DEUX PETITS POEMES EN MANIERE DE DEDICACE I I
Autrefois, disais-tu en paroles plaintives, J'aimais Tombre frissonnante des grands arbres Qui inclinent leurs frondaisons sur les rives Du ruisseau au clair murmure entre les pierres; J'aimais ! j'aimais la paix dormeuse où le village, Au long des jours, au long des heures.
Parmi l'oubli pacifique de la vie, S'étire inconscient même de son bonheur; Autrefois, nous allions rêver par les prairies. Tranquilles comme les bêtes et les herbes, Les doigts mêlés, et mes yeux achevant tes pensées. Tous deux, seule à seul, triomphants et superbes,^ Isolés, et d*autant plus superbes !
Autrefois 1 Et c'est déjà le passé
Ce temps d'insouciance et de frivole ivresse;
Autrefois ! Mais rejette le souvenir
Pesant comme une chape, et redresse
Ta taille fière vers l'avenir :
Qu'importe? ce qui fut n'est que poussières,
La vile poudre des chemins
Ternit moins les pieds nus et meurtris qui s'y traînent
Que le regret décevant qui nous fait perdre haleine
Ne nous lasse à la poursuite de demain 1
Qu'importe? Heure présente, heure révolue,
Ce qui passe déjà n'est plus,
Et seul l'avenir nous attache;
Tout ce qui s'écoule et ruisselle
En vain par tas s'amoncelle :
Jouis d'un instant ; laisse-le fuir, s'il fuit ;
Tu aimes le jour, il est la nuit ;
Le jour va renaître à l'aurore
Et notre joie étinceler encore
Si le soleil, demain, se lève et luit
Sur notre espoir, parmi la foule et la cité
Où fermente et bruit
Confusément, foison étrange, la beauté
DEUX PETITS POEMES EN MANIÈRE DE DEDIDAGE l3
Universelle et pacifique de la vie.
Alors ! l'homme frémissant, telle une feuille,
S'éveille saluer Taurore, et accueille
Gomme un frère de sa gloire le rêve :
O Rêve,
Rêve que nous verrons poindre avec l'aube demain...
Oublions le passé, rêvons, donne tes mains.
.4 Alfred Valletie.