DÉDICACE. IK
fatigués de la lutte, allaient se séparer, sans avoir, camme tant d autres, obtenu de résultats décisifs; nous allions retourner, vous, à vos mathématiques, à vos courbes; moi, paresseux, âmes rêveries creuses.
« Pourquoi nécrivez-^ous pas une relation du voyage que nous venons défaire? me dites-vous, en partant.
— C'est vrai, pourquoi pas? »
Et sur Theure f écrivis la première page de ce volume que je ne croyais pas alors continuer.
Depuis, vous m'avez aidé de vos conseils et de votre excellente mémoire; acceptez donc, cher ami, ce qui vous revient de droit, la dédicace de ce livre oUfai essayé de reproduire vos impressions et les miennes sur le charmant pays que nous avons étudié ensemble, et que tous deux nous aimons tant.
Marseille, ce 3 juillet 1878.
LE
JAPOM PITTORESQUE
Le départ. — Adieu Lorient. — Traversée sans intérêt. — Saigon, — Surprise désagréable. — Une expédition au Tong-kin. — Délivrance. — Shang-hai. — Nagasaki. — La mer intérieure.
Le temps est triste, la rade brumeuse. Quatre heures, branle-bas ; appareillage silencieux. La machine ronfle, l'hélice secoue ; adieu Lorient. Debout, à la Peirrière\ des silhouettes mornes; des mères,
des sœurs, des amantes; les cœurs se gonflent,
les larmes coulent, adieu.
On tourne Saint-Michel*, on longe KerneveP ; un mouchoir vole, adieu.
' Pointe de terre que l'on rase de très- près en appareillant de Lorient.
^ Petite ile silaée an milieu de la rade.
' ^'illage qu'on laisse sur la droite en sortant de la rade.
Voici Larmor'. Tribord!... un!... commande Tofficier de batterie... le canon gronde — bâbord !... deux ! — tribord ! . . . trois ! — Salut, ô Notre-Dame ! adieu, Larmor*.
Larmor, Larmor, sanctuaire vénéré des Bretons, coin chîirniant ^e la Bretagne oii je vis s'èbaltre aux jours de fête, en un joyeux pêle-mêle, vigoureux gars du Morbihan et jolies filles de TArmorique ; Larmor, cher petit village que j'ai trouvé si gai, que tu me parus triste! Plage si blanche où j'ai passé des heures si douces, que tu me parus sombre le jour où je partis! C'est ainsi que les lieux s'éclairent du soleil qui rayonne dans notre cœur, on s'obscurcissent de la nuit causée par le chagrin.
Refoulant au fond de moi-même les cruelles im^ pressions du départ, je dis un dernier adieu à la terre de France ; déjà la citadelle de Port-Louis disparaissait dans un banc de brouillard, tandis que plus loin se détachait encore distinctement, blanche sur le ciel bleu, la tour du port.
La campagne était commencée. Notre traversée jusqu'à Saigon ne fut signalée par aucun événement
1 Villago dont rëglise posséda une Viergo profectrico des marins;
* Les bateaux de guerre, en quittant Lorieiit pour entreprendre une cam- Jtagne, saluent de trois coups de canon la vierge de Larmor ; c'est un usage immémorial, un appel suprême à la protection de lé Madone, qui, sous peine de félonie, doit, durant tout le voyage, veiller constamment sur le navire et tor ton ^nipage.
intéressant ; rien de moins imprévu que la naviga* tion à bord d'un navire de guerre, où tout est. réglé à Tavance, où le commandant doit se conformer strictement à des instructions ministérielles mûrement méditées et sagement arrêtées suivant les besoins, du service.
Nous relâchâmes à Alger d'abord, puis successivement à Port-Saïd, Suez, Aden, PoInte-de-Galles, &ingapoor, non comme des voyageurs curieux de voir du pays, mais comipe des soldats pressés d'exécuter une consigne à la lettre, dans un temps déterminé.
Au commeneementde l'automne, nous arrivions à Saigon. Saigon ne devait être pour nous qu'un point de relâche et de ravitaillement; aussi fûmes-nous désagréablement surpris, en apprenant que nous étions attendus pour entreprendre une expédition dans la haute Cochinchine.
Ne voulant pas réveiller de tristes souvenirs, je n'entamerai pas le récit de cette expédition, et ne dirai pas les péripéties de cette- histoire im* gîque.
Après dix longs moi^ passés dans ces contrées^ après avoir vu nos rangs s'éckircir sous les balles en-» uemies et sous l'inexorable climat de cette terre de feu, nous reçûmes un jour Tordre de nous rendre au Japon.
Les marine oublient vite les souffrances, notre joie
fut grande ; nous allions enfin voir ce pays tant vanté par les voyageurs, ces iles charmantes dont on ne peut perdre le souvenir quand une fois on les a vues.
Il fallut d'abord aller montrer le pavillon français sur les côtes de Chine; nous passâmes quelque temps à Shang-haï, Tun des plus importants comptoirs européens des mers de Textrême Orient; sa petite colonie française fit à Tétat-major le meilleur accueil, et je sentis là pour la première fois combien il est doux de rencontrer des compatriotes à trois mille lieues de la terre natale.
Nous reprimes la mer vers le milieu de novembre, après avoir fait des chasses miraculeuses sur les bords du canal Impérial. '
Le but extrême de notre campagne étant Yokohama, la relâche à Nagasaki fut de courte durée. Saluer en passant la roche des martyrs, visiter rapidement les grands magasins de porcelaine, mesurer d'un regard étonné ces géants de la céramixjue, qui prennent naissance dans cette province : tel fut le classique emploi de ces vingt-quatre heures de séjour dans la capitale du Kiou-siou; mais fascinés peut-être par les beaux yeux et les gentils minois des sémillantes marchandes de ces féeriques bazars, nous n'appréciâmes pas cette fois à leur juste valeur toutes les merveilles de Târt japonais.
En arrivant au Japon, on éprouve un sentiment
toat particulier que je puis comparer à Tattrait qui vous attire vers une aimable jeune fille; on sent le besoin de se rapprocher de ce peuple charmant, de s'identifieravec lui ; sa langue harmonieuse et sonore ^ ne vous paraît pas difficile; et lorsque vous venez d'entendre rhorrible nasillement qui s'apptUe Tannamite, et le croassement des fils du Céleste Empire, le japonais semble une vraie musique, surtout quand il est gazouillé par des lèvres de femme.
Un jeune officier du bord partageait mon enthousiasme; ardents au travail aussi bien qu'au plaisir, nous résolûmes sur Theure d'apprendre ensemble cette langue qui nous enchantait et dont la connaissance devait plus tard tant nous faciliter les excursions dans Fintérieur. Tout labeur porte son fruit ; an bout d'un temps relativement court, nos efibrts furent couronnés d'un commencement de succès;' déjà nous pouvions demander, en les appelant par leur nom-, les choses les plus usuelles de la vie; bientôt, — quel triomphe ! — nous pûmes adresser une phrase aimable et même, à l'occasion, tourner un petit compliment à quelque jolie fillette, qui le recevait en riant aux éclats et en disant de sa voix argentine : •
« Oki ni arignaio, idjin-san. « (Grand merci, monsieur l'étranger.)
* U exifto pourtant dans la langae japonaise qnelqaes mots durs et diffi' ciles A prononcer, mais la plupart viennent da chinois.
Nous avions traversé la mer intérieure, véritable lac bordé de villages aux riants aspects ; passé devant Simonoséki sans vouloir évoquer les sombres images que rappelle ce nom ' ; stoppé quelques heures seulement non loin de logo, dans le délicieux petit port de^Kobé ; enfin nous venions de mouiller en rade de Yokohama.
* Combat, on 1867, dam leqnol les Europëons n'earenl pas le dessus.
Ybkohama. — Projets. ^* Yeddo. — La missioii militaire françaiie. — Connus dans la capitale»
Yokohama ! ce nom seul éveille en moi un monde de pensées; Yokohama n'est pourtant pas une ville très-remarquable ; rien dans son histoire, rien pour le présent, qui la signale à Tattention particulière des véritables amants du Japon. Beau village du golfe de Yeddo, placé non loin du parcours du TokaîdoS les Européens ont profité de sa position géographique et topographique pour en faire le centre de leurs opérations politiques et commer^ ciales, et y construire, sans beaucoup d'ordre, une ville qui, grâce à la nature du pays, ne manque pourtant pas d'une certaine coquetterie. De sa vaste rade continiiellement encombrée des escadres de TËurope, la vue embrasse un panorama dont les gracieuses villas de la colline et de Tobe' forment le second plan ; et tandis que le Fousi-yama, dres-
' Grande route coupant le Nippoa da nord an sud.
* Montagne pea élevée k laquelle est adoiiée la ville de Yokohama.
8 I.E JAPON PITTORESQUJE.
sant ail-dessus des nuages sa tète blanchie par les frimas^ représente dans ce tableau grandiose le fier et vieux Nippon, une longue colonne de fumée, emblème des importations nouvelles, fuit sur Taile de la vapeur vers la capitale rajeunie du Japon civilisé.
Je ne sais quel secret aimant m'attirait vers ces rivages; j'arrivai le cœur bondissant d'impatience; mais, comme toujours lorsqu'on a longtemps caressé dans ses rêves un objet désiré, au moment de la possession je fus désillusionné ; il pleuvait, le ciel gris, couvrait d'une teinte maussade la rade et la ville. Un ami, un compatriote, vieux, résident du Japon, vint me chercher et m'enleva à mes sombres pensées. '
Sachant qu'un séjour de plusieurs mois me permettrait d'assouvir à souhait ma curiosité, je résolus de ne pas me précipiter comme le font la plupart des nouveaux touristes spirituellement surnommés ce Glpb trotters » , qui parcourent les mers à toute vapeur et font, comme le héros de Jules Verne, le « tour du monde en quatre-vingts jours » .
Je me fis un programme ; sans positivement me tracer d'itinéraire, je comptais visiter d'abord Yeddo ; puis, poussé par mon humeur vagabonde, je voulais aller dans l'intérieur, aussi loin que le permettraient les traités; voir Nikko, le pays des arbres séculaires et des futaies sans pareilles; le Fousi-yama, l'une
des plus hautes montagnes du monde, Tun des plus vastes cratères. Enfin je voulais voir Yokoskà et son arsenal, Kamakoura et son Daibouts\ tous ces sitesenchanteurs tant de fois entrevus dans mes songes ; je réservais Yokohama pour la fin.
A quoi servent les projets? J'ai vu la plupart des lieux que je me proposais de visiter, j'en ai vu d'autres, mais je les ai vus plus tard, à une époque et dans des circonstances que j'étais loin de prévoir en arrivant.
Dès que j'en eus la liberté, je partis pour Yeddo, la vieille ville des Taikoun*, Timmense métropole où s'étalait naguère le luxe fastueux des usurpateurs, on toute la noblesse de Tempire du Soleil levant devait venir chaque année, en grande pompe, rendre hommage au premier sujet du pays, tandis que son chef légitime, l'héritier de toutes les gloires de la chevalerie japonaise, le Mikado' , s'étiolait dans l'ombre, oublié, relégué à Kiyoto, au fond de son palais sacré.
Yeddo, érigé depuis peu en capitale de l'empire, résidence de S. M. le Mikado, où, grâce à l'in- ^uence européenne, il est rentré victorieusement après plusieurs siècles d'exil, est aujourd'hui le
' Steino colotsale de Boaddfaa en brpnie.
. ' Empereur militaire, marpateor da pooToir, cba^së en 1868 par le Mir kada
' Empereur héréditaire da Japon, ■ le Fils da Soleil ». *
centre de toutes les réformes, de toutes les créatioris nouvelles introduites dans le pays par les étrangers et patronnées pat* le nouveau gouvernement.
La France y Qst dignement représentée par une mission mili taire , composée d'officiers d*élite, chargée de la création d'une armée, de Tinstruction des troupes et de l'organisation militaire.
Le Japonais, heureusement préparé par son éducation nationale qui est toute chevaleresque, s'est merveilleusement prêté aux nombreuses modifica^ tions apportées brusquement dans le métier des armeSi Les résultats obtenus jusqu'à ce jour sont surprenants, et ce n'est pas sans orgueil que Tdn regarde manœuvrer ces braves petits soldats, qui ont déjà prouvé qu'ils sont dignes de leurs mai« tres<
Un de mes bons camarades, Tun des membres les plus aticiens de cette mission, m'offrit l'hospitalité^ en mettant à ma disposition , javec la plus charmante cordialité, sa personne et sa maison. Nous visitâmes ensemble les curiosités de l'immense cité japonaise, ses temples, se» yaêiki\ ses jardina, ses brlUatits magasins de bibelots, ses promenades, ses théâtres , ses mille cases à thé, ses intiombrables maisons de joie, véritables volières d*oiseaux caqueteurs, dont rien en France ne peut donner une idée: Nous pas-* sàmes huit jours bien employés.
> Mftiiont d'bajntatioii.
LE IA1>010 PITTORESQUE. Il
Dans la crainte d*ennttyer inon complaisant ami, en m'arrêtant aux détails, je voulus d'abotd tout voir rapidemetit, afin de pouvoir revenir ensuite sur mes pas et étudier, seul, à loisir et avec frbit, cet admirable pays. C*est aiiisi que noiis vtmes en courant le ShirOy triple enceinte de granit au centre de laquelle 9*élevait le palais des Taikoun, brûlé daiis uii des terribles incendies qui dévorent des villes entières en quelques heures et qui sont la seule plaie du Japon; puis la Shihay le tombeau des Shogoun ' , de ces héros qui, pendaht des siècles, ont tenu le pays sous là domination terrible de leur main de fer; puis le temple A'Asaksa, célèbre parles miracles de ses dieux^ ses myriades de pigeons et les tirs àlarc qtii Tetitourent; enfin les jardins à'OuénOj où gisent encore pêlemêle, noircis par le feu, criblés de balles et de mitraille, les sombres débris de ce qui fut autrefois le premier sanctuaire de TEmpire, et où se dénoua en 1868 le drame sanglant qui mit fin à Tusurpation des Taikoun, ces nouveaux maires du palais.
Ces lieux conservent un aspect sinistre auquel rimagination prête des couleurs désolées ; la guerre semble finie d'hier, et Ton croit voir encore, distinct, sur la pierre et le tronc mutilé des grands arbres, le sang des preux, des terribles daîmio , tombés dans la mêlée où sombra la vieille chevalerie japonaise. Et
1 Le mot shogom» signifie général en cher; c'était l'appellation des Taikoun, avant qa'ila enuent niorpé le pouvoir.
pourtant, à deux pas, c'est une fête continuelle; si le gouvernement du Mikado, entraîné dans le tourbillon des affaires, n'a point encore effacé partout les traces de Torage, le peuple japonais, le plus grand rieur de la terre, n'a pas longtemps porté ses habits de deuil, et au lendemain de la tempête, sur le sol naguère foulé par les hordes guerrières, on voit s^élever par centaines d'élégantes maisonnettes, où d'agaçantes mous'mé^ appellent les promeneurs désœuvrés et versent nuit et jour à ces grands enfants le thé, leur boisson favorite, en jouant de la prunelle efdut*A«-
micen *
' Uotu'mé lignifie jeone fille.
^ Guitare à trois cordes.
Le Benten. — Les marchands japonais. ^ — Marcel. — 0-Hana-san.
— Un père obéissant -«- Une aimable famille. — Divers achats.
— Nos nouveaux amis.
Avant de continuer mes excursions et mes études, je dus retourner à Yokohama prendre les ordres de mon commandant et régler, quelques affaires de service. J'appris en arrivant que ma présence serait nécessaire pendant plus d'une semaine, et je profitai de ce contre-temps pour commencer, dans mes moments libres, la visite des magasins de curiosités qui, grâce à Taffluence des étrangers à Yokohama , sont très-nombreux et les mieux fournis du Japon.
Deux grandes rues parallèles appelées, Tune Benten-àôri\ Tautre Hontcho-dôri, sont exclusivement habitées par des marchands ; c'est là qu'on trouve à profusion de ces mille riens qui coûtent si cher et qu'on voit plus tard , en France , orgueilleusement s'étaler dans les maisons riches et au milieu de certaines collections.
Le Japonais en général, et le Japonais marchand
1 2>dH]iignifie roe.
en particulier, est tellement affable qu'on peut entrer chez l^i cent fois, regarder, marchander, toucher, déranger, sans jamais rien acheter et sans exciter sa mauvaise humeur; il vous recevra toujours aussi poliment, avec le même sourire ; il vous offrira toujours aussi gracieusement la petite tasse de thé devenue de rigueur dans toute maison qui se respecte.
Lorsque vous avez conclu un marché avec lui, ce qui est souvent long et difficile, il devient un ami ; vous pouvez alors, à toute heure du jour, venir vous asseoir à ses côtés ; il vous fera fumer son tabac, boire son ihé; il vous parlera de vos affaires, de votre fatliillé, de votre pays, des nouvelles du jour et de la politique ; inais il s'abaissera très-rarement, comme le marchand européen, h faire l'article jsàtàdLtchandise est étalée, vous pouvez la voir. Tacheter si boti vous semble et si vous voulez y mettre lé prix ; mais il n'essayera presque jamais de vous tenter et de vous amener à délier votf é bourse ; c'est souvetit un artiste , parfois Utl philosophe.
Dans ces conditions, la promenade du Bentên est pleiiie d attraits ; j'éprouvai poiir Inon compte, dès les premiers jours, une grande satisfaction à circuler dans cet immense musée d'un genre si nouveau pour moi, où je pouvais, tout en satisfaisant ma curiosité, faire d'immenses progrès dans la connaissance de la langue parlée. Chaque fois que les exigences du service le lui permettaient, mon émule dans l'étude du
LB iAPOfi I^ITTOIIËSQCB. U
japonais se joignait à tnoi pour explorer les magasina. C'était le plus agréable compagnon (jue Ton put souhaiter ; jeune, d'âge et dé coeur, instruit , plein de franchise et de délicatesse ; enfktit de la sait-* t&ge Bretagne j il avait dans le caractère quelque chose de la mélancolie de son brumeux et poétique pays. Il se nomtiiait Marcel. Une mutuelle sympathie nous avait spontanément réunis ; puis Tatnitié née de tioé rapports journaliers était devenue telle que les matelots du bord nous désignaient entre eux par le surnom commun de frères Japonais,
Un jour, nous marchandâmes longtemps une petite boite en laque d'or ; ce bibelot était délicieux ; il téhtait thon ami, qui voulait l'envoyer à sa sœur; mais la nécessité le forçait ft faire cadrer ses fantaisies avec là générosité dit gouvernement, et le mdrchaiid etitêté ti'en voulant pas démord t*e, nous Sortîmes satis t\eh conclure.
Nous revînmes le soir, car un acquéreur désappointé fôde volontiers autour de l'objet de ses désirs, comme s'il devait en emporter quelque chose pat* Ift Viie.
Une jeune fille, presque une enfailt, que nous n'à^ vions pas remarquée le tnatin, mettait eti ôtdre led objets dérangés par les curieux, ainsi qu'on la fait chaque soir, avant la fei'métut'e des magasins.
Depuis le seuil, après le salut d'usage :
d Eh bien? " cria Marcel au vieux marchand.
V<-fy
Celui-ci comprenant Tinterrogation :
u C'est impossible, monsieur, répondît-il; la boite que vous désirez est très-belle; j'aime mieux la garder que de m'en défaire à bas prix. Prenez celle-ci, plus grai^de, plus riche et en même temps moins chère. «
L'objet proposé en échange était en effet trèsbrillant, mais d'un goût détestable.
tt Je n'en veux point, riposta Marcel ; je veux faire un cadeau à ma sœur; j'ai décidé que ce serait la boite choisie ce matin, et non pas une autre. »
La jeune fille, durant ce colloque, s'était arrêtée dans sa besogne.
te La sœur de Vldjin-san * est une grande dame » , dit-elle comme parlant à la cantonade.
Le son de cette voix d'enfant fit retourner mon ami au moment où, pressé d'en finir, il cherchait sa bourse.
-c( Une grande dame... non, ma belle, mais une mignonne fillette de votre âge, presque aussi jolie que vous. »
Surprise par ce compliment, le premier peut-être qu'elle reçût, la jeune tnous'mé leva sur Marcel un regard étonné, presque effarouché; puis, prenant. la boîte litigieuse, elle s'approcha de son père ; une conversation très-animée s'engagea à voix basse entre
^ Mootlear l'étranger.
les deux acteurs de cette scène intime ; la fille, du ton grondeur et mutin d'un enfant gâté, semblait admonester le père ; le vieillard haussa légèrement les épaules,