CHAPITRE IL
Ritsou Shu, secte du vinaya.
§ 1. Chaîne de la Secte
Les préceptes moraux et les règles de discipline religieuse, sont les mêmes dans toutes les sectes bouddhistes ; ces règles constituaient primitivement et constituent encore essentiellement le vinaya ; cependant les règles et surtout l'esprit de conduite des religieux ont suivi la marche ascendante du bouddhisme dans la spiritualité et dans l'activité bienfaisante. Ce progrès intéressant nous est indiqué par l'histoire de l'école Ritzou ou du vinaya en Chine et au Japon, qui est plutôt un enseignement qu'une secte.
Inde. Après qu'Oupali eut, dans le premier concile, récité le Vinaya des quatre-vingts récitations, il fiit transmis sans modification par les patriarches indiens successifs, Kacyapa, Ananda, Madhyantika, Upagupta; puis les fidèles se partagèrent en
liO LE JAPON
vingt écoles ayant chacune son texte du Tripikata (la triple corbeille) et par conséquent son vinaya. L'école de Dharmagupta avait le vinaya des quatre divisions.
Chine. Le vinaya fut enseigné en Chine d'abord par Dharmakâla (220 à 265), puis en 465 par Ho-So à partir duquel les bouddhistes chinois suivirent unanimement ce vinaya; la secte fut fondée définitivement par Do-Sen-Nan-Zan- Daïschi, auteur des « Trois grands Hvres du Vinaya » et son premier patriarche en Chine. Le
second patriarche fut Sho, le troisième Do-Ko ,
le quinzième Govanjo surnommé Daï-Thi « grande sagesse ».
Japon. En 753, Gan-Jin, le vingtième patriarche en Chine vint au Japon où il fut le premier patriarche de la secte. A son arrivée l'impératrice régnante prêta du haut de la terrasse a: Çilà » élevée devant le temple de Vairocana, le serment solennel de pratiquer le Çila des Bodhisattvas.
§ 2. Doctrine de la Secte
Dans sa préface du « Règlement des Instructions » Dozen dît ;
« Si on ne pratique pas le Dhyana (la Méditation) et le Samahdi (la contemplation) on ne peut comprendre la vérité. Si on n'observe pas tous les bom préceptes, on ne peut accomplir une excellente pratique ».
Les trois conditions sont nécessaires à ses yeux bien que quelques écoles ne les exigent pas toutes trois à la fois.
Dans son ouvrage sur V action, il signale trois doctrines sur la substance de la moralité (Çila).
lo L'École Sarvastivada, « du Dharma réel » pour laquelle la forme (Rupa) est cette substance.
2° L'École Darmagupta,du nom phénoménal, pour laquelle cette substance n'est ni la forme ni Tintelligence.
3o L'École « de la doctrine complète )> enseignée par les deux Sutra? : le Hokké, Lotus de la bonne Loi et le Nehan, grand Nirvana complet. C'est la doctrine des trois véhicules n'en formant qu'un, l'unique véhicule. — Elle ne fait aucune distinction entre les trois exercices de la moralité, de la méditation et de la sagesse (la science) ; elle se dit « complète et soudaine » et se rattache à la conception du Dharmadhatu (état des choses ou éléments de la doctrine) expliquée dans l'Avatamsaka Sutra (Voir secte Kegon), aussi bien qu'à celles du Hokke et du Ne- Han.
Dozen prit pour base unique le plus élevé des trois enseignements attribués à Bouddha, la perfection de l'unique connaissance ou l'intellect (école de Hosso). D'ailleurs dans son système, tout Çila renferme les trois grandes catégories de Çilas :
lo Le Cila de la bonne conduite (simple observation des dix préceptes du Vinaya.
2° Celui qui consiste dans l'accumulation des bonnes actions pour obtenir la délivrance ; c'est le renon-
cernent bouddhique (défini au bouddhisme de la Birmanie) y la méditation et la contemplation.
30 Le Çila de la bienfaisance ; travaille au salut des autres, comme au sien propre. C'est la doclrine la plus haute du grand véhicule. C'est la pratique des Bodhisattvas quand ils sont des religieux ; et leur rôle quand ils sont sortis du cercle des transmigrations.
Il y a deux cérémonies pour la réception du Çila.
La première est la réception du Çila partiel, celui delà bonne conduite; il correspond à l'ordination des religieux décrite à la vie du Bouddha ;
La seconde est la réception du Çila entier ^ comprenant les trois catégories définies ci-dessus.
Cette dernière ou la réception entière s'appelle le Çila du Bodhisattva.
De nos jours les disciples du vinaya se préparent aux deux formes de réception. La cérémonie se fait sur une plate forme; les termes des deux réceptions sont empruntés à la secte Hosso.
L'usage, pour les cérémonies, d'une plate forme ou terrasse annexée aux temples est caractéristique de la secte.
§ 3. Appendice au Chapitre II
Pour l'intelligence des exposés qui vont suivre, il importe beaucoup de connaître la doctrine du bouddhisme du sud qui a été arrêtée dès les premiers siècles à Ceyian par Buddhagossa; en voici un aperçu :
Il y a cinq Shandas, constituant par leur réunion Texistence phénoménale.
lo Le corps organisé qui comprend tout l'être moins les facultés de l'esprit, le processus mental ; 2« La sensation ; 3° La perception ; ^ Le discernement ; 5o La conscience (psychologique) .
Les quatre derniers sont considérés comme les produits ou des propriétés du premier. Le 5* est souvent représenté comme étant seulement le résultat de l'action de la pensée sur le cœur, comme la vision est le résultat de la mise en contact de l'œil avec les formes extérieures. A la mort, il y a une dissolution, une dislocation ou un entier évanouissement de l'ensemble des Shandas, Ceux-ci qui, dans leur juxtaposition, formaient ce que, dans notre ignorance, nous appelons un être sentant (conscient), ne produisent plus cet effet quand leur relation entre eux a cessé.
Dans un sutra on fait dire à Gautama qu'aucun des Shandas pris séparément n'est le moi et que les Shandas pris ensemble ne sont pas non plus le moi. Donc, conclut Spence Hardy, il n'y a rien de pareil à une âme qui soit la demeure du moi en dehors des cinq Shandas; donc le bouddhisme ne doit pas avoir une transmigration, dans le sens propre du mot. On fait dire encore à Gautama :
« La mort n'est pas une annihilation; nous existons et nous n'existons pas. Nous mourrons et ne mourrons pas.» Il y a là une contradiction ; mais elle n'est qu'apparente. Il y aura un futur état d'existence^ mais non l'individualité telle qu'elle existe en ce
monde; la mort est l'annihilation de ce qui existe (phénoménalement), mais ce n'est point Tannihilation d'une potentialité, force ou virtualité inhérente à celte existence.
Il y a deux qualités inhérentes à tous les êtres : le Karma (littera, l'action) la résultante de tous les actes précédents depuis le commencement des « existences » sans nombre ; et l'Upadana (la propension à l'existence, la force qui la produit). A la mort, un nouvel être se produit. Mais c'est le Karma qui détermine les conditions dans lesquelles sera le nouvel être. Dans l'acte de la reproduction, le Karma peut opérer sans l'aide d'aucun agent matériel, de même que certains êtres dans ce monde et tous les êtres dans le déva lokas sont produits par ce qu'on appelle la naissance apparitionnelle.
(Curieux de comparer avec Papus, la science occulte incarnation de Tâme dans le corps, page 285).
Le Brahma Jala Sutra compte 62 doctrines hétérodoxes (comprenant toutes celles existantes ou pouvant exister) qui se divisent en deux grandes sections ; celles qui raisonnent sur le passé et celles qui s*occupent de l'avenir.
La première section contient 18 écoles qui se groupent ainsi :
De i à 4, croient à Téternité de Texistence, soit en raison du souvenir qu'ils ont gardé d'anciennes naissances, soit par induction.
5 à 8 . Ceux qui croient que certains êtres sont éternels et d'autres soumis au changement.
9 à 12. Ceux qui soutiennent que le monde est fini ou inûni, ou infini seulement en largeur, ou bien qu'il n'est ni flni ni infini.