‹ Le Jardin des îles claires: poèmesChapitre 1 sur 6 · DEUX PETITS POEMES EN MANIERE DE DEDICACE I I · texte numérisé non relu

DEUX PETITS POEMES EN MANIERE DE DEDICACE I I

Autrefois, disais-tu en paroles plaintives, J'aimais Tombre frissonnante des grands arbres Qui inclinent leurs frondaisons sur les rives Du ruisseau au clair murmure entre les pierres; J'aimais ! j'aimais la paix dormeuse où le village, Au long des jours, au long des heures.

Parmi l'oubli pacifique de la vie, S'étire inconscient même de son bonheur; Autrefois, nous allions rêver par les prairies. Tranquilles comme les bêtes et les herbes, Les doigts mêlés, et mes yeux achevant tes pensées. Tous deux, seule à seul, triomphants et superbes,^ Isolés, et d*autant plus superbes !

Autrefois 1 Et c'est déjà le passé

Ce temps d'insouciance et de frivole ivresse;

Autrefois ! Mais rejette le souvenir

Pesant comme une chape, et redresse

Ta taille fière vers l'avenir :

Qu'importe? ce qui fut n'est que poussières,

La vile poudre des chemins

Ternit moins les pieds nus et meurtris qui s'y traînent

Que le regret décevant qui nous fait perdre haleine

Ne nous lasse à la poursuite de demain 1

Qu'importe? Heure présente, heure révolue,

Ce qui passe déjà n'est plus,

Et seul l'avenir nous attache;

Tout ce qui s'écoule et ruisselle

En vain par tas s'amoncelle :

Jouis d'un instant ; laisse-le fuir, s'il fuit ;

Tu aimes le jour, il est la nuit ;

Le jour va renaître à l'aurore

Et notre joie étinceler encore

Si le soleil, demain, se lève et luit

Sur notre espoir, parmi la foule et la cité

Où fermente et bruit

Confusément, foison étrange, la beauté

DEUX PETITS POEMES EN MANIÈRE DE DEDIDAGE l3

Universelle et pacifique de la vie.

Alors ! l'homme frémissant, telle une feuille,

S'éveille saluer Taurore, et accueille

Gomme un frère de sa gloire le rêve :

O Rêve,

Rêve que nous verrons poindre avec l'aube demain...

Oublions le passé, rêvons, donne tes mains.

.4 Alfred Valletie.

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