‹ Le Jardin des îles claires: poèmesChapitre 6 sur 6 · L'OR · texte numérisé non relu

L'OR

A Eugène Demolder,

Mon désir est plus paisible que la mer

Par une nuit de lune calme,

Mon désir est plus paisible que la mer;

Nul heurt des vents et nul bruit de la vague,

Nul souffle ne rompt l'harmonieuse douceur,

Nul heurt des vents et nul bruit de la vague

Sous le clair de lune vaste et calme

Qui fleurit toute la mer de ses lueurs ;

Nul souffle ne rompt l'harmonieuse douceur

De s'en aller parmi le rêve et dans la nuit

Vers les plages nouvelles du songe

Ou vers les havres de l'oubli.

Toute la mer d'espace en espace prolonge

Le frémissement à peine ouï de son écume,

Toute la mer autour du navire prolonge

Le rythme de son chant qui s^aigrette d'écume

3o LE JARDIN DES ILES GLAIRES

Sous le vaste et calme clair de lune,

Et des fleurs comme une écume de la mer

Éclatent dans la solitude de mon songe

Par une nuit de lune calme et claire

Où mon désir est plus paisible que la mer.

Diamants par milliers en fête sur les flots,

L'immense désert comme un baiser qui brûle,

Diamants par milliers en fête sur les flots.

Silencieux, chatoie et flambe sous la lune;

Uimmense désert comme un baiser qui brûle

Éveille dans le silence de la nuit

Mainte forme dès longtemps évanouie

Par les sables anciens et lourds de la mémoire,

Et frileusement j'ai pu voir

Naître vers moi, à chaque heure de cette nuit,

Diamants par milliers en aigrette à la vague,

Les fantômes de mes souvenirs évanouis.

Sous le clair de lune calme

Où mon désir est plus paisible que la mer.

Rêve clair durant les heures, Rêve clair où je t*ai vue, rêve durant les heures I

L*OR 3l

Tu te dressais, sans un sourire, toute nue,

Ce fut un rêve où je t'ai vue

Te dresser sur les vagues toute nue,

Et les rayons de lune ouvrageaient un manteau

Des purs joyaux de la lumière

Qui s'étalait de tes épaules à la mer.

Devant moi, le sais-tu ? surgie des eaux,

O farouche! je t'ai tenue.

Froide et dédaigneuse, toute nue !

Je me souviens! moins belle je t'ai connue

Dans ton passé indomptable, ne sourire

Qu'à l'ivresse de la richesse offerte :

Tu fouaillais de ton taciturne sourire,

O formidable, alors, formidable sourire.

Le désir humble qu'un rien déconcerte.

Que j'en ai vu l'un après l'autre venus

Vers toi, phare décevant de la beauté.

Désemparés comme une carène démâtée,

A l'infini, à l'infini

S'enfoncer en dérade aux tourbillons de nuit.

Eux tous, les morts sans nulle espérance d'aurores,

Les morts, épaves de ton sourire, les m^rts.

D'étranges morts, sans même s'en douter.

3a LE JARDIN DES ILES GLAIRES

Dont peuplait les gouffres ta beauté I Mais, à présent, voici que tu te lèves Plus belle au crépuscule de mes rêves, Et, rêve clair durant les heures.

Rêve clair je t'ai vue

Te dresser vers moi sur les vagues, toute nue. Parmi la nuit phosphorescente de la mer Où mon désir est plus paisible que la mer.

Oui, c'est toi ! Toi, bien qu'éprise de tant d'or.

Je sais, tu sois partie un jour vers la conquête

Folle par delà l'Océan et les tempêtes ;

Mais peu t'importent les espaces fabuleux

Sous des cieux lourds que leur éclat rend incolores

Et la vertigineuse flore

Où s'agitent les oiseaux multicolores

Au bord grave des lacs sur les montagnes bleues.

Tu t'y acharnes plus obstinée encore

A la tenace poursuite de ton or,

De l'or que tu pilles à la terre, de l'or

Toujours, par paillons, par pépites, de l'or!

Et, la nuit, comme se glissent les maraudeurs,

O gueuse I ton appétit sournois

Furtive t'a traînée mainte fois

Vers une butte, au loin, boueuse où tu te vautres :

Ton corps pâmé plonge parmi la fange,

Tu y meurtris tes dents, les ongles de tes doigts,

Tes pieds s'y crispent, ta bouche la boit,

Tes seins et ton ventre y plongent.

Par tous les pores tu aspires étrangement.

Des narines, des yeux, de ton corps jusqu'au sang

Imbibé comme une éponge.

L'or par parcelles qui rôde en cette fange

Et qui filtre si bien en toi

Que je te vois droite et nue devant moi

Avec ta peau d'un métal étrange

Et profond où s'allume en fleur la lueur d'or.

Et que tes yeux où flambe l'or,

Et que tes lèvres où de l'or bouge.

Que tes seins dont s'éclaire d'or la pointe rouge,

Que tes genoux, tes pieds et, tout entier, ton corps

Frémit d'une vaste étincelle d'or,

Et tu traînes, c'est ta nocturne chevelure.

De la terre boueuse où l'or viçrge fulgure :

Merveilleuse, ô corps en or.

Idole, déesse, étrange, Toute en or!

A Stuari Merrill,

She rose like an Autumaal aîght .

Shelley .

Parfois se dresse, comme une nuit d^automne Surgie, avec ses étoiles, de TOrient, Ton souvenir et le cortège plus brillant Des fièvres d^amour dont ta venue s'environne.

O chère I je revis aux jardins d'autrefois Parmi la brise de parfums que fut ta voix, Et toute, et telle que tu fus dans la joie, Silencieuse, je te revois!-

Tu es pareille à cette belle nuit d'automne Surgie, avec ses étoiles, de l'Océan Où mille feux d'astres errants S'éparpillent au ciel dont la clarté étonne.

38 LE JAAOIN DES ILES Cf.AraES

Te 8oavient-il toujours, Vivante taciturne,

Quand nous nous égarions par les jardins nocturnes

Où tu songeais et souriais parmi les fleurs ?

Souvent tes jeux qui se perdaient à suivre

Les sillages de lueurs à soi-même survivre

Et renaître plus clairs et plus profonds,

Tes yeux chauds j'y buvais où jaillissaient tes pleurs

Dont l'amertume heureuse fond

Par mille rires en corolles de la joie.

Je te revois, je te revois:

Tu étincelles de mes rêves du passé;

Dans la lourde ombre de tes cheveux sont massés

Tant de parfums de carnage et de victoire

Que mes lèvres lasses ont pu boire

Dans leurs abîmes de frissons tout le vin de la vie.

Et j'ai connu l'ivresse de t'avoir suivie,

Reine des triomphes d'autrefois,

Parmi les étendards vaincus, les glaives et les croix

Pieusement sur ton passage inclinés

Avec les cris d'orgueil dompté dans le tumulte

Où la liesse de ton armée exulte,

Au milieu des captifs deux par deux enchaînés

Et de tant de femmes en détresse

Qui hurlent leur épouvante et leurs douleurs : Reine qui te plaisais à la guerre ! — ô maîtresse Qui n^aimas que les étoiles et les fleurs!

Était-ce Toi parmi de tels parfums I était-ce Ta tendre présence et ta voix qui me parlaient ?

Démence de mes rêves ! pour quels palais D'extase sinistre et de pompeux mensonges Ai-je alors délaissé les lacs des jardins clairs De fleurs votives où Tamour plonge Éperdument comme fulgurent les éclairs?

Démence vers le hideux passé, vil mensonge De fouiller dans le tas des glèbes calcinées, Dans les putrides terrains abandonnés.

Pour Tespoir, comme d'une perle, du mirage D'une parcelle de bonheur !

Eh non 1 bonheur, fête et délire où se propage Le miracle de la joie, il est ailleurs.

Il est dans l'estivale ardeur Et la beauté superbe de demain 1

4o LE JARDIN DES ILES GLAIRES

Je sais :

Mon orgueil flamboyant a tremblé si ta main

Me touche et me convie à des fêtes propices,

Ta chair nue allume mon désir et ma faim,

Il faut que je les assouvisse:

Mille étoiles parmi ta chair, ô Nuit d'automne,

De rOcéan au ciel surgies.

Mille étoiles me brûlent de joies.

Mille étoiles parmi ta chair, ô nuit d'automne,

Illuminent de bonheur ma volupté.

La fraîcheur lourde de tes seins où j'ai goûté

Les arômes qui y frissonnent,

La ferme tendresse de tes bras mûrs.

Ton corps plus souple et plus pur

Que les corolles vraies de nos parterres

M'ont ouvert le radieux golfe de tes chairs

Vers le vertigineux abtmo de l'amour ;

Et tes yeux, prodiges clairs de tant d'amour.

Tes yeux lavés des larmes bues

Jadis par l'ivresse de mon amour,

Tes yeux sacrés éclairent la rive

D'où vers toi, chère 1 je tenterai

L'aventure de la mer où tu veux que vivent

Mon désir et mon rêve désormais ;

LS DÉSIR 4l

Et je sais qu'en un jour de joie ultime et sainte,

O chère! où je t'aurai rejointe

Là-bas dans les jardins éternels de lavie^

A jamais tu m'endormiras,

Heure que mes instants envient!

Aux frais arômes de tes seins, entre tes bras.

DECLAMATION

A Maurice Clouet.

Mes champs avaient perdu leurs moissons et leurs fleurs.

J. RAaNB.

Dors ! tu es plus impassible que la nuit.

Dors. Moi je crie et je pleure vers les étoiles.

Dors. Moi je roule au fond des gouflFres de la nuit

Tant de lourds sanglots, de soupirs et de râles

Que rimpassible dans Tépaîsseur des ténèbres frémira,

Que le ciel fauve à la foudre s'entr'ouvrira,

Que les mondes rugiront de connaître le deuil

Et la douleur à quoi me rive ton orgueil.

Des abîmes j'implore et je hurle,

Pitié I vers une étincelle moins amère.

Vers une goutte des eaux de la miséricorde.

Vers la fin par la mort du martyre qui brûle

Et déchire, tenailles qui les mordent

Fil à fil, tout le réseau de mes chairs!

J'atteste les tourments anciens des sombres geôles, J'atteste la cruauté des prêtres et des rois, J'atteste la vie avec ses fleurs et ses effrois, J'atteste les carijages de l'amour : nulle parole Ne se peut si profonde que mon mal : je te hais ! Je te hais! Et nul mot ne peut fondre l'horreur De la nuit où je vague en butte au mal farouche, Nul mot humain, proféré fût-ce par ta bouche, Nul mot assez cruel, assez vil et mauvais.

Lourd de deuil, de tourments, de flamme et de fureur Toi que j'aime, je te hais !

Dors I Je t'ai bercée entre mes bras. Ta lèvre Effleurait de baisers pâles mon angoisse De me mentir à toi comme un amant sans fièvre Qui te tiendrait et sourirait à ton regard.

Ta voix se dénouait en de souples caresses.

Tu m'enlaçais du flot parfumé de tes tresses. Ta tête douce reposait sur mon sein, Tes mains avaient confiance dans mes mains.

Je te pressais sur moi, buvant Taube et les cieux Par la clarté languissante de tes beaux yeux, Et je t'aimais, et je disais les mots de ma ferveur : Chère, je t'aime tant ! — Et pourtant je te hais.

DÉCLAMATION t^j

De toute la puissance de mon amour rêveur, De toute la force de ma haine, je te hais !

Ecoute : entendras-tu, ô Toi qui dors?

Soit, dors I — Tu te croiras au réveil sûre encore

De mon amour, moi qui t'exècre! et ta joie

Riche du vain bonheur m'offrira les corolles

De baisers fades, comme une obole.

Je te hais ! j'aime un amour qui rougeoie,

Brasier vorace de lèvres mordues.

Voluptés et lassitudes éperdues.

Étreintes de feu, ciels qu'un sûr baiser explore.

L'amour que ne rompt pas la mort.

Flambeaux ! d'âpres baisers fleurissent l'incendie,

La flamme happe tour à tour et propage

Par des bonds et des caresses hardies

L'éclosion de la fièvre et de la rage.

Pétales de délices par rafales

Soudaines et incessantes.

Élan des torches triomphales,

Touffes d'odeurs étourdissantes.

Le mâle désir absorbe et exalte,

Emporte le rêve et violente

Farouche vers l'extase poursuivie.

Fleurs de feu rapaces et sanglantes.

Les frissons fous et les voluptés de la vie.

Mais toil et ta beauté, sans qu'y frémisse un rêve. Impassible, qui donc es-tu, qui ne vis pas ?

Qui donc, si nul orage ne soulève.

Stagnant bonheur, fanges où tu rampas, Ta ferveur pure en la tourmente des désirs Jusqu'au ciel où va Textase en fête s'anéantir?

Ta beauté mémet tes clairs cheveux fidèles.

Morne flux que ne grifife aucun éclair fiévreux.

Tes yeux vides d'extase où l'étincelle

Du pieux tourment gît morte, tes yeux heureux.

Tes yeux calmes d'avoir fleuri dans la tendresse

D'un passé qui t'est plus cher que l'avenir.

Ta beauté, l'océan d'amour qui se dresse

Et rugit de splendeur candide en tes deux bras,

Ta poitrine sacrée où l'Éden peut tenir.

Tes seins gorgés de gloire et de mansuétude

Où ma détresse avide et folle s'enivra

D'un vin de vie ardente et de douce hébétude.

Ton ventre pur, tes reins caressants, et tes pieds,

Ta beauté, dont ma joie encore extasiée

DÉGLÀBfÀTION 49

A surgi, ta beauté si tranquille et si tendre. Ta beauté, ta beauté! et la béatitude, Bourbier vil où ta beauté m'a fait descendre. Je la hais! —

La vie est courte, il faut la vivre :

Délices mornes, ton sourire pâle n'enivre Nul âpre orgueil avec Técume de la joie; Je saurai fuir, moi qui suis lâche, toi qui es belle; Je saurai fuir le festin triste de ton corps Et la fade splendeur que ton amour déploie; Je saurai te fuir sans remords. Toi dont l'étreinte jamais rebelle M'accueillit, sans regrets et sans transports, Toi, docile et souple corps de femme Que jamais n'a rongé la flamme Ou le frisson des passions I Tu es à moi ! mais tu n'as pas dompté l'orgueil Qui piaffe et se cabre sous mon désir, Et tu n'as pas voulu, robuste, le saisir, rordre sa fougue, et rire! c'était la proie Offerte à la vaillance hautaine de ta joie.

Mais tu lui fis, dès le seuil, [Jn pacifique et tendre accueil, Et, depuis trop longtemps, le jeu de mon orgueil

5o LE JARDIN DES ILES GLAIRES

Se prélasse par des champs enchantés et clairs, Dans Tair purifié, monotone, où nul éclair Ne tressaille sous Tennui de la fête.

Nul signe, nulle éclaircie de la tempête.

Je te fuirai. Là-bas Torage est sur la mer.

Les horizons mugissent sous Forage,

Le combat s'échevèle de plage en plage»

Une victoire traîne son luxe amer

Sous un ruissellement de deuils,

Le vent des abîmes effeuille

Les crépuscules de la vie,

Et Torde mort, rageusement suivie,

Se tourne brusque au bord d'une aurore.

Où, goulu, son rire dévore

Ceux qui, sans crainte, n'ont pas goûté au vil ennui!.

L'ennui! Par toi Tennui a germé dans mon champ, Je t'ai toute explorée et tu m'es trop connue, Me voici las des blondes moissons de mon champ. Me voici las des fruits des vendanges connues, Et je veux fuir ! Fuir où fermente l'ivresse, Où tressaille la mer d'un triomphe inconnu, Où d'étranges clartés en frissonnant paraissent

DÉCLAMATION

Dans la nuit d'arbres Téclair naissant des membres nus,

Où luit riante la fureur des dents du faune,

Où ses yeux fauves étincellent

Tandis que dansent, et la rosée à Therbe y ruisselle.

Les nymphes dont il guette anxieux la beauté.

Rêves ! par delà les mers frissonne

L'envol fiévreux d'amour, de rêve et de clarté,

rêves dont ici le regret m'environne.

Rêves touffus, qui me quittez

Je ne sais pour quels mirages illusoires,

Rêves ! je me souviens, l'ancien calme des soirs

Jadis enfiévrait d'orgueil toute ma vie,

Mes beaux rêves en allés!

Et maintenant, déchu du rêve,

Mon extase à pas lents par de mornes allées

Pleines de ronces, jadis fleuries et sablées.

Mon extase en angoisse s'achève,

Triste, seule, loin des îles, exilée.

Déchue où l'a rivée le sort !

Tous mes rêves ont pris l'essor.

Ils frissonnent au fond des mers.

Ils brillent, ils sèment des corolles,

Ils ont des ailes, et s'envolent.

Ils sont partis au fond des mers Aux plages de joie et de lumière, Et je suis seul, et je suis veule, Je suis sans espoir et sans rêve !

Éveille-toil Je t'aime, ma sœur, ô seule

Lueur parfois par Tennui de la grève I

Dis : n'est-il plus de fête pour nous ?

N'est-il plus d'amour et de rêve?

Dis : les mots de ta voix, tes regards seront doux,

Ëveille-toi, je t'aime I

Viens à moi, berce-moi d'espoir, sème

De clartés la nuit qui s'épaissit en ma vie;

Éveille-toi, donne tes yeux, souris,

Éveille-toi, je t'aime.

A André Gide-

Fraîcheur des herbes ! un matin de clarté pure

Tout humide des averses de la nuit

Rouvre à chaque miroir qui sur les feuilles luit

Le rêve ancien d'un ciel lointain et calme :

Clairs océans, si j'y bois de feuille en feuille

Voici me rire Teau d'un désir, je la cueille

Au vivace millier des scintillantes gemmes.

Et, loin des foules et des villes

Et des vains bruits et des secousses stériles

Où toute ma vie apparaît en exil

Je me libère vers les îles de silence I

Ardente proue, une âme s'élance

Fière vers les conquêtes plus superbes

De mer en mer où le mirage

Féconde d'inconnu les anses et les plages :

Là, pure la vie exulte Ou blieuse en leur ténèbre des tumultes.

Et c'est la paix prodigieuse des herbes, Fraîcheur des herbes I

A peine d'un souffle la mer tressaille

Par ce matin de clair été;

Au lointain nul passage d'une voile

N'a frémi dans la clarté.

Le vieux saule de la falaise,

Las des luttes, immobile, s'apaiise.

Dormeur sans le sursaut, fût-ce d'un rêve.

Dont lent le rythme soulève

Le puéril essor de maint oiseau.

Le sourire silencieux des eaux

Disperse à des cimes ses fleurs

Où boire la pure lumière

Et Textase de la chaleur.

Tout résonne des profonds bruits

Que sème la sereine lumière,

Toute la terre, la pla^e, les bois, toute

La terre, les flots, Tair même ne bruit

Que du frôlement seul de la lumière.

L^aile du vain désir s'éteint sans doute

Où ne s'embrase multiple qu'un silence

Unanime et radieux.

Pétales épars neiges des cieux

Par le soleil vers le silence,

Et Tair que nul souffle ne balance

Vibre et poudroie comme du sable,

Dans ce matin calme d'été

L'air se pâme dans la clarté.

Le geste du vent, les jeux du vent Et tant de rires parmi les feuilles, Une flamme ondule poursuivant Par les mille caprices du vent Les rires qui se glissent des feuilles, Les oiseaux qui s'essorent au vent.

La flamme grandit, circule, monte, Coule, se reploie ou monte encore, Se courbe épaisse, s'épuise, prompte A renaître, puis grandit et monte La même toute, et se dévore, Vive surgit, ondule et remonte.

6o LE JARDIN DES ILES GLAIRES

Et la flamme du vent qui pourchasse De parmi les feuilles les oiseaux, Jeux et caprices que rien ne lasse, Parsème dans le vent qui les chasse Maint envol anxieux des oiseaux Vers la mer où le vent les pourchasse.

wmmmmmKmmm

CINQ PETITS POÈMES DE LA MER ET DU VENT 6l

Accoudé parmi les fleurs de la terrasse,

J'ai vu, ce soir, le ciel si lointain et si bleu

Que les heures heureuses qui passent.

L'une après Tautre, lourdes et lasses,

N'ont creusé ni sillage de feu

Ni golfe frais dans Tarchipel des étoiles.

Nul fabuleux mirage ne dévoile

Le trésor fatidique des plages

Vespérales de mon rêve,

Et nulle houle amoureuse ne soulève

Le navire de mes espoirs

Parti, les vents de fête en poupe, bien des soirs.

Vers les conquêtes de la joie ;

Qu'importe? et nulle aile ne déploie

En pkin azur son envergure claire Jusqu'aux îles au fond des mers Dont la splendeur au loin flamboie :

Toute la vie est immobile...

La vie est calme

Comme ce soir de doux été

Où les oiseaux, parmi les arbres apaisés,

A.U bord du fleuve se sont tus.

L'eau même aux joncs des rives ne jase plus,

Tout est calme,

Et la nuit pacifique et sage

3'endort sans un frisson sous un ciel sans nuage.

La vie est calme !

3 chère sœur, c'est ton visage

!-iui-même qui sourit à peine à du bonheur,

y est ton visage la vie, ô claire sœur,

îi calme;

6ii LE JARDIN DES ILES GLAIRES

Comme la vie et ton bonheur,

Ton visage calme est pacifique et sans nuage.

Le fleuve même est taciturne

Parmi ses rives et les roseaux,

Des fleurs y tombent Tune après Tune;

Heures suaves et taciturnes

La vie est calme auprès des eaux

Où s'émerveille, ma sœur,

Des heures, des eaux et des soirs le bonheur

De nous sourire en l'éclair tendre de tes yeux.

A Grégoire Le Roy.

Neuves fontaines,

Fontaines hivernales de la forêt,

Arbres lumineux de claires gouttes par le gel,

Jets d*eau figés de givre dans la forêt

Immobiles, dont les pyramides étincellent,

Les eaux étincellent dans Tair brumeux et terne,

Les eaux étincellent dans la ténèbre des nuages,

Les eaux lumineuses des fontaines,

Les eaux,

Les eaux de joie et de clarté,

Les eaux, souffle durci des eaux où se propagent

Les joyaux de l'automne et de Tété;

Neuves fontaines

Ecloses des branches nues où Thiver s'abat,

Neuves fontaines incertaines.

Rêve suprême dans le naufrage.

Fontaines stables, incertaines,

Fontaines,

Les fleurs du jet figé suivront-elles, naufrages,

Le destin triste des pétales de Tété?

Épais et doux duvet de cygnes,

Des oiseaux d'étrange clarté

Se pressent aux branches immobiles

Sans un geste et sans un cri.

Duvets plus velouteux qu'un plumage de cygnes.

Duvets chatoyants et fleuris

Par mille éclairs de pierreries,

Duvets,

Oiseaux d'orgueil et de clarté.

Oiseaux chastes que Thiver apaise,

Rêve! tu t'éteindras par un souffle, la neige

Fond, duvet impalpable de la neige :

Claire, épaisse et douce, étrange clarté

Des oiseaux touffus qui n'ont jamais chanté.

Et jamais le silence

Même parmi d'autres hivers dans la forêt.

Jamais le silence lumineux et stérile,

Jamais le silence n'instaurait

Un luxe tel de volupté et d'indolence.

Tout, cet hiver, est immobile,

Le gel des fleurs, des oiseaux et des fontaines

Scintille seul dans la placidité des branches;

Nul bruit, nulle rumeur, fût-elle lointaine,

Où jadis croulaient par avalanches

Les frissons froids du ciel qu'exaspéraient les vents.

Les vents !

Les vents paisibles et froids, souffles du Printemps

Qui se mire en circulant à tous les rêves.

Les haleines vivifiantes du Printemps

Qui réveille les sourires, rajeunit les sèves,

Purifie de maints rayons les sources, de maints baisers

La solitude pacifiée des Océans;

Le Printemps !

Et le babil de tant de brises apaisées

Errant avec douceur le long des fleuves,

Le babil de mille oiseaux éparpille ses baisers

Au long des brises sur les herbes, et sur les feuilles,

Et sur les fleurs, et sur les eaux,

Le babil tendre frôle les visages et cueille {

A des yeux et 4 des lèvres ingénues

La grâce flottante des parfums où Tamour s'insinue.

Les vents 1

Les vents sonores et chauds des étés opulents^

Les vents généreux qui mûrissent les javelles,

Les vents larges, pacifiques et lents.

Bus par le délire accablant

Des fièvres que juillet renouvelle,

Le calme étésien des nuits extasiées

Qui ramène d'une étoile la caresse

Des confidences balbutiées,

Le vent d'été sonore dresse

Sa gloire comme une tour sur les mers;

Le vent d'été élève aux plaines

Un mur immobile, ardeait^eft clair,

Où, fixe, ruisselle le feu de son haleine;

Le verft d'été entoure les*^bois,

Plane en fête sur les monts et*les vallées,

Éclôt, fleur gigantesque, dans les cités de la joie

Sur les tiges entremêlées

De la vie, impavide I bonheur ou deuil, et monotone !

Les vents!

Les vents acides qui bousculent le vieil automne,

Les vents diaprés déchirent les dunes,

Tourmentent, croassant, les vagues qui se crispent,

Désolent les landes arides, insistent

Dardant leurs langues importunes

Aux carrefours dénudés qu'ils dépouillent

De toute joie et de beauté I

Hyènes qui rôdent de tous côtés,

Les faméliques souffles fouillent

Les immondices des décombres.

Les gloires mortes gisant à Tombre

Des vieilles murailles pourries,

Et la surface verte, puante et sûrie

Des marécages de Tautomne!

Mais les vents d'hiver sont farpuçhes.

Leurs brûlures échevèlent les tempêtes Qui secouent les masures et qufcouchent ^

Au ras des rputes où leurs- rages s'entêtent Les antiques fûts découronnés des chênes.

Carnage implacable et continu ! Les champs Tressaillent aux assauts méchants Des tourmentes qui s'y déchaînent Aveuglément et sans répit, et tout Thiver I

Meute carnassière, affolée I horde barbare

De guerriers chevelus, cottes et cœurs de fer,

Violateurs rapacesl vents brutaux, vents d'hiver,

Oh 1 les villes, quand vos démences s'en emparent,

Ohl les hameaux, serrés d'effrois aux creux des monts,

Ohl les bêtes, les arbres, et les hommes!

Et surtout, là, perdu où l'assaille et l'assomme.

Là bas, sur mer, le vent, de ses coups furibonds.

Oh I le vaisseau désemparé dont nul n'est maître.

Hochet des mers, toton que Teau boit et pénètre

Ou qu'elle brise sur un écueil 1

O vents d'hiver farouches.

Vents impitoyables, vents de deuil.

Vents farouches!

N'est-ce pas? tout l'orgueil craché par votre bouche

Votre orgueil suscite de la vie.

De la vie âpre, anxieuse, malaisée.

De la vie!

Et non, comme un hiver doucereux et apaisé,

L'indolence de tant de neiges assoupies

Sous qui s'endort stérile, et se fige la vie!

LA PLUIE

A Marcel Collière.

to

Dans le jardin déjà triste de Tautomne

Où défaillent feuille à feuille les roses,

Quelle tardive fleur lucide se pose

À des tiges pour un baiser, en qui frissonne

Et s'épeure leur langueur si meurtrie?

Une fleur ensoleille la brume;

Clartés lointaines qui pâles allument

A des cimes leur sourire de féeries,

Que sont-elles et d'où venues?

Rayons qui se glissent des nues

Eveiller d'un peu de joie nos chemins?

Espoir des ailes ingénues,

Fuir Tassant des lendemains?

Rêves de caresses par les mains

De frêles déesses inconnues?

L'automne s'avive et s'évertue A faire renaître palpitants Les parfums défunts du printemps.

L'heure passe. Une angoisse nue sanglote

Dans l'étreinte impatiente du crépuscule ;

La volupté d'automne s'annule,

Presque l'hiver I Des voix de l'horizon chuchotent

Et le jardin s'endort plus triste où se dorlote

Un veuvage désert et taciturne.

Nulle haleine ne circule,

Paix mortuaire, silence nocturne,

Rien ne bouge, — et les rameaux immobiles,

La terre épaisse des feuilles tombées,

Toute la vie a succombé.

Or, voici, pressantes et menues,

Par les sentiers et l'avenue

Que s'élèvent du silence

Et des ombres de la nuit tombée

Des rumeurs et des cadences :

Rythmes vivaces, nette harmonie.

Un fourmillement de la danse a frémi.

LA PLUIE

Des pas qui crépitent s'élancent Et scintillent sur la terre endormie.

Tout le jardin accueille, où l'automne s'ennuie, Languissant et monotone, en sa douceur, Le passage soudain des merveilleuses sœurs, Les magiciennes de la pluie.

Elles vont, elles s'élancent.

Elles reviennent et s'affolent,

Elles rient, elles déploient par guirlandes, farandoles.

Et groupent en des rondes folles

Les rires de leur joyeuse turbulence.

Et sous leurs pieds naïfs maintes corolles

Naissent aux rapides baisers de leurs danses.

Tout le jardin accueille, où l'automne s'ennuie, Languissant et monotone, en sa douceur.

Le passage bruyant des merveilleuses sœurs, Les ballerines de la pluie.

Et dans leur danse et dans leurs rires

S'acharnent les rythmes étranges.

Puis s'éteint brusque l'éclair des corolles,

Le chant par rafales change

Au gré des brises que Theure fait fleurir :

Déjà plus paisible est la terre molle

Où la gaîté de leurs pas s'atténue,

Et, au silence désormais des avenues,

S^avancent, songeuses, sans bruit.

Sous des voiles et long vêtues.

Sœurs clémentes, les pleureuses de la pluie.

Avec des poses très tendres, très lasses,

Dans leurs traînantes robes noires,

Elles vont parmi le soir

Négligemment s'accouder et s'asseoir.

Au fond du jardin obscur, sur les terrasses.

Là, de leur voix dolente et de leurs lèvres pâles.

Frissons de labiales anémones.

Elles sanglotent les douleurs de l'automne,

Et leur tristesse douce étale

Des tentures de nuages monotones

Jusqu'où l'on voit comme de grands vieillards

Monter au ciel sinistre les brouillards.

Ainsi rêvent-elles, visiteuses pensives.

Sur la terrasse du morne jardin.

LES ILES

Et, sans que la joie ancienne y revive,

Bien bas, leurs voix se lamentent sans fin.

Elles se montrent l'une à l'autre, — sous leurs voiles

Le geste est lent et s'allonge tristement, —

La ville en son lugubre tassement

Et les brumes qui Tenvironnent et l'assaillent.

Anxieux sous les vapeurs malévoles

Le pauvre amas qui figure les maisons

Baigne engourdi dans la fièvre et les poisons,

Les murs grelottent, verdissants, au long des rues

Qui coulent et se nouent, livides rigoles.

Vers des carrefours d'où les tours et les coupoles

S'efForcent à dresser leur essor impuissant.

Quand elles ont passé, les sœurs se souviennent.

C'était des palais radieux de soleil

Et des gloires I chaque rue arborait la sienne,

Le travail heureux au soleil,

La vie, et la joie, et l'amour.

Le clair babil et les enfants en fêtes,

Les jardins splendides où triomphe le jour.

Et les dômes en conquêtes

Pâmés parmi l'azur dont s'embrasaient leurs faîtes!

8o LE JARDIN DES ILES CLAIRES

Mais les mauvaises ballerines

Vinrent, avec presque le sourire,

Et leurs danses sèment la ruine,

Leur souffle est pour corrompre et pour flétrir.

Et la ville à présent languit de torpeur,

La ville s'efFrite peu à peu,

La ville putride se meurt,

Et des lèpres, de chaudes moisissures

Croupissent les rues et rongent les murs

Et gangrènent la ville vermoulue

Où rien ne lutte, où nul orgueil n'est plus,

Nulle vie, et nul désir de vivre !

Et les sœurs aux longs voiles sont ivres D'avoir éteint le délire et Tespoir, Et, du haut jardin où elles vinrent s'asseoir, Sur la ville, déployés les tissus mornes, Elles roulent, vapeurs molles, des linceuls ; Puis, rieuses, les magiciennes ballerines.

Les sœurs se lèvent pieds nus sur la ville.

Et leurs pas scintillants la piétinent, Morte, ensevelie en les tapis de son linceul.

LA PLUIE 8l

Et c'est, encore 1 la pluie,

O morte ville I et tout l'ennui

Jusqu'aux retours resplendissants du vrai Printemps I

LES ILES

A Ferdinand Foniainas.

Tout le mystère du monde est dans les îles.

MiGHELET .

Parmi l'heure plus sereine de cet automne Qui pleut ses feuilles d'or au sol roussi des dunes^ Je me suis, vain, ce soir, d'un regret monotone, Assis au bord des flots qu'illumine la lune.

La splendeur survivante d'un suprême été Avive à l'horizon l'héroïque mirage De fuir vers les îles de la vie un rivage De platitude morne et de stupidité.

Rien ici ne frémit des grandeurs de la terre : Ni volcan dont la lave chaude ensevelit Les villes et empourpre de flammes les mers; Ni fleuve de rage et de folie

Qui broie et emporte au passage

Les roches des monts, le terreau des pâturages

Et les troupeaux qui y broutent les prairies.

RienI le sable insoucieux de nos plages,

A peine de mornes monticules sans herbages,

Des chemins plats à travers les longues landes

Au boueux terrain des marécages

Où jamais les oiseaux fiévreux ne descendent

Poser aux arbres maigres leurs nids et leurs couvées.

Rien ici ne tressaille ou ne vibre ; le vent

Du large s^atténue en soulevant

Parmi Theure toujours sereine de cet automne

En faibles tourbillons l'écume monotone

De la mer qui palpite sous la lune

Et meurt presque sans bruit au sol roussi des dunes.

Les hommes m'ont lassé qui s'agitent sans fin Pour tenir quelque jour en leurs mains Un frêle amas de pièces d'or à effigies Laurées, sans que jamais ait surgi La vigueur vraie et le désir de la pensée Dans leur âme dépossédée :

Labeurs stériles pour ne pas vivre, Labeurs futiles d'agonisants.

Quoi ! aux tristes heures de vos ans

Nuls rêves ne vous entraînent à poursuivre

Les voluptés promises de la Beauté!

La rive où Ton stagne, putride et hébété,

Nul songe ne vous la fait quitter

Et fuir ! Plonger aux gouffres dont frissonne l'air,

Appareiller vers les neuves merveilles

Dont, murmure infini d'invisibles abeilles.

Le sourire fait tressaillir l'Océan clair,

Et toute la vie, de mer en mer.

Explorer du soleil qui, en fête, chatoie

Par mille climats de la joie.

Ou qui s'éplore pâle à des grèves farouches !

Cette nuit, quel orgueil sûr! et de ma couche Je me suis dans la ferveur levé Pour parcourir parmi la lune au long du flux D'amoureuses contrées qui ne sont plus Qu'un souvenir et qu'un mirage parfumé I

C'était après les secousses de la tempête,

La dérade et la lutte sans espoir;

Nous avions erré des heures sans rien voir

Que le vent furieux qui insurge les lames >

L'assaut par tourbillons dont le souffle halète

Contre nous, choc par choc, et par fureur entame

Avec un bruit sinistre et fou

Toutes nos forces encore debout,

Brise Tétrave et enlève l'hélice

Et fend enfin par un dernier effort

Le navire que les vagues engloutissent...

Quelle épave

Nous a portés évanouis dans l'anse des écueils

Où des gens rudes qui nous recueillent

Nous ravivent de soins taciturnes et graves?

Oh ! les pêcheurs pensifs dans la brume et le vent

Je les ai vus s'enfoncer si souvent

Calmes et braves

Vers le désastre des longs naufrages

Perdus parmi la nuit aux flots lourds de la mer l

Et bien des fois leurs simples barques ramenèrent

Ce qui était l'orgueil des plus riches vaisseaux,

Splendides naguères de leur espoir de conquêtes,

LES ILES 8g

Fracassé et rompu dans les tempêtes

Par la fougue des vents et la rage des eaux !

J'aimais près d'eux songer par les grèves, tandis Qa^au loin, dans le frissonnement de midis Parés d'un peu de lumière grise, Passait éblouissante la flottaison Des hautes et singulières banquises Qu'on voyait fondre à l'horizon.

Nous regardions encore, sans parler.

Parmi le sourd mugissement Des eaux après les eaux, éternelles, L'océan aux écueils par la houle ébranlés Creuser dans le basalte des arcades Où la tourmente s^échevèle.

Mais cette image au fond des brumes des Orcades Qui par les nuits longues me harcèle C'est pour se perdre dès l'aurore à l'horizon Une banquise qui passe en lente flottaison.

go LE JARDIN DES ILES GLAIRES

Le navire qui s'offre à mon rêve dans la rade

Sous la brise fait sourire d'étincelles

L'azur clair de la mer aux fleurs de ses écumes.

Je vivrai d'île en île, ivresse! où se parfume

L'air superbe de la beauté des Sporades ;

Je cueillerai des gemmes et des fruits dans tes bois,

Sicile 1 et j'entendrai les amoureuses voix

De tes bergers sur les radieuses collines

Où Théocrite errait et que rêvait Virgile.

Toute la vie enthousiaste et sage !

J'explorerai tous les rivages,

Je fendrai l'eau de tous les golfes,

Et les odeurs du large et les souffles du ciel

Mes lèvres les boiront à de pures corolles

Offertes à leur soif tour à tour par la mer,

Et je leur donnerai, selon Pheure, les noms

Tendres des plus lointaines îles :

LES ILES

L^or aux Antilles, la flamme en Tlnsulinde

Et la fièvre éperdue y rutilent,

La grâce fraîche ceint Nippon

D'une guirlande de glycine et de jacinthes ;

Claire et belle, parmi les roses

Comme une source jaillit Formose;

Et j'irai, plus épris et plus fier

De vivre tel parmi le monde affolant

Des parfums et des lumières,

Jusqu'au suprême crépuscule

Où vers moi flambloiera des plaines de la mer

La mystérieuse Ceylan

Qui brûle

Comme une perle dans la mer.

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