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LE CHRISTIANISME AU JAPON

Il existe une histoire du passage du christianisme au Japon, faite par un auteur peu connu, mais qui mérite quelque créance comme témoin oculaire ; c'est le R. P. Louis Pigneyra, de la Compagnie de Jésus. La traduction de son livre de l'espagnol en français, achevée d'imprimer en i6i8 (sic), donne des détails curieux sur l'état du Japon à cette époque; il comptait alors 66 petits états vassaux de l'empereur de Yeddo.

Les Japonais sont dépeints comme braves, civilisés et courtois; ils ont des livres qui leur enseignent la poUtesse, les armes et l'honorabilité. Ils sont inconstants en pohtique et dans leur manière de s'habiller et de vivre. A la guerre, leur premier choc est rude, mais mollit ensuite. Très chatouilleux sur le point d'honneur, ils sont très fiers de la noblesse de leur race, ils appellent leurs dieux Cames (Kami) et Fotoqués (Hokkais). Ils donnent le même nom à leurs saints dont les principaux sont Amida et Xara

(p >bableinent Kwanon) qui furent deux rois étran- \une insigne pénitence et qu'ils ont divinisés ; aS motif.

. ont pour souverain temporel et spirituel le / 1, qui nomme à tous les emplois tant laïques qaê religieux. — Ce que nous nommons temples et monastères, ils le nomment Teras et Varelas (ces derniers sont les Viharas bouddhiques). Ils s'y assemblent pour ouïr les sermons des bonzes et pour leurs cérémonies. Les bonzes ont des assistants pour prêcher et instruire. Ils comptent neuf sectes tolérantes entre elles ; il arrive souvent que le mari est d'une secte et la femme d'une autre. (On voit par là que la « religion » était alors exclusivement le bouddhisme.)

Les lettrés apprennent et emploient les lettres ' chinoises; les médecins se servent de livres chinois. Il y a une écriture vulgaire différente.

Il y a un nombre infini de bonzeries dont quatre forment des universités très peuplées. L'une d'elles située sur une montagne et qui avait contenu jusqu'à 3,000 habitations de bonzes, avait été détruite 40 ans auparavant par l'ordre d'un empereur. Dans l'une des trois autres, on compte 2,000 maisons de , bonzes.

A Miaio, résidence du Daïri et capitale reUgieuse du Japon, il y a plps de 500 temples ou oratoires, et des bonzes innombrables demeurent dans l'intérieur des murs d'enceinte des couvents.

Saint François-Xavier vint de Macao au Japon en j549, et y fit de rapides progrès. En l'an 1574,

le catholicisme était très florissant; TÉtat d'Azi^no, presque entièrement converti, était un cent e propagande d'où Ton envoyait des catéchiste nais dans les autres états; il y avait ph 30,000 chrétiens, deux collèges et deux mai rectorales et un séminaire de jésuites, plus de frc résidences renfermant 123 jésuites et en outre neuf maisons de Saint-Dominique, neuf de Saint- François, six de Saint-Augustin et des Franciscains. Enfin il y avait un grand nombre d'églises.

Le christianisme fut proscrit en 1574.

De 1574 à 1615 il y eut 135 martyrs dont une grande partie furent des Japonais qui subirent la décollation avec Un grand courage ; parmi eux on remarque des femmes qui firent preuve d'une grande fermeté. On infligeait aux prêtres européens des supplices plus cruels. Dans les lettres curieuses et édifiantes il y a une planche intéressante de grande dimension^, qui représente une de ces exécutions, avec le peuple et la cour y assistant.

Dans cette même période 35 maisons et résidences de jésuites, dont 3 collèges, furent détruites, ainsi que 39 rectorats, 3 maisons de Saint-François, 4 de dominicains et 4 d'augustins.

Malgré les proscriptions, les conversions continuèrent, il y en eut encore près de 15,000 de 1611 à 1614. Les Japonais opposèrent donc à la persécution une force de résistance plus grande que celle que montrèrent les Chinois, parmi lesquels le christianisme s'était relativement plus répandu; et, en efiet, ils sont bien supérieurs aux Chinois comme

courage et caractère. Tous les Japonais sont patriotes, tandis qu'en Chine les lettrés seuls le sont.

D'après notre auteur, la cause de la persécution fut la crainte des armes de l'Espagne. Un gallion espagnol, passant au Japon et ayant besoin de s'arrêter, en demanda l'autorisation et, ne l'ayant pas obtenue, essaya de l'intimidation, menaça d'une guerre prochaine et eut l'imprudence de dire que les missionnaires catholiques seraient les auxiliaires de l'Espagne. Peu après, un navire espagnol fut envoyé avec un ambassadeur pour conclure un traité de commerce ; il releva quelques sondages sur les côtes. C'en fut assez pour inspirer de violents soupçons et déterminer la persécution contre les missionnaires qui avaient déjà pour ennemis des princes dont ils avaient refusé de consacrer des mariages dans des conditions où l'Église les interdit, ou d'autoriser la polygamie. Cette question a été partout une pierre d'achoppement pour les apôtres de l'extrême Orient. Les Hollandais, rivaux de l'Espagne par le commerce et par les armes, et protestants, contribuèrent sans doute beaucoup à exciter les Japonais contre les missionnaires catho- Hques.

La persécution eut encore d'autres causes que celles indiquées par notre auteur.

Les jésuites avaient apporté avec eux le commerce et le trafic qui les enrichissaient ainsi que leurs adhérents et cela avait beaucoup servi à leur propagande. On sait que ce fut le moyen par lequel ils se procurèrent les ressources dont ils avaient

besoin en Chine et au Japon. Le prince de Biengo répondait aux plaintes des bonzes délaissés : « Voilà treize ans que ces bons Pères sont parmi nous; à leur arrivée, j'avais trois provinces, maintenant j'en ai cinq ; j'ai rempli mon trésor ; le ciel m'a accordé un enfant mâle. Ai-je reçu de vos dieux des bienfaits semblables quand je les servais ? »

Après cette réponse, le prince faisait raser plusieurs temples et brûler quelques couvents, donnant par cette marque de son zèle, dit l'écrivain ecclésiastique qui raconte ces faits, une preuve évidente de sa foi et de sa charité.

On voit, par ce récit, que les missionnaires catholiques se mêlaient d'affaires temporelles, puisque les princes convertis voyaient s'accroître leurs Etats et leurs richesses, et que de plus ils donnèrent aux bouddhistes l'exemple de l'intolérance, n'y étant que trop enchns comme jésuites et comme Espagnols pour la plupart. La nouvelle religion devint le hen politique des vassaux qui luttaient contre le pouvoir central ; le nom de chrétien devint synonyme de celui de rebelle, ce qui était le plus grand discrédit qui pût lui arriver. Les jésuites eurent contre eux à la fois le pouvoir royal avec la vieille religion nationale, et le bouddhisme qui, maltraité, se jeta dans la lutte avec fureur. En 1587, un édit prononça l'expulsion des jésuites. On persécuta les catholiques indigènes; on exila des femmes de la cour, on força un daïmio à abjurer. Les exécutions et surtout les transportations réduisirent les chrétiens qui résistaient avec constance au nombre de 40,000;

réfugiés à Shimabara, en 1638, ils y furent massacrés par le Schogoun leyas aidé des canons hollandais. Il resta seulement 10,000 chrétiens oubliés dans une localité obscure dont les descendants chrétiens furent retrouvés vers 1855 par nos missionnaires, pour lesquels ce fut une véritable découverte,

En 1640, quatre ambassadeurs portugais arrivés de Macao, furent mis à mort comme chrétiens avec la plupart des hommes de leur suite.

Treize matelots furent renvoyés avec cet avertissement : « Tout chrétien qui viendra au Japon, fût-ce le roi d'Espagne lui-même, sera décapité, i

Le pouvoir des Shogoun menacé, l'amour-propre national blessé et l'inimitié du Bouddhisme firent du chrétien un ennemi naturel du pays ; tout ce qu'il pouvait y avoir de plus méprisable et de plus exécrable aux yeux du peuple japonais. Les lois postérieures à Texpulsion définitive sont encore pleines de l'horreur qu'inspire ce souvenir ou que l'on veut qu'il inspire. La police dut surveiller les familles où il y avait eu des chrétiens, les empêcher de changer de résidence et poursuivre leur extinction en les empêchant de se perpétuer par l'adoption. Pendant longtemps à Nungasaki, qui avait été une ville chrétienne, les Japonais étaient obligés à certains jours de fouler aux pieds la croix, et c'est seulement en 1872 que la Légation de France obtint la promesse, inexécutée d'ailleurSy que les écriteaux injurieux pour le christianisme seraient retirés des temples et autres lieux publics.

Sous le coup de la haine populaire et de la pré-

vention des esprits, même les plus éclairés, les missionnaires actuels ne font des progrès sérieux que dans les provinces les plus pauvres. Le Bouddhisme domine dans les villes riches et les missionnaires y prêchent en vain.

Les sociétés évangéliques d'Angleterre et surtout d'Amérique envoient des ministres qui s'installent avec leurs familles, obtiennent pour la plupart un emploi du Gouvernement et alors se bornent à étudier les mœurs et la religion du pays en attendant qu'ils puissent évangéhser sans compromettre leurs intérêts. La propagande du christianisme se fait librement aujourd'hui partout, et le gouvernement autorise k transformation de temples bouddhiques en chapelles catholiques ou protestantes. Une centaine de missionnaires protestants sont parvenus à faire 7 à 8,000 chrétiens en 1881 et 1882. Les missionnaires de la religion Grecque orthodoxe ont fait environ 6,000 conversions. C'est au Japon seulement que l'on signale la propagande de cette rehgion; et ce fait s'exphque par la proximité des établissements et possessions de la Russie, et peutêtre par les visées de sa politique.

Les missions étrangères de France ont deux évêques et trente-deux prêtres qui sont universellement admirés pour leurs vertus et leur dévouement. D'autre part, des religieux Bouddhistes, appartenant pour la plupart à la secte Sin-Siou qui repousse le célibat et les macérations, se rendent en Europe pour y trouver des arguments à l'appui de leurs systèmes philosophiques et religieux. Cette résoluus JAPON 17

tion leur a été peut-être suggérée par des Européens; en voyant les aventuriers qui débarquent dans leurs ports, les Japonais comme les Hindous, n'apprennent point à respecter la religion de l'étranger : « L'arbre, disent-ils, doit se reconnsutre à ses fruits. D

Plusieurs sociétés semblables aux associations chinoises, ont un but presque exclusivement social. Le plus grand obstacle que rencontrent les missionnaires chrétiens est le scepticisme qui règne souverainement dans les classes élevées et descend jusqu'aux classes inférieures. De même que les Chinois, sinon autant qu'eux, les Japonais sont positifs et réalistes et ont peu de cœur et d'idéal. Leur esprit rebelle à la synthèse, s'attache aux détails, examine les petits côtés des choses, n'est point frappé de leur ensemble. Cette nature est tout l'opposé de celles que les grandes religions saisissent par l'imagination. Aussi le Bouddhisme est-il contesté au Japon comme il l'a été en Chine et par les mêmes arguments. Il n'a guère élevé les Japonais au-dessus de l'athéisme et de la superstition et il n'a préparé que bien peu le terrain pour la semence chrétienne.

Contre le Bouddhisme qui a une existence légale, la discussion est orale, publique, entamée et soutenue par le premier venu, partout et jusque dans les temples Bouddhistes ; les prédicateurs, en raison de l'usage et de leur profession de tolérance, ne peuvent s'y soustraire.

Sir Edward Keed rapporte les objections fort eu-

rieuses qu'il a entendu faire dans le temple de Tokio, la capitale de l'Est du Japon, par des Japonais sceptiques de toute classe et de tout rang, à un religieux Bouddhiste qui prêchait ou enseignait sur la Vision infinie^ cet état de perfection qu'atteint le Bouddha. Les objections énoncées librement et publiquement, quelquefois sous une forme sarcastique, sont celles que pourraient présenter des voltairiens et des libres-penseurs.

Quant au christianisme il est examiné, analysé et refuté dans des livres très étudiés, œuvres des lettrés de la nouvelle école qui se prétend nationale par excellence. Ces Ijvres se moquent des miracles, de la Bible et des mystères chrétiens; ils les trouvent tous aussi absurdes que ceux du Japon et ils en concluent qu'il ne vaut pas la peine de changer ce qui est reçu.

Le péché originel et la rédemption leur paraissent contraires à l'idée de la toute puissance divine, la résurrection des morts ridicule. Pourquoi Dieu, au lieu de prendre la peine de ressusciter les pêcheurs et les justes, ne leur assigne- t-il pas avant la mort une peine et une récompense? M. Georges Bousquet cite la plus remarquable de ces brochures contre le christianisme, où l'auteur se place au point de vue d'un disciple de Confucius :

« La fin de l'homme est atteinte quand chacun vit chez soi en paix. La pratique des cinq vertus cardinales assure l'ordre dans la famille, d'où dérive l'ordre dans l'état. L'erreur fondamentale de Jésus est de sacrifier la vie actuelle à la vie future ; en donnant aux devoirs sociaux une place tout à fait

subordonnée, il en détourne les hommes. Comme Jésus-Christ a donné l'exemple de la rébellion envers sa mère et envers Tétat, ses adhérents ne pratiqueront point l'obéissance dans la famille et dans Fétat, ils négligeront les devoirs humains pour obtenir le bonheur céleste, bonheur purement imaginaire, car on ne conçoit pas de plaisirs sans Tintervention des sens. D

« Le christianisme d'ailleurs n'est pas une superstition du même caractère inofFensif que le Bouddhisme. Il a été intolérant et fanatique, depuis son apparition avec le Messie qui se déclarait venu dans le monde pour y apporter la discorde, jusqu'à nos jours où il a engendré 25 sectes différentes en Amérique » (1).

« La poursuite du bonheur céleste n'est propre qu'à corrompre cet idéal de dévouement au prince sur lequel reposent le caractère et les moeurs du Japon. Le christianisme amènerait inévitablement, la division entre les classes et la guerre civile, et plus tard certainement la domination étrangère. »

Nous avons rapporté cette citation un peu longue, parce qu'elle donne l'idée du genre d'opposition que le christianisme trouvera dans toutes les nations d'origine ou de civiHsation chinoise.

On sent que ces objections disparaîtront lorsque

(1) On voit par là que la rivalité entre les missionnaires des diverses communions chrétiennes est, au Japon comme ailleurs, très funeste à la propagation du Christianisme et que les diverses missions feraient bien de se partager la tache infinie de la conversion au lieu de se la disputer, car chacune d'elles obtiendrait des résultats plus considérables.

ces peuples connaîtront à fond les nations chrétiennes; ils ne les ont encore aperçues que superficiellement, et n'ont pu que les juger faussement par le célibat des missionnaires catholiques, les seuls réellement militants jusqu'aujourd'hui, et par les mœurs souvent irrégulières des résidents. Les rapports fréquents qui auront lieu à l'avenir entre l'Europe et le Japon, par des voyages, des séjours, et des mélanges de population auxquels ne s'opposent ni le climat, ni l'esprit de caste, détruiront les préjugés et apprendront à ces peuples la valeur morale et humanitaire de la civihsation occidentale, fille du christianisme, et les bienfaits de cette rehgion. D'un autre côté, la foi dans le Mikado tombera rapidement, car un esprit libéral et des réformes sociales ne manqueront pas de s'introduire. Déjà le Japon qui imite si volontiers l'Europe a une Chambre de représentants. Toutes les idées de la nation, y compris les idées religieuses et philosophiques, changeront nécessairement très vite par son goût d'assimilation avec l'Europe.

En 4872, il fut question, à la cour du Mikado, de réunir une sorte de concile. où tous les cultes reconnus du globe auraient envoyé leurs docteurs, et qui, après les avoir entendus, aurait fixé une croyance unique pour tous les sujets du Mikado.

. On se souvient que Gen-gis-Kan avait fait une semblable tentative.

On pensait pouvoir imposer une religion législativement ; et cela était logique puisque les Japonais admettaient que toute vérité vient du Mikado. Mais

il faut reconnaître qu'une pareille idée prouve l'absence de toute conviction raisonnée, de toute indépendance d'esprit dans la masse de la nation.

e: Il y a 2>, dit M. Bousquet, « des peuples que le christianisme n'a point émus. C'est, dans sa pureté primitive, une religion de sentiment, d'amour, qui demande, pour être féconde, à tomber sur des âmes et des générations encore naïves et pleines de sève (1). »

Une action atrophiante qu'on pourrait appeler l'empreinte des siècles et à laquelle il faut joindre l'influence du tempérament et du génie des races s'est exercée non seulement contre la propagation du christianisme, mais aussi contre le Bouddhisme en l'énervant.

Ce n'est point le Bouddhisme qui a abâtardi la Chine et le Japon, mais il s'y est abâtardi par TefFèt du milieu ambiant, ce qui ne lui est arrivé ni à Ceylan, ni en Birmanie, ni au Thibet, malgré les transformations qu'il a subies dans ces contrées. A ce point de vue il est bon de citer le portrait que M. Bousquet a tracé du Japonais (2) :

« Par l'effet du climat le Japonais, pendant une saison, s'ébat dans une gaieté toute de mouvement,

(1) Le succès de l'apostolat chrétien sur les nègres de TAfrique orientale et équatoriale confirme la justesse de cette appréciation.

(2) Voir George Bousquet, Revue des Deux-Mondes, livraison du 15 mars 1876. La religion au Japon.

D'après ce que nous avons vu précédemment, ce portrait peu flatté s'applique plutôt aux classes moyenne et supérieure qu'au peuple Japonais lui-même. La nation paraît susceptible de beaucoup de progrès.

et pendant l'autre, s'endort dans la paresse ; de là une infirmité de l'esprit, même dans les organisations les plus favorisées ; dans sa tête rien ne mûrit. Il a beaucoup d'idées, mais pas un système pivotant autour d'une vérité centrale profondément ancrée. »

« Il ne croit fermement à rien, ni au bien, ni au mal; aussi est-il peu capable des'efforts constants et de la conviction qui font les grandes vertus. Sans doute le Japonais est mieux doué que le Chinois. Il a de plus que lui le patriotisme, ie point d'honneur, l'éducation de la femme qui a existé de tout temps et qui s'étend de nos jours jusqu'à l'étude des langues européennes, du dessin, etc. Il a des sentiments chevaleresques et même quelquefois tendres, ainsi qu'on en trouve dans les romans et des contes populaires, une aptitude très grande pour les mathématiques que l'on pousse dans les écoles militaires jusqu'à l'algèbre et la géométrie analytique inclusivement. Mais il lui manque l'idéal et le génie des arts ; il n'y a aucun mérite architectural dans ses demeures, ses palais et ses temples. Ils n'ont de valeur que par le choix pittoresque de leur emplacement. Dans la sculpture, les Japonais n'ont de beau que les statues de Bouddha imitées du type Indien. Les saints qui figurent dans les temples, ont des corps presque déformés par la souffrance et l'ascétisme. La peinture brille, il est vrai, par le coloris, mais non par la correction du dessin ni la justesse et le respect des proportions, ni surtout par la sobriété dans la conception et l'expression des sentiments. »

(^ Jja musique japonaise est pitoyable. Dans aucuq

genre n'existe le sentiment du beau ; les Japonais sont des décorateurs habiles et de goût, non des artistes d.

« En littérature, le génie japonais dépourvu d'aspirations élevées et borné au nionde positif, ne dépasse pas une région moyenne où il se traîné sur des pointes d'esprit, des observations fines et des détails heureux ».

« Il a subi, au moment où il allait prendre son essor, les formules atrophiantes de la civilisation chinoise et il a été impuissant à briser cet étau ».

Cependant aujourd'hui, le Japon emprunte à l'Europe le progrès matériel et intellectuel (i); un jour il lui empruntera le progrès moral ; c'est une question de temps. Seule la Chine fermée sur toutes ses frontières, pourra avec sa population de 450 millions d'habitants, faire longtemps encore un monde à part.

Au reste, comme les Japonais, aussi .bien que les Chinois, sont par tempérament peu religieux, aucune croyance, aucun système ne sont ancrés profon-

(1) L'enseignement primaire a été, de temps immémorial, général au Japon, mais renseignement secondaire était le privilèg des nobles. Aujourd'hui il est accessible à tous. Pour l'enseignement supérieur, il y a une série d'écoles spéciales ! l'École de médecine, l'école des mines, l'école technique qui correspond à notre école centrale, l'école militaire calquée sur Saint-Gyr et qui a pour professeurs des officiers français ; l'école navale dirigée par des officiers anglais qui, du reste, ne peuvent jamais être appelés à commander les navires de l'État. — Enfin le code japonais préparé par M. Bousquet est notre code civil modifié de manière à pouvoir l'adapter à l'état social et traditionnel du Japon.

dément chez eux. Il n'y a point, le passé le prouve, incompatibilité naturelle entre la foi chrétienne ou si l'on veut le monothéisme et le génie du Japon. M. Renan a bien soutenu que les sémites sont essentiellement monothéistes; mais on ne saurait en conclure que les races jaunes sont essentiellement athées, car ce serait nier la providence ; elles sont seulement arriérées. D'un autre côté, il est dans la destinée' providentielle des races supérieures d'améliorer les races inférieures et par l'esprit et par la chair.

L'action des premières s'est accélérée extraordinairement dans le xix© siècle par le développement presque illimité des instruments de civilisation. On peut donc espérer que le Japon aussi bien que le reste du monde, sera transformé par les Aryens de l'Occident; il le sera sans doute bien avant la Chine, car il est entré très franchement dans le progrès et il n'a pas, comme la Chine, des lois contre le libre échange, contre l'immigration et l'émigration qui s'opposent au mélange des civilisations et des races. Sans doute les Japonais sont moins voyageurs que les Chinois, parce qu'ils sont moins pauvres et moins exubérants; mais il leur est permis de se fixer et s'expatrier définitivement dans d'autres pays et ils reçoivent chez eux les étrangers. Ceux-ci y vont en grand nombre et y étudient beaucoup. De même beaucoup de Japonais visiteront et étudieront l'Europe.

La transformation deviendra sans doute un jour d'autant plus rapide qu'elle aura été plus lente et plus prudente à son nouveau début.

Le Christianisme a passé comme un éclair sur le Japon au xvne siècle, parce qu'il n'a pas employé exclusivement les armes évangéliques auxquelles seules il a recours aujourd'hui. Le progrès humanitaire et religieux se fera par la tolérance, par la charité, par la justice des nations européennes. C'est à cause de ces qualités et par l'effet de ces vertus que rUnivers appartient providentiellement au génie et aux religions de la race Aryenne.

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