‹ Le Japon moderne: son évolutionChapitre 41 sur 75 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le socialisme n'a pas encore, au Japon, d'existence politique.

Tout d'abord, coustatons des réalités immédiates : il n'existe point, au Parlement japonais, lin député qui. catégoriquement, se dise socialiste.

Dans le Conseil municipal de Tokio, un seuJ membre, M. Soji, a osé adopter cette étiquette. Jusqu'à présent, au Japon, aucune loi ouvrière, aucune législation spéciale ne protège les travailleurs. Pour la première fois, en mai 1905, un candidat socialiste s'est présenté aux élections législatives dans une circonscription de Tokio; c'était -M. Kinoshita, orateur et écrivain célèbre, dont la campagne électorale fut violemment entravée par la police! Il n'obtint finalement que trente -deux sulTrages. Unanimement, la presse japonaise quotidienne est, en principe, opposée au socialisme. On ne voit, au Japon, aucune Bourse du travail et on ne saurait nommer aucune cor-

poralion socialiste. Les Sociétés professionnelles sont invariablement composées de patrons et de travailleurs; les quelques syndicats ouvriers qui viennent de se former n'ont point d'existence légalement reconnue. Les seuls ouvrages socialistes japonais publiés jusqu'à ce jour étaient des traductions de Karl Max et d'Engels; leur vente a été prohibée par les autorités. Celles-ci ont pensé, ou feint de penser; que le socialisme devait, de toute nécessité, avoir le républicanisme pour corollaire. Or, préconiser le républicanisme, c'était attenter à la souveraineté du Mikado, et, par conséquent, commettre un acte subversif. Il n'est peut-être pas inopportun de rappeler que le maire actuel de Tokio, M. Y. Osaki, aujourd'hui bien assagi, et qui n'a rien d'un socialiste, dut, en 1891, renoncer à son poste de ministre de l'Instruction publique simplement pour avoir, dans un de ses discours, paru admettre que le Japon pourrait peut-être, dans un avenir bien lointain, adopter un régime républicain.

Quand, au Congrès international des socialistes, tenu en août 1904, à Amsterdam, vint siéger le Japonais Sen Katayama, on eût pu lui objecler, le jour où il vota contre M. Jaurès, qu'il ne tenait guère son mandat que de soi-même et de quelques-uns de ses amis. En décembre 1905, se formait à Tokio un parti dit du « socialisme d'État ». Le nom de ce groupement indique assez

LA QIESTION SOCIALE

ses tendances et, à noire connaissance, il reste à l'état embryonnaire. Toulefois, il manifeslait son existence en présentant au maire de Tokio un mémorandum dans lequel il souhaitait l'exploitation, par la ville elle-mqme, de toutes les organisations dont dépend le bien-être public : usines électriques, usines à gaz, tramways, organisations conliées jusqu'à présent à des Compagnies bénéficiant d'un monopole. Les choses, néanmoins, n'ont pas changé. Ainsi, nous devrions conclure que, jusqu'à présent, le socialisme n'est pas encore, au Japon, une réalité politique.

Mais l'expérience nous a maintes fois prouvé qu'au Japon, ce qui tombe sous notre observation immédiate n'est, le plus souvent, qu'une apparence, une illusion. Cette fois encore, nous n'aurons de chance de rencontrer la vérité qu'en pénétrant hardiment dans la ténébreuse forêt des contradictions japonaises.

Page 1