CHAPITRE
Qu'est-ce que le Parlement japonais? — Apparences et réalités. — Symptômes et Manifestations.
Il n'y a aucun député socialiste au Parlement japonais, c'est vrai, mais cela se conçoit, puisque ce Parlement n'est pas l'émanation du peuple.
Le suffrage universel n'existe pas au Japon. Un système censitaire, par trop rigoureux, exclut du corps électoral tous les citoyens qui ne paient pas un impôt très élevée On compte 1.800.000 habitants dans Tokio (faubourgs non compris) et cette masse énorme fournit seulement 16.800 électeurs.
I^e liésumé slalisl'ique de l'Empire du Japon^ publié en 1908, a étudié ■cq qu'était la représentation nationale en 1904 et ce document a établi clairement que le nombre des électeurs, propor-
l. Pour iHre i-lccli'iir, il faut avdir 25 ans et payer une l'oiitribiitioii directe de 10 ven an niinimmn.
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lionnellement à celui clos habitants, n'avait pas dépassé alors lô,?? |)ar mille î...
Encore, ce Parlement est-il sans influence sérieuse sur les questions de haute politique ; pendant toute la durée de la guerre de Mandchourie,ses réunions restèrent prorogées sans qu'il se permît une seule fois de protester. Le Parlement japonais est un « faire semblant », un u faire croire ». Ses délibérations? Des simulacres dont les conseillers de l'empereur et les ministres — ceux-ci d'ailleurs ne sont responsables que devant le souverain — tiennent compte seulement, quand cela leur paraît convenable. Peu considérés par la masse du peuple, invectives à chaque instant, en des termes méprisants par les intellectuels, et dédaignés par le gouvernement, les députés japonais sont des figurants qui ne représentent en rien la nation japonaise.
Que la presse quotidienne soit tout entière antisocialiste, cela encore ne nous révèle pas les sentiments réels des citoyens, ni même ceux des journalistes 1 Ne savons-nous pas que la plupart des journaux appartiennent, directement, ou par l'intermédiaire d'hommes de paille, à ces gros capitalistes de Tokio ou d'Osaka qui, précisément, bénéficient des abus que les adeptes du socialisme voudraient combattre. An .lapon, comme ailleurs, les propriétaires de journaux et les rédacteurs de journaux n'ont pas toujours la môme qua-
lité d'àme. En octobre 1903, trois rédacteurs du Y^orozu Choho cessaient volontairement d'appartenir à ce journal, parce qu'il leur répugnait de s'associer à une campagne destinée à surexciter le chauvinisme national. Ils déclaraient avoir des idées socialistes; ils affirmaient que les guerres n'étaient jamais entreprises que pour exécuter les desseins des classes privilégiées et pour satisfaire aux ambitions du monde militaire et naval.
Il nous faudra donc chercher, ailleurs que parmi les choses officielles, les éléments d'une observation sûre; nous devrons essayer de découvrir, dans la rue, les idées réelles de l'immense masse populaire à laquelle, jusqu'à présent, il a été interdit — peut-être pour son bien — de donner son avis sur les affaires de l'Etat.
A Tokio, en 1905, étonné par les démonstrations patriotiques qui se déroulaient chaque jour dans la capitale, j'avais tout d'abord méconnu la valeur d'un incident dont on ne parlait qu'en chuchotant. A la fête des Cerisiers, le second jour du mois d'avril, plusieurs centaines d'ouvriers s'étaient réunis au parc d'Uéno, tenant à la main, non point le drapeau du soleil, mais le drapeau rouge. Et ils avaient crié à tue-tête : « Shakicaishugi Banzai ! » (Vive le socialisme !) jusqu'à ce (jue la police fût venue arrêter une trentaine d'entre eux. Et, parmi les prisonniers, on avait vu emmener deux femmes.
ï.V QUESTION SOCIALE
A ce moincnl-hi, on s'entretenait encore de la condamnation sévère qui venait de frapper les rédacteurs du Ueimin Sliimbun, une petite feuille socialiste hebdomadaire, qui avait osé s'élever véhémentement contre la guerre de Mandchourie et publier, au moment môme de la chute de Port- Arlhur, un manifeste internationaliste. Le 23 février 1905, ses rédacteurs, les citoyens Nishikawa et Kotoku. avaient été condamnés, le premier à sept mois et le second à cinq moi;» de prison. De plus, le matériel d'imprimerie du Heimin Shimbun avait été confisqué et ce journal avait cessé de paraître.
i^eu de temps avant sa mort, le Heimin Shimbun (25 décembre 1904] avait résumé, en une très intéressante énumération, les efforts propagandistes des socialistes pendant les douze mois qui achevaient de s'écouler. D'après ce document, les socialistes avaient organisé 120 grands meetings et envoyé des affiliés, des colporteurs chargés de pamphlets, dans la plupart des provinces de l'empire. Ils avaient distribué gratuitement 39.000 brochures de vulgarisation etvendu 15.701 traductions d'ouvrages socialistes européens. En une année, 200.000 exemplaires du Heimin Shimbun avaient été achetés par le public. Des organisations socialistes avaient été créées dans onze centres industriels ou miniers. Enfin, neuf des chefs du parti avaient été emprisonnés pour des actes d'apos-