CHAPITRE VIII
Secte Zen ou de la contemplation
Chaîne de la secte
Inde. — La secte Zen (abréviation du mot. sanscrit Dhyana, contemplation) est la grande école indienne des Yogatchéria dont nous avons exposé rorigine et le développement au chapitre ni du livre VII de « Tlnde avec le Bouddha ». Elle prétend remonter à Baghavat, qui ayant réuni une assemblée^ au lieu de prêcher, se borna à dire à Kacyapa : « J'ai la- merveilleuse pensée du Nirvana, la clef de la loi juste que je désire te transmettre. On la npmme la doctrine de la pensée transmise par la pensée (sans paroles). » Kacyapa, le premier patriarche, la transmit de la même manière à Ânanda; celui-ci à un troisième patriarche ; et ainsi de suite jusqu'à Bodhi-darma, le vingt-huitième patriarche.
CmNE. — Ainsi que nous l'avons déjà vu, Boddhidharma vint en Chine (520) et s'efforça de transmettre à l'empereur Vu la clef de la pensée de Bouddha; n'y ayant point réussi, il dut choisir pour chef de l'école en Chine, un maître chinois qui luimême la transmit à un second et ainsi de suite jusqu'au sixième.
A celui-ci la secte se divisa en deux branches : celle du midi et celle du nord.
Japon. — Les maîtres Danjo et Danky importèrent la branche du nord au Japon où elle se ramifia en trois écoles : Rinzaï la plus ancienne, Soto-to la principale et Obak ou la plus récente, qui n'a que peu d'adeptes.
Doctrine de la secte
L'enseignement de la secte est celui de la soudaineté défini à l'exposé de la secte Kégon. Il se résume dans cette proposition :
« Lorsque écartant toute autre pratique, toute « considération de ce qui a été ou peut être regardé « comme matière ou esprit, bien ou mal, passion ou « sans passion, être ou non être, l'esprit d'une périr sonne voit exclusivement sa nature propre, cette < nature originelle étant pure, il consomme par là « même la bodhifîcation. D
Le principe de la doctrine est donc de retrouver (saisir, reconnaître) sa propre pensée en soi-même, si on en saisit bien la nature, on voit qu'elle est originellement pure ; il n'y a donc point lieu d'éteindre les passions et de chercher aucune bodhi (1).
La vraie pratique est le rejet de toute pratique autre que celle de sa propre pensée qui est la vérité.
(1) G*est sur ce raisonnement ou principe que se fondent les écoles qui affirment que le Sansara (monde de la passion et de la transmigration) et le Nirvana (le calme, Taffranchissement de tous liens) se confondent et ne font qu^un. C*est la transmutation réciproque de Nivriti et Prakriti,
Quand on ne réfléchit pas à la distinction du bien et du mal, la pensée originelle se produit; c'est la pensée dégagée de toute diversité (1), bien qu'elle ne soit pas inactive comme la pierre et le bois; c'est, en langage bouddhique, « la pensée du néant sans aucun attachement » ou bien « l'état de la définition bien comprise » dans lequel se produit la raison du néant, l'illumination complète, par l'intuition de la nature de sa propre pensée et la bodhification.
(1) De tout mélange à sa pureté ou essence originelle.