‹ Le jardin de Molière; comédie en un acte, en versChapitre 2 sur 23 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DUMONT, DESGENETTE

DIJMONT est assis mélancoliquement dans un fauteuil. Entre DESGENETTE, casquette de chauffeur, un ulster sur son costume de Trissotin.

C'est moi, sous ce costume à l'aspect puritain,

Je ne suis que du trois n'étant que Trissotin.

Et j'entends que commence, en phrases émouvantes,

L'acte deux, le plus long de ces Feynmes Savantes.

Malgré tout mon retard j'arrive encor trop tôt.

Combien sont-ils dans le grand salon du château,

Quarante au moins, muets, suant sous la lumière?. . ,

DUMONT, continuant.

Parqués à l'audition de l'œuvre de Molière.

(Un silencei. (Desgenette prend des cigares et offrant).

O l,n JARDIN DF, MOLIEHE

DKSGE^ETTE

Un cigare.

DUMONT, acceptant.

Merci.

(,11 tend une allumette enflammée à Desgenette).

DESGENETTE

Merci... Beau jour d'été.

Le fond du ciel est fort joliment velouté^ Et tout rose fait noirs les arbres par contraste ; Et la nature est si délicieusement chaste Qu'elle vêt un manteau de brume pour la nuit.

(Il met sa perruque).

DUMONT, l'interrompant et bâillant.

Le pédant !... Ils en sont au milieu... Quel ennui,

La nature est ce soir hermétiquement triste

Et je... (Il cherche ses poches.) Au diable soit le costume

Ce grand siècle fameux s'habillait assez mal. [d'Ariste.

l^oint de poches.

Cristi... vous avez le journal ?

DESGENETTE, se levant.

Ma foi, monsieur, j'ai dans mon smoking deux gazettes Que je vous vais chercher...

Inutile, vous êtes Trop bon, d'ailleurs j'ai mieux à faire. (U tire son rùle).

DESGENETTE

Evidemment.

i,i; lAUDiN m. \nii.ii UK

Ce que je sais le moins c'est mon commencement. . . Je n'entends qu'à moitié les vers que l'on m'y prêle, Et crains d'ôtre deux fois misérable interprète, Car, comprenant fort mal. Je ne sais qu'à demi, Kt tout alexandrin m est intime ennemi.

UESGKNETïK, plaisamment, se tournant vers le buste de Molière.

Kt toi, triste amuseur du grand siècle, Molière.

Paria, dont ou lit à son heure dernière,

Par un subit l'etour du destin, presque un dieu,

Son^eais-tu que ce jour, à cette heure, en ce lieu,

Hi'ite trop complaisant d'un châtelain classique,

Je ressusciterais la coupe académique

Et le prolil chairrin de Monsieur Trissotin,

Moi, Despenette, Guy — Jean — Victor — Augustin,

Fils du comte Contran ?

DUMONT, 'i mi-voix.

De noblesse romaine. . .

(A voix haute.) Songeais-tu, contempteur de la grimace humaine, Que moi, Dumont, Fernand, fonctionnaire et barbon, J'écorcherais tes vers bancroches tout de bon Pour donner à quarante oisifs la comédie ? Monsieur, les planches sont l'ultime maladie Des peuples mûrs pour la décomposition. . . Je me veux mal de mort de ma soumission. . Depuis toujours l'ami Durand, que Dieu confonde, M'invitait, — j'ai vécu dans la haine du monde, — Je refusais, sachant que, par devoir mondain, Il me faudrait jouer l'aimable et le badin.

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