectes de la contemplation (Zen) ; en 1224 le chemin du ciel (Sin-Shiu); en 1253 le Nilhi. Ren ; en 1276 la Nouvelle (Zi-Shiu). La secte la plus récente (de la contemplation) date de 1624.

L'empereur Shacarma, contemporain de Guil-

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laume le conquérant fît élever plus de 50.000 temples ou statues de Bouddha et laissa les couvents Bouddhistes devenir si puissants que sous le règne suivant, celui d'Hiodani leva un corps de troupes contre le gouvernement qui les réduisit par la force. Mais les couvents continuèrent à abuser de leur influence pour acquérir de grands biens et exercer le droit d'asile, de manière à éluder l'application des lois et à former une puissance dans l'État. Au xvie siècle Nobunaga brisa cette puissance ; toutefois la religion subsista et continua d'offrir ses dignités aux Mikados qui abdiquaient.

A partir de ce moment, l'histoire du bouddhisme devient une partie intégrante de celle du Japon bien qu'il ne soit pas encore la religion de toutes les classes et de tous les pays. Sa propagation dans tout l'empire fut l'œuvre de Shiran (la vraie secte) et de Nitiren qui, ayant été bannis de la capitale se firent les apôtres du nord et de Test de l'état de Kiuto.

Un exposé des doctrines des sectes bouddhistes du Japon, jusque et y compris celle de Shiran a été fait parle prêtre Giuo-nen et publié au Japon en l'année 1268. lia été traduit par M. Millioud qui a habité plusieurs années le Japon et a conféré avec les chefs des différentes écoles au Japon et à Paris. Il a bien voulu même nous mettre en rapport ^vec quelques religieux japonais très distingués à Paris (1). •

On trouve au Japon, comme en Chine et au Thibet

(1) Ceux-là même qui ont officié au Musée Guimet pour la cérémonie bouddhiste à laquelle a assisté une élite parisienne.

et dans les mêmes conditions, le Tantrisme avec la magie et Kwanon aux mille bras, la déesse de la Miséricorde que les bouddhistes ont habilement identifiée avec Amaterassu la grande divinité solaire, la déesse nationale du Japon. On rencontre aussi inscrite ou répétée partout la fameuse prière Om,mani,padmé,oum.

Ce culte et ces superstitions appartiennent à plusieurs sectes japonaises, mais elles ne constituent le fonds ni la désignation d'aucune d'elles.

Sous Yeyas on a constaté qu'il y avait au Japon 11037 temples bouddhistes appartenant à 8 sectes différentes.

Yeyas combla de bienfaits la secte Jodo à laquelle il appartenait et fut tolérant pour les autres sectes. L'article 31 des Cent Lois dont il est l'auteur, porte :

ce Grands et petits pourront suivre leur propre inclination en ce qui concerne la religion, à l'exception de l'école fausse et corrompue (le catholicisme) ; les disputes religieuses ont toujours amené la ruine et le malheur des empires ; elles doivent par conséquent cesser. »

Cet aperçu général nous a fait voir le Japon sous un jour peu connu. Le développement qu'y a eu le bouddhisme dans toutes les directions de la philosophie religieuse, nihilisme, panthéisme, spiritualiste ou réaliste, mysticisme ; les maîtres éminents qui l'ont illustré, les martyrs qui l'ont affirmé, témoignent qu'il a existé autrefois et qu'il pourra exister de nouveau au Japon une élite de hautes intelligences et de grands caractères susceptibles de raviver et de retremper la puissante religion de Cakyamouni.

Le Japon qui, pour la religion et la philosophie, s'est déjà mis en communication et cherche à se mettre en harmonie avec l'Europe, sera peut-être le point de départ d'une rénovation de Textrême Orient, car la tolérance réciproque, l'éclectisme et le progrès des doctrines sont dans l'essence du bouddhisme.

Pour ce motif, il importe beaucoup de connaître les systèmes divers des écoles japonaises. Un exposé de leurs doctrines est d'ailleurs un complément obligé de nos travaux sur le bouddhisme indien et chinois dont ces doctrines forment, au moins pour ce qui concerne le mysticisme (la Terre Pure), un développement tout particulier.

Nous avons été beaucoup aidé dans cette tâche par les travaux de MM. Guimet, Ryauon Fugishima et surtout de M. Millioud qui nous a prodigué ses renseignements et ses explications avec une rare générosité et nous a mis en rapport à Paris avec une délégation de prêtres de la secte Sin-Siou qui s'étaient d'abord arrêtés à Ceylan.

Comme les ordres religieux de l'Islam, les sectes japonaises ont chacune leur arbre généalogique, c'està-dire, dans l'ordre chronologique et dans celui de la genèse doctrinale, la liste des maîtres et des traités sur lesquels elles s'appuient. Cette hste est appelée par les musulmans « la chaîne de l'ordre»; nous donnerons le même nom à la liste analogue de chaque secte japonaise et nous la placerons en tête du chapitre qui la concerne.

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