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ont compromis leur renommée sans rien changer aux conditions de la paix. A l'unisson, ils se désolent de s'être départis de leur impassibilité, d'avoir un instant oublié de feindre et de s'être donnés en spectacle à l'univers attentif. Aussi c'est à qui désormais désavouera les protestataires et répudiera toute solidarité avec les émeutiers.
Tous les hommes sérieux larmoient; ils s'indignent hypocritement des désordres qui ont agité la capitale : ils vitupèrent, ils maudissent les perturbateurs dont les actions insensées ont nui à la bonne réputation du Japon. Tous les partis se sont mis d'accord pour diminuer la portée de ces incidents ; on les a oubliés: si l'on osait, on assurerait qu'ils n'ont pas existé. C'est une convention désormais acceptée de tous que si certains troubles se sont produits à Tokio, ils ont été causés par la maladresse de la police et commis non point par des citoyens ordinaires, mais par une bande d'individus sans aveu. L'orgueil national surexcité par les critiques étrangères va de nouveau servir la cause de l'union, de Tordre et de la discipline. Les Japonais ont réorganisé la conspiration du silence; ils vont recommencer à être mystérieux, impassibles, impénétral)les, inscrutables.
Mais nous, Européens du Ja|)on, nous français, voici quelle a été alors notre conclusion : Si, pendant la guerre de Mandchourie, l'armée japonaise eût étô obligée de battre constamment on retraite
LA FOME OE SEPTEMBHF,
comme Ta fait l'armée russe, le peuple eût, sans aucun doule, incendié la demeure des principaux généraux; peut-être même eût-il mis à mort leurs proches parents ; peut-être le pays eùt-il sombré dans la guerre civile.
Si la flotte russe eut été victorieuse à Tsoushima, il n'y a pas de doute que tous les Français établis au Japon eussent été massacrés. Le Japon eût considéré qu'une telle catastrophe n'aurait jamais pu se produire sans l'hospitalité accordée à la flotte ennemie dans nos ports coloniaux. Aucune autorité n'eût été assez forte pour protéger les Français contre la fureur de la populace. Les agents et les soldats eussent été ouvertement ou clandestinement complices des meurtriers. Nous eussions été assommésjusqu'au dernier. Cela n'est pas une probabilité, c'est une certitude. Mais comme la flotte japionaisc triompha, on ne nous adressa que des sourires. »