‹ Le Jardin des îles claires: poèmesChapitre 5 sur 6 · DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE

La longue nuit d'hiver sanglote dans la brume

Sous la lampe des paroles inquiètes

S'éveillent en aigrettes d'écumes

Plus scintillantes que les gemmesf dont vous êtes,

Ce soir, auprès de moi, diversement parée.

Les parfums d'ambre subtil évaporés

De vos gants jetés sur l'éventail de plumes,

Le sourire issu clair de vos yeux

Et dont fraîches vos lèvres s'allument.

L'éclair de grand triomphe audacieux

Dont resplendit la chair de vos épaules nues,

Vos bras lisses et forts et de fondant ivoire,

La musique de votre voix ingénue

2l\ LE JARDIN DES ILES GLAIRES

Ont affolé si bien le silence du boudoir Que j'ai, muette ferveur qui me grise, Baisé les bagues de votre main surprise, Mais brusque vous Tavez retirée.

La froide nuit d'hiver près de nous est entrée.

Nous nous taisions, paupières basses, sous la lampe

Versant Tonde lumineuse de ses corolles

Réjouir aux tapis les griffons qui y rampent,

Étranges et placides idoles

Qui accueillaient les confidences de notre émoi.

Nous nous taisions, vous ne souriiez plus, et moi,

Soudain, j'osai, triste, de paroles

Inquiètes, supplier votre long souci :

Je vous rappelai la douceur

D'avoir vécu longtemps, vous, la sœur

De mon rêve par vos sourires adouci.

Et moi, pour vous, le frère

Dont la sage ferveur avait su faire taire

En votre souvenir le cri de vos douleurs ;

Je vous balbutiai la timide caresse

Qu'allumait en mes yeux la fleur de vos regards,

Toute la joie et toute Tivresse,

Le clair bonheur autour de vous épars

Et le regret du geste de ce soir,

Et la prière d'un pardon, et mon espoir.

Alors ! — je ne sais si la brume nocturne S'est déchirée énamourée de pur soleil ! — Vous eûtes vers moi ce regard tendre, et Pune Et Tautre, vos mains splendides, corbeilles Odorantes de fruits et de fleurs de merreilles, Vous les tendîtes, souriante, à la soif de mes baisers

Nuit d'hiver ! nuit profonde et d'azur apaisé I

Page 1