‹ Le Japon moderne: son évolutionChapitre 43 sur 75 · I.E .IAPO\ MOKKItM · texte numérisé non relu

I.E .IAPO\ MOKKItM

lolat. Le 15 janvier 1U04, le /Juimiu Sliiinhini ajoutait : « Nous avons récemment public plusieurs milliers d'exemplaires d'une petite feuille intitulée l'Ami du Mineur^ et nous les avons distribués parmi les mineurs de toutes les provinces. Cette corporation comprend environ 150.000 hommes dans ce pays. Nous espérons que VAmi du Mineur deviendra bientôt un magazine indépendant et ainsi tous les mineurs se trouveraient organisés et soudés en un seul grjDupe. »

Le 30 avril 1905, le seul organe socialiste qui avait survécu à la tourmente, était un petit hebdomadaire appelé le Chokugen. Il dénonçait les persécutions qiîe la poJiee faisait subir aux propagandistes chargés de parcourir les faubourgs de Tokio et la province, avec des lanternes magiques et des voitures pleines de livres où était expliquée la bonne doctrine. Et dans son numéro du 30 avril le Chokugen osait publier en gros caractères ces mots : « En attaquant la liberté de la pensée, le gouvernement japonais prouve qu'il est aussi barbare que le gouvernement russe. »

Dans ce temps-là, d'étonnantes rumeurs circulaient parfois dans Tokio ; on m'assurait que l'idée socialiste se propageait jusque dans les arsenaux. D'ailleurs, il n'y avait pas si longtemps que trois cents ouvriers des docks d'Uraya s'étaient mis en grève.

Le 1"'' mai, tiii(|uante socialistes marquants se

1 A QUESTIOX SOCIALE

réunissaient à la //riininsli<i, et le citoyen Sakaï j>rononçait un discours sur l'esprit international du vrai socialisme. Rappelez-vous qu'à ce moment, ou ne pouvait pas mrme prévoir quand finirait la guerre russo-japonaise : la grande bataille navale de Tsoushima n'allait survenir que le 28 mai.

Le même mois, sept mille porteurs de charbon du port de Moji, qui est voisin du district minier du Ivuishiu, cessaient tout à coup le travail afin d'obtenir une augmentation de salaire. Après une résistance de deux jours, les propriétaires devaient céder et majorer de 10 °/o les gages de leurs ouvriers.

A peu près dans le môme temps, des faits précis démontraient que la théorie socialiste avait des adeptes jusque dans le corps enseignant.

Un jeune professeur d'une école élémentaire de Tokio, M. lliroma Nabeji, ayant fait une persistante propagande socialiste parmi ses élèves, fut vivement réprimandé par l'inspecteur Oka, dont il refusa d'écouter les objurgations. Miroma Nabeji n'ayant point admis qu'il dût rien modifier à son enseignement, fut congédié.

Kn juillet, le sous-maître d'une école primaire de Tokio, M. Zama, sorti peu de temps auparavant dans un excellent rang de l'Ecole normale de cette capitale, proclamait, à qui voulait l'entendre, ses opinions socialistes. Il était réprimandé, il refusait de céder, il se laissait révoquer et alors le Cko-

kugen s'écriait: « Nous regrettons infiniment, pour les autorités, que beaucoup d'aulres jeunes instituteurs et beaucoup d'autres élèves de l'École normale soient des adeptes du socialisme. Ils trouvent que la morale officielle est fausse et hypocrite, tandis que la morale socialiste c'est la vérilé toute nue, voilà tout! »

Qu'il y eût des socialistes convaincus parmi les professeurs et les élèves des Universités de Tokio et de Kyoto, j'avais de bonnes raisons de ne pas en douter! D'ailleurs quelques années avant la guerre, un éminent professeur, M. Uchimura (converti à la religion chrétienne), avait été révoqué parce qu'il avait refusé de se prosterner devant le buste de l'empereur.

Cette diffusion des idées socialistes dans le corps enseignant allait s'accroître. Un important journal de Tokio, le ISihon du 23 avril 1907, écrivait :

« Le bruit court que, pour prévenir la propagande du socialisme parmi les professeurs, le ministre de l'Instruction publique aurait enjoint aux diverses préfectures de surveiller les agissements de ces fonctionnaires et d'exclure ceux qui font profession de socialisme. Cette nouvelle est vraisemblable, mais critiquable : le socialisme, comme toutes les théories, n'est dangereux que s'il est poussé à l'excès. Une semblable mesure n'aura pour elTet que d'engendrer chez les professeurs la dissimulation et l'hypocrisie. »

LA QUESTION SOCIALE

Des symptùmes significatifs se sont déjà imposés àTattention de l'observateur étranger :

Lors de la signature de la paix russo-japonaise, en septembre 1905, la déception s'exhala en fureurs qui dégénérèrent vile en une échaulTourée prolétarienne. De l'aveu même de plusieurs journaux japonais, les cmeutiers, qui incendièrent quarante tramways dans les rues de Tokio et menacèrent un instant les demeures des millionnaires et celles de quelques politiciens jouisseurs, étaient moins des patriotes exaspérés que des mécontents, des ouvriers sans travail, des indigents en quête de gralmge'.

Le Nihon (18 sept. 1905), disait : « Le monde des travailleurs est d'avis que les troubles qui se sont déclarés à Tokio proviennent pour les deux ou trois dixièmes de causes politiques, et pour les sept ou huit dixièmes de causes économiques et sociales. C'est surtout le prolétariat qui a manifesté son mécontentement de la situation qui lui est faite. En réalité, la question ouvrière réclame dès maintenant l'attention du gouvernement, car, après la guerre, elle pourrait devenir un danger. Nombre d'ouvriers à qui la guerre avait fourni du travail vont être mis à pied, des milliers de travailleurs qui avaient été enrôlés parmi les troupes, rentreront bientôt dans leurs foyers. Or, l'état

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