TOTAUX
des
Ordrei Religieix
La secte Ritzou n'est pas mentionnée, parce que ses membres font en même temps partie d'autres sectes.
La secte Hosso ne figure pas non plus, parce que, de nos jours, elle s'est réunie à la secte Shingon.
L'ordre d'importance, d'après le tableau, est : secte3 de la Terre pure^ sectes de la contemplation,
Shingon, Nithi-ren et Tendaï qui passe pour la plus savante. Nithi-ren se distingue par sa vitalité et la ferveur religieuse.
Le nombre des fidèles que compte chaque secte n'est point proportionnel à celui des temples ou des religieux, puisque Ryaou Fugiskhima nous apprend que la secte Sin-Shu embrasse la moitié de la population du Japon.
Le nombre des temples et celui des prêtres ou religieux ne sont point non plus proportionnels entre eux.
Le tableau ne comprend pas les prêtres ou religieux qui vivent isolés ou dans la famille (comme au Thibet), puisque M. GrifTy, d'après le recensement de 1875, a accusé plus de 150,000 religieux bouddhistes et plus de 150,000 religieuses. Celles-ci se consacrent à la prière et non à des actes de charité. Le couvent est, pour beaucoup de femmes malheureuses en ménage, un asile où elles attendent que leur mari leur accorde la lettre de divorce.
Il y a un ordre très nombreux de religieux errants fort rigoureux sur l'article de la nourriture et dont la vie se passe à voyager de temple en temple. La plupart des pèlerins qui se rendent aux lieux ou temples particulièrement saints, appartiennent à cet ordre.
§ 2. Temples bouddhiques
La plupart des Téra, aussi bien que les Mya, sont à flanc de coteau à mi-hauteur des collines et généralement dans des situations très bien choisies. On les
reconnaît de loin à leur grande longueur, relativement à la largeur, et à la hauteur, à la forme de leur toiture et à leur forte pente dans le sens longitudinal, pente qui est dirigée suivant la plus grande du terrain.
Un grand nombre de Téra et de Mya ont été construits aux frais de l'empereur ou de la noblesse; la plupart sont entourés de cimetières de familles et entretenus par ces familles; mais ces constructions en sapins sont souvent dévorées par l'incendie et on en trouve les traces sur beaucoup d'emplacements aujourd'hui déserts. On ne les reconstruit point, faute d'argent, et on peut prévoir l'époque où ces édicules auront disparu des campagnes et où il ne restera plus que des temples d'une certaine importance dans les villes ouïes lieux célèbres. Cependant, on construit encore aujourd'hui des temples bouddhiques somptueux. On y emploiera probablement bientôt la brique, la pierre et le fer, dont les Européens se servent pour leurs constructions et qu'il est facile de se procurer.
Aujourd'hui tout est en bois. La cou verture repose sur des piliers ou poteaux que réunissent des châssis mobiles, en sorte que l'édifice est tantôt complètement fermé, tantôt en plein air.
L'élévation, très simple, répond à un plan compliqué ; une même façade présente plusieurs corps de bâtiment rentrant ou saillant les uns sur les autres; jamais alignés, jamais symétriques. Souvent le milieu du portique n'est point dans l'axe de l'entrée principale. Le manque intentionné de symétrie qu'on
remarque dans les pagodes bralimaniques de l'Inde et qui est fondé sur l'idée que la symétrie porte malheur se retrouve dans les temples bouddhiques. Il doit provenir de cette pensée que les édifices jouent le rôle de personnes ou d'instruments émettant des prières, et que les prières, pour être multiples, doivent avoir des provenances dissemblables. Quelles que soient la longueur et la profondeur, la hauteur est à peu près la même pour tous ces édifices.
Le tera ou temple bouddhiste est polychrome, vaste, couvert de tuiles arrondies et savamment imbriquées, qui forment des cannelures du haut en bas du toit. Sauf la ligne de faite, toutes les lignes et surfaces sont courbes, et les intersections des surfaces, garnies de tuiles plus larges, se terminent par des ornements en terre cuite trilobés, que surmontent des cornes de faïence menaçant le ciel comme celles qui couronnent les pagodes indiennes.
Sur chacun des côtés, dans l'angle des deux pentes principales, est ménagé un petit fronton d'où part, en décrivant une courbe élégante, un versant latéral, de sorte que, aux yeux du spectateur placé en bas, une couverture à quatre pans abrite tout le pourtour du temple. La saiUie, égale sur toutes les faces, est d'environ Im 50.
Dans les tera les plus simples, comme dans les mya, la toiture se prolonge au-devant de la porte centrale en une sorte de marquise supportée par des colonnes pour abriter le passant ou le fidèle.
A l'intérieur tout est dans une demi-obscurité. Les
supports de l'énorme toiture sont ou des poteaux carrés, ou des colonnes rondes munies à leur pied d'un simple tore garni de métal, et sans chapiteaux. Les entrecolonnements sont larges et les supports, grêles à cause de leur faible hauteur, sont chargés de plates-bandes. Une énorme solive légèrement cintrée, courant horizontalement à m 50 au-dessous de Tarchitrave, réunit entre eux les piliers ; elle fait saillie à chaque extrémité et s'y termine par une tête d'éléphant sculptée.
Souvent, au lieu de reposer directement sur les têtes des piliers, elle en est séparée par une sorte de console formée d'un enchevêtrement de denticules dont les facettes multiples et polychromes sont dispersées sur plusieurs plans.
Des consoles semblables, indéfiniment répétées, séparent quelquefois dans toute leur longueur l'architrave et le larmier. Souvent même, il y en a deux ou trois rangs superposés qui s'évasent en s'élevant jusqu'à la toiture, de sorte que celle-ci semble reposer sur une série de pyramides à gradins renversés.
Dans chaque temple, il y a plusieurs salles décorées de statues de Bouddhas et autres personnages vénérés.
Autour du sanctuaire principal se trouvent toujours dans une enceinte commune d'autres édicules du même style, quelquefois plus ornés, des chapelles auxiliaires, une bonzerie réunie à l'édifice par une galerie à jour, une fontaine pour les ablutions, une pagode à deux, trois et cinq étages, enfin le ton et le
toro placés face à face à l'entrée de Tavenue centrale (1).
M. Félix Regamey a vu au Japon de superbes temples bouddhiques. Le grand portique du temple de Hon gwanji (secte Sin Shu) à Eioto est un des plus beaux spécimens.
ce II est impossible^ » dit M. Regamey, « de concevoir un ensemble plus somptueux — grâce à ia variété et à la richesse des matériaux employés — et plus harmonieux aussi, en dépit du plus étonnant mélange de bois, de pierre, démétaux, d'émaux et de peintures qu'on puisse rêver.
a: La pierre sert de base à cette construction savamment charpentée, l'or et le bronze y sont prodigués. Mais, dans cette profusion d'ornements, pas un qui ne soit à sa place. Rien d'inutile ; pas plus les revêtements de bronze des colonnes de granit, les clous d'or curieusement fouillés, les poutres saillantes, l'inextricable lacis des consoles supportant la puissante toiture, que les tuiles bizarrement ouvragées dont elle est recouverte.
« Certes, il y a une quantité énorme de bois dans ce genre de toiture. Cependant on ne saurait en dis-
(1) Tous ces détails sont empruntés à M. Bosquet. Le tori, qui nous paraît originaire de l'Inde, est un petit portique composé de deux poteaux ou colonnes plantées en terre sans sodé, légèrement inclinées Tune vers l'autre et réunies, à un pied de leur sommet, par une traverse sur champ, libre dans les mortaises. (Voir pour plus de détails sur le tori et le toro des pagodes, nos notices sur rinde.)
Le toro est un fût de colonne plus ou moins évidé, posé sur un socle et supportant une petite lanterne de pierre ou de bronze, que recouvre une légère toiture de même matière relevée à ses angles en volutes élégantes.
LB JAPON id
traire un morceau sans nuire à Taspect général, tant les moindres parties de cet assemblage savamment compliqué, contribuent évidemment à la stabilité et à la belle ordonnance de l'ensemble x>.
On peut, par le musée Guimet, se faire une idée exacte des statues qui ornent les temples bouddhiques ; il n'est point inutile cependant de la compléter par Tappréciation suivante de M. Bousquet :
« Le temple de Go-Hiaku-Raccan (500 statues) à Yedo contient les statues de 500 saints bouddhiques, comme la pagode semblable de Canton. La sculpture a visé exclusivement à l'expression de la souffrance, de la résignation, des diverses affections de l'âme.
Elle brave la difformité physique pour mieux produire son effet. Ainsi, elle nous offre des fronts démesurément bombés, des crânes effilés ou semés de petites bosses pour indiquer le développement de telle ou telle faculté, etc .
« On retrouve les saints de nos cathédrales du moyen âge, avec cette différence que, dans notre art gothique, le corps participe tout entier au mouvement, tandis que les Go-Hiaku-Kakan sont immobiles et que toute l'expression est concentrée dans la physionomie dont la grimace exagérée contraste avec l'inertie du corps.
« La polychromie donne au corps de ces statues un caractère de réalisme grossier.
« Sauf les grands Bouddhas de pierre et de bronze, les statues sont en bois doré et laqué. »
L'impression générale que laissent les statues du
musée Guimet est celle d'un grand calme et de beaucoup de douceur dans les figures et les attitudes. L'expression exagérée ou la grimace du visage y sont une rare exception et la pose du corps, pose de repos sans doute, s'accorde bien avec la physionomie sereine.
§ 3. Cérémonies bouddhiques dans les grands temples
Dans une conférence très intéressante, M. Guimet a rendu compte d'une sorte d'office ou de vêpres bouddhiques auxquelles il a assisté dans le grand temple de Nikko. Il ne mentionne point la présence de fidèles laïques ; mais tous les prêtres ou religieux de Sin-Siou participent à la cérémonie, tous en grand costume.
La plupart portentun surpHsde gaze noire à travers laquelle on devine leur vêtement clair. Par-dessus tout brille le Kessa, ornement en damas de couleur vive, sorte de tablier faisant le tour du corps. Des rondelles blanches sont brochées sjar ces vêteiï^ents de soie et le dessin le plus souvent reproduit est la croix dans le disque, comme sur les étoles de la première église catholique.
Tous les prêtres ont un éventail à la main.
L'officiant, couvert d'une large chasuble de damas rouge à fleurs, se place devant l'autel, qui est tellement entouré de marche pieds et de tables d'offrandes que le prêtre semble mis en cage.
Il commence un récit monotone, avec quelques
inflexions de voix montant et traînant comme si l'intonation tournait dans la gorge. Puis les bonzes reprennent en chœur, chacun dans son ton (1).
D'après l'impression de M. Guimet, l'ensemble de ces nombreuses voix d'hommes rappelle les harmonies de la nature : tantôt la plénitude et la vigueur du bruit de la mer, tantôt le chant plaintif ou doux du vent dans les grands pins, tantôt le murmure agité et puissant d'un peuple assemblé (si bien rendu dans l'Iliade).
« Aucune dissonance ne choque l'oreille. C'est grandiose et mystique ; c'est comme un océan qui adore. » M. Guimet en fut tout ému.
Rappelons que ceux qui ont assisté à la prière publique du soir à ciel ouvert à Lassa, même nos missionnaires, ont éprouvé la même impression et l'ont déclaré.
L'office se continue, les proslernements succèdent aux cantiques; les récitations alternent avec les mouvements des prêtres autour de l'autel.
Des diacres apportent des plats d'or ajourés, ornés de gros grains de soie violets et blancs, remplis de fleurs de chrysanthèmes jaunes privées de leurs tiges. Un plat est posé devant chaque bonze.
Puis tous se relèvent et commencent une procession autour du sanctuaire. Chemin faisant, ils jettent sur le sol des fleurs blanches qui s'éparpillent comme des constellations d'étoiles.
(1) Comme au Tibet. Cette différence de tons a pour but de multiplier les prières à Tégal du nombre des voix < L'accélération a un but semblable.
Ces plats brillants, ces marguerites d'or, jaillissant des mains des prêtres, ont quelque chose d'éclatant dans l'ombre du temple, et la procession sacrée semble faire une offrande de lumière.
Chacun reprend sa place, excepté Tofficiant qui se met en avant des marchepieds et offre l'encens dans une cassolette à manche d'or.
« Puis commence le chapelet sur la formule : « Je ce me consacre au Bouddha A.mida ».
« Chaque fois que la phrase se dit, un grain du chapelet passe entre les doigts des prêtres et l'officiant donne un coup de marteau sur une petite cloche à son d'enclume.
« Le mouvement d'abord lent et solennel va toujours en s'accélérant. Il arrive un moment où les assistants ne peuvent plus prononcer ; c'est un bre ^ douillement sonore dont le rythme marqué par le timbre s'accentue de plus en plus jusqu'à la plus extrême rapidité,
« Les chocs s'arrêtent subitement, et le bourdonnement des versets cesse instantanément; un coup vigoureux sur le grand tambour termine la cérémonie. »
On peut voir au musée Guimet les magnifiques vêtements et ornements sacerdotaux des prêtres du Sin-Siou. Ils ressembleut beaucoup à ceux du culte catholique, mais ils sont moins chargés d'or, plus souples, d'étoffes très fines et d'un beau dessin, en un mot plus élégants et moins riches et solennels. On remarque çà et là sur les plus beaux vêtements un ou deux petits carrés d'étoffe différente et très voyantç
qui sont cousus par-dessus pour indiquer que le vêtement est fait de pièces et morceaux, suivant les prescriptions du Bouddha. Cette addition est opérée avec tant de goût que la beauté du vêtement n'en est point altérée, bien au contraire.
Au musée Guimet, tout est classé par sectes. On peut, par les statues et les autres objets sacrés, se rendre compte du caractère plus ou moins luxueux, mystique, ou sévère du culte dans chacune d'elles. Les statues et statuettes ont pour chaque secte un cachet particuher dans la physionomie et quelquefois dans l'attitude, conforme à l'esprit de la secte, en sorte que le musée montre bien cet esprit et que de son côté l'histoire doctrinale des sectes fait bien comprendre le musée. Cela se remarque surtout dans les vitrines de la secte Zen (méditation) où beaucoup de statuettes ont une figure mystique ou ascétique semblable à celui des saints ou docteurs catholiques.
Les grandes statues en général ont plutôt l'expression du calme, de la bienveillance et de l'enseignement.
La secte Sin Shu a des synodes pour résoudre les questions importantes.
Elle a aussi pour leâ religieux des retraites pendant la saison des pluies (environ 3 mois).
Il en est de même des sectes Shingon et Nithi-ren.
Il y a une organisation pour les fêtes, les cérémonies, les prières et l'enseignement bouddhiques. Dans les cérémonies et les temples, les religieux se tiennent entre eux et ne sont point mêlés aux laïques. Ils
font des sermons aux laïques, à roccasion, et en général ils instruisent le peuple, de la religion. Beaucoup de bouddhistes répètent, comme au Tibet, la fameuse formule Om mani padmé oum; beaucoup sont dévots à Kwanon, déesse de la miséricorde^ et beaucoup croient aux amulettes et aux charmes du Tantrisme. — Mais il ne semble point que celui-ci ait nulle part un caractère erotique, comme dans le civaïsme ou dans quelque pays bouddhistes.
Pour les fidèles laïques, le culte est principalement domestique et privé; il y a aussi les fêtes et les pèlerinages autour des temples et les fêtes anniversaires ou solennelles qui, sauf quelques modifications japonaises, sont à peu près les mêmes qu'en Chine.
Le culte privé consiste en quelques cérémonies aux époques principales de la vie, surtout pour les obsèques et pour les anniversaires de la mort des parents.
Le culte domestique se confond avec celui des ancêtres qui est universel ; les Japonais, à quelque religion qu'ils appartiennent, honorent leurs parents vivants, et les vénèrent morts. Dans toutes les maisons japonaises, il y a un petit autel sur lequel on fait tous les jours des offrandes aux ancêtres, qui sont considérés comme des dieux gardiens.
Au Japon, comme dans l'Inde et en Chine, c'est pour entretenir ces sacrifices que tout homme a un enfant mâle par génération ou par adoption; mais c'est là, comme en Chine, et comme dans la cité antique (voir Fustel de Coulanges), une institution
ttf
politique et sociale plutôt qu'un sentiment religieux. II est vrai que le Bouddha en a fait un sentiment pieux en prêchant les devoirs réciproques dans la famille et exaltant l'amour filial envers la mère, amour qu'on retrouve à un haut degré dans tous les pays bouddhistes. (Voir, parmi les prédications attiîbuées à Bouddha par les Çingalais, le Sigalo Yada Suttra dont extrait dans notre vie du Bouddha.)
Les fêtes bouddhiques autour des temples ont la même gaieté que les fêtes Shintoïstes. Dans les foires qui se tiennent souvent dans les jardins sacrés, on joue des farces dont les bonzes font souvent les frais. Ils ne s'offensent point des critiques ou de l'ironie dont ils sont l'objet, sachant que leur popularité tient surtout à leur liant et à leur indulgence (1). Les parades, d'ailleurs, sont religieuses autant que bouffonnes. On cite la suivante, représentée en plein jardin sacré du temple de Kwanon d'Assaksa :
Un mari vient de perdre sa femme; armé d'une épitaphe comique écrite sur une planchette, il vient commander les obsèques au bonze de la pagode. Discussion pour le prix, jeux de mots, épigrammes,
(1) Dédaigné par les riches et les grands, le bonze est familier et bon enfant avec le peuple, les femmes et les enfants. La propagation du christianisme est entravée par sa sévérité antipathique à rhumeur des Japonais. Le gouvernement japonais a interdit aux bonzes de mendier de porte en porte. Chaque bonzerie doit justifier des moyens d'existence de ses membres, au moyen des revenus qu'elle possède ou d'offrandes qui. lui sont assurées de la part des laïques. A défaut de cette justification, la bonzeriç ^st supprimée.
ripostes du bonze, plaisanteries du veuf. — Toute la pièce est dans le trait final :
Effrayé des exigences des bonzes, ému à la pensée des sommes folles qu'il va avoir à dépenser, le mari arrive à regretter que sa femme soit morte.