‹ Le Japon vraiChapitre 30 sur 58 · Livre I", chap. r^ p · texte numérisé non relu

Livre I", chap. r^ p

Hideyoshi somma le gouverneur espagnol des Philippines de reconnaître la suzeraineté du Nippon sur ces îles.

Tels sont les prétextes des revendications des patriotes japonais sur ces contrées renfermées, à leur yeux, dans les a limites naturelles du Japon ». Mais c'est la Corée qui, de tous temps, a excité leurs plus ardentes convoitises. Aussi est-ce de ce, côté qu'ils ont, depuis la restauration impériale, porté surtout leurs vues.

En 1866, le gouvernement coréen était dirigé par un régent, père de Li-Hsi aujourd'hui Roi de Corée. Ce régent, connu sous le nom de Taï- * ouen-Koun (1), personnage violent et cruel, voyant les Européens forcer en Chine et au Japon les portes du monde jaune, avait résolu d'épar-' gner le même sort à son pays. Pour éviter toute infillration d'idées occidentales en Corée, il avait décrété l'expulsion ou la mort des chrétiens, fait périr dans les supplices neuf missionnaires français et plus de dix mille Coréens qui avaient embrassé le christianisme. Le gouvernement français envoya deux avisos qui, sous le commandement de l'amiral Roze, remontèrent la rivière de Séoul, et bombardèrent la ville de Kangho; mais, n'ayant pas de troupes de^ débarquement, l'amiral dut revenir à Tché-fou

1. Le nom patronymique de ce régent est Lia-Hsia-Ying. Lorsque, en 1864, il s'empara du pouvoir, il prit le titre de Taï-ouen-Koun (président de la Cour suprême) qui lui est resté et sous lequel on le désigne encore aujourd'hui.

sans avoir pu obtenir de réparation du roi de Corée.

En 1871 une expédition américaine fut envoyée par les Etats-Unis pour venger le pillage, par les Coréens, d'un navire naufragé; également insuffisante, elle essuya le même insuccès.

Le crouvernement de Séoul se considérait comme inWncible et affichait le plus profond mépris pour les « barbares o et la plus grande Togance à Tégard des Japonais qui subissaient îurs lois. Lorsque, en 1858, le Mikado envoya Séoul une ambassade chargée de notifier son avènement au roi de Corée, le réorent la reçut l'une façon hautaine, reprochant aux Japonais sur faiblesse envers les étrangers, et leur éclarant que la Corée ne se reconnaissait aucun ;n d'amitié ni de vasselage àTégarddu Japon. V l'égard de la Chine, dont les Coréens avaient depuis bien des siècles adopté les lois et les coutumes, et vers laquelle ils se sentaient attirés par une sympathie de race, la situation ne fut jamais modifiée : chaque année le crouvernement du Céleste Empire envoyait à Séoul des ambassadeurs apportant des cadeaux de 1 Empereur, et recevant pour lui les hommaores et le tribut du roi de Corée.

Li-Hsi se décida, en 1872. à écarter son père du pouvoir et à prendre lui-même la direction du gouvernement de son royaume. Dès que la nouvelle en fut connue à Tokio, le Mikado envova

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à Séoul un ministre plénipotentiaire, Hanabusa, ayant mission de renouer des relations avec le gouvernement coréen. Cet envoyé ne fut pas même reçu par le Roi, « parce qu'il avait failli à l'étiquette en se présentant au palais avec un costume européen )). Les Coréens allèrent jusqu'à menacer l'empereur du Japon, de lui infliger une punition pareille à celle qu'ils avaient fait subir aux Français, en 1866, et aux Américains, en 1871(1)!

L'irritation fut vive à Tokio. On envoya immédiatement à Séoul, comme ministre japonais, un homme réputé pour sa fermeté et son énergie, M. Moriyama. Au même moment un navire japonais, le Unyo-Kan, venait d'être assailli et arquebuse par les Coréens à l'ile de Kang-oua. Le gouvernement mikadonal réclama une répara-, tion, et comme elle était longue à venir, la flotte japonaise, déjà constituée d'éléments modernes, vint faire une démonstration devant le port de Chemulpo (port de Séoul). Le Roi Li-IIsi, timide et irrésolu, abandonné par le gouvernement du Céleste Empire (qu'absorbait à ce moment les intrigues de Cour qui suivirent la mort de l'empereur Tang-ïché et amenèrent la proclamation de son cousin Kouang-su, âgé de quatre ans), accorda aux Japonais tout ce qu'ils demandaient : ouverture à leurs navires de commerce des ports

1. Histoire de l'Eglise chrétienne en Corée, par le père Dallet, t. II.

de Chemulpo, Fusan et Gensan, organisation de tribunaux consulaires chargés de rapatrier les marins étrangers naufragés. A partir de 1881, les troupes coréennes eurent pour instructeurs des ofRciers japonais.

La Chine, délivrée de ses dissensions intestines et gouvernée par le clairvoyant Li-Hung-Chang jie pouvait voir d'un bon œil les progrès énormes réalisés par les Japonais dans un pays qu'elle n'avait jamais cessé de considérer comme un royaume vassal. Aussi saisit-elle la première occasion qui se présenta d'aflirmer sa suzeraineté sur la Corée. En 1882, une conspiration militaire éclatait à Séoul contre le Roi et la Heine *de Corée (vraisemblablement à l'instigation du Taï-ouen-Koun). Celle-ci, femme intelligente et énergique, très hostile aux Japonais, avait fpris un grand ascendant sur le faible Li-Hsi, et c'est elle surtout que visaient les conjurés. Elle échappa à grand peine aux assassins qui avaient. envahi le palais, s'enfuyant déguisée en femme de soldat. Elle se réfugie à la légation de Chine où la rejoint le Roi, qui s'empresse de demander protection au gouvernement chinois.

Bientôt un corps de quatre mille hommes de troupes chinoises, armées à l'européenne, débarquait à Chemulpo et venait occuper Séoul. L'émeute était réprimée, et les principaux meneurs, arrêtés par la garde chinoise, mouraient dans des supplices affreux, préparés avec

cette cruauté raffinée qui caractérise les actes de vengeance de la Cour coréenne.

Le gouvernement japonais ne pouvait pas rester sous le coup de cet échec. Il prépara de longue main une insurrection ayant pour objet l'expulsion des Chinois préposés à la garde du Palais royal, leur remplacement par des Japonais et le meurtre de la Reine. Les conjurés, à la tête desquels s'était mis un Coréen du nom de Kim-ok-Kiun, devenu chef de la secte reli- P gieuse des Tong-hak (1) — lequel n'était en réalité qu'un agent secret des Japonais, — avaient déjà chassé la garnison chinoise du Palais, d'où le Roi était parvenu à s'enfuir sur le dos d'un eunuque chinois, lorsque Yuan, ministre de Chine à Séoul, ralliant les soldats qui composaient sa garde personnelle, attaque les émeutiers avec beaucoup de bravoure. Il en tue une partie, disperse le reste, et Kim-ok-Kiun^ qui est parvetiu à s'enfuir, est recueilli par un navire japonais ancré à Chemulpo et se réfugie kKioto, où il a vécu jusqu'en 1894, à la solde du gouvernement japonais.

A là suite de ces sanglants accidents, une violente réaction se produit en Corée contre, le j Japon. Les soldats coréens, secondés par une populace surexcitée, tombent sur les résidents japonais, incendient leur légation à Séoul, massa-

1. Voii" Livre II, chap. lY, les détails sur l'origine et le but de la secte coréenne des Tong-hak.

crent leurs commerçants et pillent leurs comptoirs à Chemulpo. C'était plus qu'il n'en fallait pour justifier une intervention armée du gouvernement du Mikado, qui envoie en Corée son escadre et un corps de débarquement. Le gouvernement chinois proteste, mais, affaibli par la destruction de sa flotte de guerre que l'amiral Courbet venait de couler dans la rivière Min, il est forcé de se borner à une protestation platonique. Bien plus, il finit par se laisser arracher, le 18 avril 1885, le traité de Tien-Tsin, par lequel il s'engageait vis-à-vis du gouvernement japonais : « à ne plus envoyer de troupes dans (( la péninsule de Corée sans en aviser le Japon, (( le Japon se réservant le droit d'y envoyer des forces égales. )) — C'est de cette clause que s'est servi le cabinet Ito pour provoquer le conflit qui a entraîné la guerre.

Au mois de mars 1894, le révolutionnaire Kimok-Kiuîi avait quitté Kioto — où bien des Européens l'ont connu, occupant ses loisirs au jeu de billard, où il était devenu de première force — pour se rendre à Shang-Haï. Il y allait, semble-t-il, pour se mettre en communication avec des membres de la secte Tong-hak qui n'avait cessé d'étendre secrètement ses ramifications dans toute la Corée. Ace moment le gouvernement coréen avait des preuves de sa coopération à une conspiration contre la famille royale, — encouragée.

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sinon organisée par le cabinet Ito — et qui devait éclater prochainement. Aussi le faisait-il surveiller par deux agents qui, suivant le procédé en usage chez les policiers de tous les pays, s'étaient étroitement liés avec lui en se faisant passer pour coreligionnaires. Ces deux agents, Li-hi-shoku et Hong-tjyong-ou, le suivirent à Shang-Haï où ils l'assassinèrent, le 27 mars, dans une chambre de l'Oriental-hotel. Aussitôt, son corps, sur l'ordre du roi Li-Hsi, est envoyé en Corée à bord d'un navire chinois, transporté à Séoul, découpé en morceaux qui sont exposés dans les principales villes du royaume. La tête et celle de trois autres chefs du Tong-hak, récemment exécutés, liées par les cheveux, sont exposées sur une place de la capitale coréenne (1).

Ce cruel exemple, loin de terroriser, ainsi que Li-Hsi l'avait espéré, les complices de Kimok-Kiujiy les exaspéra et hâta le soulèvement préparé. Des troubles avaient éclaté à la fin du mois de mai 1894 dans la province méridionale de Chulla-do à la suite d'exactions commises par les autorités chargées de percevoir les impôts : le gouverneur et les principaux fonctionnaires avaient été maltraités et chassés par le peuple; les Tong-hak, accourus, avaient pris la direction du soulèvement et, en peu de jours, s'étaient

1. Drei Jahrc oslasialischer Polilik, von M. V. Brandt. p. 16 et suiv.

rendus maîtres de plusieurs villes et villages. Le roi envoya contre les insurgés 800 hommes de ses meilleures troupes, qui furent expédiés de Chemulpo sur un navire de guerre chinois. Mais surpris dans un défdé, ils lurent écharpés et s'enfuirent en déroute vers Séoul, serrés de près par les Coréens révoltés.

La situation était menaçante pour Li-Hsi, qui ne pouvait plus compter sur ses troupes. Il se décida à appeler la Chine à son aide : Li-Iïung- Chang dirigeait aussitôt (le 6 juin) 2,500 hommes de troupes chinoises sur le port coréen d'Asan, et le lendemain, l'ambassadeur de Chine h Tokio remettait au comte Mutsu, ministre des Affaires étrangères du cabinet Ito, une note l'informant (( que le roi de Corée avait sollicité l'aide de la Chine pour réprimer la sédition qui venait d'éclater dans le Chulla-do ; que cette demande ayant été reconnue justifiée par l'urgence des événements, en même temps que conforme à l'usage constant de la Chine de protéger ses états tributaires, l'Empereur envoyait des troupes à son aide... qu^il avait l'ordre de communiquer cette décision au gouvernement japonais en conformité du traité de 1885 (de Tien-tsin). »

Le. gouvernement chinois agissait donc avec une parfaite correction ; mais le cabinet japonais, qui ne cherchait qu'un prétexte h conflit, répondait le jour même, en accusant réception de cette note, que : les mots Etats tributaires ne

pouvaient être tolérés dans la note chinoise, le gouvernement mikadonal n'ayant jamais reconnu la Corée comme Etat tributaire de la Chine. » En même temps le comte Mutzu envoyait à son ambassadeur à Pékin, M. Komura, l'ordre d'informer le Tsung-H-Yamen que : ce le gouvernement japonais, se référant au traité du 18 avril 1885, le provenait que des troubles sérieux venant de se produire en Corée, rendaient nécessaire la présence de forces japonaises dans ce royaume, et qu'un corps de troupes allait y être expédié. »

Le 12 juin, le général japonais Oshima débarquait à Chemulpo avec 5,000 hommes et, sans s'occuper autrement de l'insurrection qu'il s'agissait de réprimer, commençait par occuper Séoul. ■

La volumineuse correspondance que forment les notes diplomatiques échangées de jour en jour entre le Tsung-li-Yamen et le cabinet japonais nous montre la Chine insensible aux paroles agressives, bien résolue à rester dans les limites du traité de Tien-Tsin; le Japon, lui, décidé à faire surgir un conflit par tous les moyens possibles; et, lorsque le gouvernement chinois propose de retirer d'un commun accord les troupes d'occupation, l'insurrection* coréenne étant réprimée, le ministre Mutzu lui répond (22 juin) que les intérêts considérables des Japonais en Corée imposent à son gouvernement l'obligation d'obtenir du roi Li-Hsi, préalablement à tout

retrait de troupes japonaises, l'accomplissement de réformes de nature à prévenir le retour périodique de troubles; le 3 juillet, le cabinet Ito, après avoir fait occuper les ports de Fusan et de Chemulpo, remettait au roi de Corée un ultimatum lui déclarant que cette occupation sera maintenue tant qu'il n'aura pas octroyé à son peuple : P Une réforme complète du gouvernement; 2° l'établissement de nouveaux Codes; 3** un réseau dévoies de communication qui sera exécuté avec le concours de capitaux japonais.

Le 19 juillet, le ministre chinois Yuan quitte Séoul où il ne se sent plus en sûreté. Le ministre japonais Otori demande aussitôt au Roi le retrait immédiat des soldats chinois et la déclaration de l'indépendance de la Corée h l'égard de la Chine.

Ne recevant le 22 qu'une réponse évasive, il se rend au Palais, escorté de troupes japonaises, s'en empare, expulse la garde coréenne, met la main sur le faible et tremblant Li-Hsi, qu'il oblige, le couteau sur la gorge, à signer l'instrument diplomatique dont voici la teneur :

(( En conséquence du fait que, le 25 juillet,

le gouvernement coréen a confié à l'envoyé

extraordinaire, ministre plénipotentiaire du

I Japon à Séoul, la mission d'expulser l'armée chi-

' noise du territoire coréen, les gouvernements

du Japon et de la Corée ont été mis en situation

i de se prêter mutuellement assistance à la fois

offensive et défensive, et les plénipotentiaires constitués par les deux gouvernements sont tombés d'accord sur les articles. suivants :

« 1*^ L'objet de l'alliance est de maintenir l'indépendance de la Corée sur un fondement ferme, et de développer les intérêts du Japon et de la Corée en chassant l'armée chinoise du territoire coréen.

(( 2^ Le Japon entreprendra toutes les opérations militaires offensives ou défensives contre la Chine, pendant que la Corée s'efforcera de donner toutes les facilités possibles au Japon pour les mouvements de ses armées et la fourniture des approvisionnements qui leur seront nécessaires.

« 3*^ Le traité cessera à la conclusion d'un traité de paix avec la Chine. »

Au même moment les Japonais commençaient les hostilités. Le gouvernement chinois, inquiet de la tournure que prenaient les événements, voyant les Japonais renforcer chaque jour leur corps d'occupation en Corée, avait résolu d'augmenter aussi l'effectif de ses troupes à Asan. Le 15 juillet, le transport anglais Kowsini(j escorté de l'aviso chinois Tsao-Kiiiaiig, arrivait en vue des côtes de Corée portant abord douze cents soldats etdeuxffénéraux chinois, Deuxcroiseurs cuirassés ancrés dans le port de Chemulpo, côte h côte avec les navires de guerre japonais, s'étaient portés à sa rencontre. Trois croiseurs cuirassés japonais

Nanïva^ Yoshino, et Akitsusliima les suivent, et en face de l'île coréenne de Fung-tao les attaquent sans crier gare. Après un combat d'une •heure, les deux navires chinois sont désemparés : l'un s'enfuit, l'autre s'échoue. A ce moment le vapeur anglais Kowshing arrive, escorté de l'aviso; celui-ci, menacé, s'enfuit, est rejoint par VAkitsiisJiima et capturé. Le /fo(vs/aV?^ reçoit du Naniva Tordre de le suivre : les officiers chinois qui sont h son bord empêchent le capitaine Galsworthy, qui le commandait, d'obéir à cette injonction. Le croiseur japonais coule le transport à coup de canons, se bornant à recueillir dans une de ses chaloupes le capitaine Galsworthy et quelques marins anglais. Les autres hommes de l'équipage, les officiers et soldats chinois se noient ou gagnent à grand'peine à la nage les îles voisines. Parmi ceux qui se sauvèrent ainsi était le major allemand von Ilannecken, auteur des fortifications de Weï-haï-Weï. Mais le plus grand nombre des soldats chinois se noyèrent.

Le major von Hannecken, témoin survivant, a donné tous les détails de cette agression inqualifiable, et aifirmé que, non contents de couler sans avis le Kowshing^ les marins japonais avaient poussé la barbarie jusqu'à tirer sur les malheureux qui cherchaient à s'enfuir à la nage. Les Japonais ont naturellement contesté tous les faits, prétendant que « les Chinois

avaient tiré les premiers » et que le témoignage du major von Hannecken^st suspect, cet ofïicier allemand ayant été au service de la Chine ; il est inutile de discuter cette assertion, contraire h toute vraisemblance, démentie même par les circonstances qui ont précédé le combat. Il est bien évident que les Chinois, s'ils eussent voulu organiser un guet-apens maritime, auraient envoyé une escadre en force, au lieu de deux croiseurs. Le gouvernement japonais a du reste implicitement avoué ses torts en se soumettant plus tard, sur la sommation de lord Kimberley, représentant du gouvernement anglais, à payer 150,000 livres pour indemniser de la perte du navire et désintéresser les familles des sujets anglais qui furent victimes de l'agression des navires japonais.

Une autre preuve du parti-pris du gouvernement japonais, de rendre la guerre inévitable, c'est la connexité de cette attaque avec le départ du général Oshima qui, le même jour (25 juillet), quittait Chemulpo à la tête de 3,200 hommes pour aller, sans sommation préalable, attaquer les troupes chinoises cantonnées aux environs du port d'Asan, à plus de cent kilomètres. Le 28 juillet, le corps d'armée japonais arrivait en vue de la ville de Seikwan, qui commande Asan, et dans laquelle les Chinois, informés du mouvement d'Oshima, s'étaient retranchés en toute hâte Dans la nuit, le gêné-

rai japonais avait pris ses dispositions de combat et organisé son attaque par quatre colonnes, dont deux devaient prendre l'ennemi par le flanc et chercher à le déborder. L'attaque commença au jour naissant. Les Chinois, en nombre à peu près égal à celui des Japonais, avaient l'avantage d'être établis dans une position solide et bien choisie : mais dès cette première rencontre, ils firent preuve de ce manque de solidité, de cette absence de tactique qui, pendant toute la durée de la campagne, leur valurent autant de défaites que de batailles. A sept heures du matin, ils se repliaient en assez bon ordre, laissant toutes leurs positions aux mains des Japonais. Ceux-ci entraient le lendemain à Asan où ils s^emparaient d'un butin de guerre considérable.

Tel fut le prologue de la lutte qui devait amener l'écrasement de la Chine. Ces deux épisodes auraient pu dispenser de toute autre déclaration de guerre ,: 'cependant le Fils du Soleil et le Fils du Ciel crurent devoir s'adresser un cartel en règle. Le même jour, i'^'' août 1894, deux déclarations partaient de Tokio et de Pékin. A travers leurs phraséologies très différentes, bien conformes à l'état d'esprit de chaque nation, — celle de la Chine archaïque et solennelle, celle du Japon violente et agressive, avec des prétentions au style et aux formules en usage chez les Occidentaux — , il

est facile de discerner l'inanité des griefs invoqués par le Japon et le bien fondé de ceux de la Chine. Mais il ne s'agissait plus de savoir qui avait tort ou raison. L'adage qui a présidé et présidera longtemps encore, hélas! aux desti- | nées des nations, cet adage que Bismarck n'a même pas inventé : a la force prime le droit )) allait, une fois de plus, trouver son application.

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