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CORÉE

Comprise entre le 34e et le 40© degrés de latitude N., le 120e et le 126e degré de longitude, la Corée est comparable à Tltalie pour l'étendue et l'orographie. Superficie 237,800 kilomètres carrés, moitié de celle de la France, population probable, environ 10 millions d'habitants.

D'un climat tempéré et salubre, la Corée forme une péninsule dont la pointe très large est en face et très voisine de l'extrémité méridionale du Japon et qui se soude au grand continent, tout près de la limite entre la Chine et les établissements russes du fleuve Amour. Cette situation géographique la prédestine à devenir possession russe, si le Japon qui y fait de grands progrès, ne se hâte point de s'en emparer avant que la Russie n'ait fait quelques pas de plus de ce côté.

Après la guerre de Crimée et surtout après celle de Chine, il fut fortement question de la donner à la France qui n'a retiré aucun profit de sa coûteuse coopération à la guerre de la Chine avec l'Angleterre;

c'était, en 1863, m'ont assuré dans l'Inde, les missionnaires, le vœu des habitants qui n'aiment ni les Chinois, ni les Russes; ils avaient même chargé les missionnaires français en Corée de faire parvenir ce vœu à Paris. Mais, en raison de l'importance de la position géographique et maritime de la Corée qui ferme la mer du Japon, la Russie, la France et l'Angleterre convinrent d'y maintenir le statu quo, c'està-dire le self-gouvernement à peine restreint par un lien avec la Chine que celle-ci affirme quand quelque nation européenne manifeste des vues ambitieuses sur la Corée et nie quand on lui demande de réprimer les attentats des Coréens contre les étrangers; c'est la même politique qu'au Thibet et dans l'Annam.

La population est très dense sur le littoral.

La Corée gémit sous l'oppression des nobles et des fonctionnaires qui laissent à peine au peuple ce qui est indispensable pour ne pas mourir de faim.

On compte en Corée une grande variété de types, depuis le Mongol jusqu'au Malais et l'Européen.

Les Coréens sont honnêtes et bienveillants. Ils aiment la danse et la musique. Ils paraissent mieux doués que les Chinois; ils sont inférieurs aux Japonais pour l'industrie.

Malgré que la civilisation soit chinoise, il y a encore en Corée une aristocratie et des castes hautes et basses. En apparence, le pouvoir du roi est absolu, mais, en réalité, ce sont lés nobles qui commandent.

Aujourd'hui, bien que liée par la tradition à la Chine, la Corée suit le mouvement du Japon qui s'est

fait concéder deux escales de commerce sur le littoral et qui sert d'intermédiaire entre la Corée et le monde entier. La rivalité des puissances européennes pourra faYoriser le Japon. Les Etats-Unis d'Amérique ont fait tout récemment avec la Corée un traité de commerce fort avantageux.

Le Bouddhisme

Nous avons vu déjà que la Corée a été convertie au Bouddhisme par la Chine; aujourd'hui celui-ci y forme à peu près la seule religion du peuple, il y a aussi des lettrés attachés à Confucius; c'est à peu près le même état religieux que celui de l'Annam.

Les Bonzes et les cérémonies Bouddhiques sont discrédités. En beaucoup de villes et de villages il n'y a pas de temples ni d'autels domestiques* Des cités populeuses n'ont pour sanctuaires que des masures misérables, les statues des saints et des dieux sont inférieures comme forme aux idoles de la Polynésie, elles sont outragées même par les enfants.

M. Charles Varat, explorateur qui a rapporté de la Corée les objets les plus intéressants et en a fait chez lui une sorte de Musée coréen fort remarquable, nous a appris les particularités qui caractérisent les représentations coréennes du Bouddha. Le type des statues et statuettes, dont quelques-unes font partie de sa collection, est tout à fait différent de celui des types connus jusqu'aujourd'hui. Le costume, lui aussi, n'est pas semblable à ce qu'on voit d'ordinaire sur les

images indiennes. Les Coréens ont donné à leurs figurines bouddhiques le type particulier de leur race; sur quelques-unes d'entre elles, on aperçoit des moustaches communément peintes en vert. (1)

Au lieu de la coiffure typique, on a mis sur la tête une couronne.

Comme le Bouddhisme n'a point de vigueur ni de puissance, les mœurs sont loin d'y être douces, on peut s'en faire une idée par le récit qu'a donné de sa détention Mgr Ridel des Missions étrangères, récit plein de curieux détails sur le régime légal et judiciaire de ce pays; la Corée obéit évidemment à la direction de la Chine.

Le Christianisme a( été introduit en Corée par un prince japonais qui commandait un corps d'armée lors de la conquête de la Corée par les Japonais ; des missionnaires chinois, puis des prêtres français entretinrent et étendirent les conversions ; il y eut jusqu'à 400,600 chrétiens, bien que les missionnaires fussent proscrits. Trois missionnaires furent mis à mort en 4839. En 4868, le roi de Corée, probablement à l'instigation secrète de la Chine, fit massacrer les deux évêques et les sept missionnaires de la Corée.

L'ambassadeur de France en demanda raison à l'Empereur de la Chine qui répondit : « La Corée ne nous regarde pas, nous n'y pouvons rien ».

L'ambassadeur affirma alors : « Nous prendrons la

(1) On voit chez M. Varad sur des sortes de cartes murales corréennes très grandes des représentations fort curieuses et pittoresques des montagnes de l'île, sans perspective.

Corée i>, et envoya sur ses côtes l'amiral Rose avec son escadre. Aussitôt TEmpereùr de Chine adressa Tordre de donner satisfaction; on pçndit une partie des meurtriers, mais on s'arrêta quand on sût que Tamiral Rose n'avait fait qu'une simple démonstration. Depuis lors, les Etats-Unis ont, à leur tour, envoyé une escadre pour punir les attentats des Coréens. Tout récemment, ils ont obtenu par un traité, de grands avantages pour leur commerce.

Les missionnaires ne purent rentrer en Corée que clandestinement. La loi punit de mort la prédication de l'Evangile et un chrétien y est regardé comme l'ennemi déclaré du royaume et puni comme criminel d'Etat. Mgr Ridel, envoyé de Mandchourie en Corée, fut arrêté dans la capitale au commencement de janvier 4878 et jusqu'au commencement de juin, gardé en prison avec de fréquentes menaces de mort ; il ne fut remis en liberté et conduit en Chine que sur un ordre formel de l'Empereur de la Chine. Depuis lors, les Chrétiens et les missionnaires ont dû continuer à se cacher.

Aujourd'hui ils sont à peine tolérés. Dans ces conditions, l'évangélisation ne peut faire de progrès sensibles, et il est facile de prévoir que la masse de la population ne deviendra chrétienne que si la Corée devient possession russe.

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