‹ Le Japon vraiChapitre 29 sur 58 · AVANT LA GUERRE · texte numérisé non relu

AVANT LA GUERRE

Aspirations japonaises. — Les « limites naturelles du Japon ». — Prétentions des Japonais sur: la Corée, Formosc, les Pescadores, les Philippines, les côtes orientales de la Chinp. — Rivalités sino-japonaises en Corée. — Soulèvement des J Oîig-Hak. — Traité de ïien-tsin. — Mort tragique de l'agilalcur Kim-ok-Kiuii. — Soulèvement de la province de Chulla-do et défaite des troupes du roi de Corée par les insurgés. — La Chine envoie des secours sur les prières du roi. — Le Japon débarque des troupes en Corée. — Le ministre japonais Otori s'empare du palais rojal de Séoul et capture le roi. — Agression soudaine des navires japonais contre la flotte chinoise : ils coulent le transport anglais Kowsing. — Le général Oshima attaque et bat les Chinois à Seikwan. — Cartels d empereurs.

La guerre sino-japonaise marque le début d'une phase nouvelle dans l'histoire de l'évolution du Japon : c'est a partir du moment où il a expérimenté la puissance de ses armes sur le dos des Célestes que l'Europe a commencé à le' considérer comme un facteur non négligeable. Avec le vieux levain d'idées barbares qui fermente encore au fond de nos âmes de civilisés, les succès militaires sont toujours ceux qui nous frappent le plus. — Du jour où nous avons vu

128 l'K JAPON VRAI

les Japonais réduire à merci les Chinois en beaucoup moins de temps que la France n'en a mis pour venir àbout des Malgaches, nous avons éprouvé pour eux une vive considération. Peu nous importe de connaître les causes vraies de la guerre ; de savoir si les Japonais, pour la provoquer, n'ont pas violé toutes les lois du droit des gens civilisés, dont ils se réclament : ils ont été victorieux, cela suffit.

J'ai dit dans le précédent chapitre comment le cabinet Ito fut acculé à cette extrémité : la guerre, espérant y trouver un dérivatif aux dangers dont l'anarchie parlementaire issue du nouveau régime menaçait le Japon. Mais il n'en est pas seul responsable : tôt ou tard cette guerre devait éclater, car elle fut la résultante des aspirations, des revendications, depuis longtemps comprimées, de tous les patriotes japonais.

Les néo-politiciens du Japon ont trouvé une expression qui a eu un succès d'autant plus vif auprès de la foule qu'elle ne répond à aucune idée rationnelle; c'est celle de : « limites naturelles du Japon ». — Quelles sont ces limites? S'agit-il de celles del'archipel que formentles îles courant le long des rivages orientaux du continent asiatique entre le 20'' et le 40^ parallèle? — Pas le moins du monde : dans l'esprit des Jingoïstes japonais (1) les plus modérés, ces

J . On a beaucoup discuté sur l'origine du mot Jingoïste, que les Américains emploient depuis une vingtaine d'années.

limites doivent comprendre : non seulement les Pescadores et Formose, mais la Corée, la Mandchourie et les Philippines. M. Sugiura Shigetake se faisait leur porte-paroles lorsqu'il écrivait l'article sensationnel que j'ai relaté (1), et qu'il terminait par ces paroles audacieuses : a Dans peu d'années le Japon aura établi sa suprématie navale dans l'Orient, et alors il lui sera facile d'embrasser toutes les côtes orientales de l'Asie dans sa sphère d'influence )>. Anglais et Russes n'ont qu'à se bien tenir !

Les Jingoïstes japonais font valoir que la Corée fût conquise de 1562 à 1598 par le célèbre Yedeyoshi, celui qui fit élever à Kioto un tertre d'oreilles coupées aux Coréens; mais ils oublient que les armées japonaises évacuèrent la Corée il y a trois siècles, qu'elle fut alors conquise par la Chine et devint sa tributaire.

Ils font valoir aussi que le navigateur — d'aucuns disent : « le pirate » — Kosenya, dont la mère était Japonaise, avait conquis, en 1662, tout le littoral de Formose, se disant le représentant du grand Yeyasu.

La race japonaise, disent-ils encore, est la même que celle des Manillotes qu'ils appellent volontiers « leurs frères opprimés », et en 1574,

sans en trouver une étymologie sérieuse. — Ce mol me semble avoir été emprunté par les Yankees au vocabulaire du Nippon : il ne serait autre que le nom de l'impératrice Jingo, femme vaillante et patriote, qui fit, au 3' siècle avant notre ère, la conquête de la Corée.

Page 1