IV
Arcliclis Binturong.
Zorillc du Cap. — Moulelle Chinche.
Chien de Terre-Neuve. I — Chien Dogue du!
Thibel .
Epagneul Marlbo-j rough.— Grand Epa-|
gneul . .
Chasseur de Renards.
— Lévrier Noir .
Chien-Loup. — Chien-
Loup .
Chacal. — Chien de
Grav. sur bois.
TénérifTe .
Id.
Loups. — Renard
Id.
Hyène rayée. — Hyène rayée et tachetée. . .
Id.
Hyène rayée — Hyène tachetée .
Id.
Chien hyénoïde. — Protèle hyénoïde...
Id.
Léopard. — Félis Ion-
gibande .
Id.
Chat sauvage. — Chat
de Caffrerie.. . .
Id.
Chat Jaguarondi. — Lynx commun .
Id-
Chironecle yapock. — Sarigue Marmose...
Id.
Dasyure de Maugé. —
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
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Id.
Id.
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Id.
Id.
Planche coloriée!
Id.
Id.
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Id.
Id
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Id.
Id.
Thylacyne cynocéphale .
Ecureuil palmisle.
Ecureuil volant. .
Fourmilier lamanoir.
— Fourmilier Di-
dactyle .
Lemming. — Échimys
du Brésil .
Oryctérope du Cap. —
Paresseux -Aï .
Anlilope Coudou
Antilope Oryx .
Bélier Mérinos. —Bouquetin Toila Bœuf Auroch.
Buffle du Cap.
Buffle Arni .
Cheval Baskir. — Poney des Shetland . . .
Chouette Tengmaltn..
Milan Royal .
Chouette ILirfang .
Perruche à gorge variée.
Fringile Paroare .
Moucherollc Rubit Ramphocùle Scarl Carouge Jacamacii..
Grimpereau Pinson Tachy phone Archevêque .
)in. .. I laie. I
Cabe/.on élégant.
Psittaculc Caïca-Barra band .
,VfeMT
C’ctait sous Louis XIII. Hérouard, premier médecin du Roi, et Gui de La Brosse, son médecin ordinaire, jouissaient de beaucoup de loisir; car Richelieu, par habitude de tout faire apparemment, avait seul une mauvaise santé. Les deux docteurs sollicitèrent et obtinrent, par lettres patentes, l’autorisation d’acheter, au nom du Roi, une maison, plus un terrain de vingt-quatre arpents dans le faubourg Saint-Victor, à cette fin d’y fonder un jardin royal des herbes médicinales. Le royal acquéreur paya sans doute l’immeuble et les terrains un peu
INTRODUCTION HISTORIQUE
plus cher qu’ils ne valaient. — C’était un triste voisinage, pour la maison, que celui des Copeaux et des Boucliers, dépôts impurs
de la grande ville; et les vingt-quatre arpents ne gagnaient guère à être environnés de marais. — Enfin Hérouard se fit nommer surintendant du jardin... et mourut. Il n’avait créé qu’un titre. Ne vous semble-t-il pas qu’un médecin devrait savoir au moins mourir à propos?
Cette circonstance, et bien d’autres encore (les grands, les
huguenots et la maison d’Autriche, donnaient tant de besogne au cardinal ) , entravèrent l’exécution pleine cl entière des lettres patentes; mais en 1G45, l’édit suivant lut donné et
enregistré :
«... Attendu qu’on n’enseigne point ès écoles de médecine « à faire les opérations de pharmacie... le sieur Howard nous « aurait supplié que trois docteurs, choisis par lui dans la « Faculté de Paris, soient par nous pourvus pour faire aux « écoliers la démonstration de l’intérieur des plantes et de « tous les médicaments, et pour travailler à la composition de « toutes sortes de drogues, par voie simple et chimique...
«( ...Voulons que, dans un cabinet de ladite maison, il soit « gardé un échantillon de toutes les drogues , tant simples que « composées, ensemble toutes les choses rares en la nature « qui s’y rencontreront, duquel cabinet ledit La Brosse aura « la clef et régie, pour en faire l’ouverture aux jours de dé-
« monstration...
« Nous avons aussi créé, à titre d’office, un sous-démonstra- « tcur , pour l’aider à faire la démonstration extérieure dans le
u jardin, duquel office sera pourvu par nous Vcspasien Robin, « notre arboristc , chacun desquels officiers vaquera a 1 exer- « cicc de sa charge, aux jours et heures qui lui seront desi- « gnés par notre surintendant... A tous lesquels avons attribué « les gages qui suivent, savoir : notre premier médecin,
INTRODUCTION HISTORIQUE. iij
« surintendant de toute l’œuvre, 3,000 livres; à chacun des « trois démonstrateurs, 1500 livres; à La Brosse et à scs suc- « cesseurs, 6,000 livres; au sous-démonstrateur, 1200 livres.
«... Pour l’entretien duquel jardin..., nous avons ordonné « à l’intendant une somme de 4,000 livres par an, outre ses « gages... Donnons aux démonstrateurs et opérateurs pharma- « ceutiques 400 livres pour l’achat de drogues , et 400 livres « pour le salaire de garçons servants au laboratoire.
« Pour le paiement desquelles sommes sera par nous fait un « fonds de 21,000 livres...
«Donné... à Saint-Quentin, au mois de mai 1635; registre « le 15 mai.
« Louis. »
On a dit : « Il y a plus loin de rien à la plus petite chose, que de la plus petite à la plus grande. » Si cela est vrai, et nous l’admettons, le Muséum d’histoire naturelle, plus communément désigné sous le nom de Jardin des Plantes, cet établissement qui renferme aujourd’hui presque toutes les productions du globe , fut fondé par Louis XIII. — La Faculté forma opposition à l’enregistrement de l’édit de 1635: elle était mécontente du choix de La Brosse. — Pourquoi ? — Nous pouvons le supposer : Gui de La Brosse avait eu la première idée d’une œuvre utile, féconde, nationale; il avait donc acquis les premiers droits à l’ingratitude de ses contemporains.
Toutefois l’opposition de la Faculté n’eut pas de suite. Gui de La Brosse prit possession du batiment et des vingt-quatre arpents, qu’il lit disposer pour leur destination nouvelle^ Il dressa un parterre de quarante-cinq toises de longueur sur trente-cinq de largeur, défonça les terrains, se procura, par son argent, scs démarches et sa correspondance, toutes sortes d’espèces et de variétés de plantes, et lit le tracé du jardin dans
INTRODUCTINN HISTORIQUE.
une étendue de dix arpents. L’ouverture du nouvel établissement n’éut lieu que l’année 1640. Il y a deux cents ans de cela. Gui de La Brosse publia, dès 1641, le catalogue des plantes cultivées dans le Jardin royal des herbes médicinales. Le nombre de ces plantes, y compris les variétés, était déjà de 2,360.
Ils passent trop vite les hommes qui prennent une œuvre à cœur et s’y dévouent. Gui de La Brosse mourut en 1643, au moment où il avait triomphé de tous les obstacles et lorsqu’il allait jouir du fruit de ses travaux.
Le Jardin des herbes médicinales languit et périclita sous les successeurs de ce médecin. Enfin scs destinées étaient gravement compromises, lorsque la Providence lui suscita un sauveur dans la personne de Fagon, neveu de Gui de La Brosse. — Fagon était, pour ainsi dire, un produit du Jardin des Plantes: il y était né, il y avait passé son enfance; — il aimait les fleurs de passion, singulière prédisposition chez un homme qui devait être jeté, par son office de premier médecin du Roi, au milieu de l’étiquette et des intrigues.
Lorsqu’il se trouva pourvu d’une charge qui ne lui permettait plus de remplir les chaires de botanique et de chimie qu’il avait occupées avec une grande distinction, Fagon sentit naître en lui un scrupule bien digne d’un homme adonné à l’étude de la nature : il crut ne pouvoir pas cumuler toutes les fonctions à la fois, et songea à se donner un successeur pour le professorat. Mais on ne s’arrête pas plus dans le bien que dans le mal. Fagon éprouva scrupule sur scrupule, et il s’imagina qu’il devait faire un bon choix. Voici comment il y avisa : il appela du fond de la Provence un brave jeune homme de vingt-six ans, qui s’appelait Joseph Pitton de Tournefort, tout simplement. N’y a-t-il pas là de quoi faire oublier toutes les malicieuses épigrammes lancées par Saint-Simon contre le premier médeein de Louis XIV ?
INTRODUCTION HISTORIQUE
Tournefort, l’un clés hommes les plus éclairés de son siècle, créa la botanique ou à peu près. Jusqu’à lui , il y avait eu un empirisme, mais pas cîe science; des faits, mais pas de méthode, des mots innombrables, mais pas de nomenclature. Avec Tournefort, le chaos se débrouilla, la lumière fut .
Tournefort enseigna, écrivit, voyagea au profit de la science. Il publia un ouvrage intitulé ïnstitutiones rei herbariœ, où était exposée sa méthode, et comprenant la description de dix mille cent quarante-six espèces, rapportées à six cent quatre-vingtdix-huit genres. En 1700, il partit pour le Levant, accompagné du peintre Aubriet, attaché au Jardin du Roi, et qui devait dessiner les espèces nouvelles. Il parcourut la Grèce, les bords de la mer Noire et les îles de l’Archipel. Il revint en 1702 avec son butin , et enrichit l’établissement d’un grand nombre de plantes inconnues jusqu’alors.
Lorsque la science perdit Tournefort, Fagon, qui ne s’estimait pas encore quitte envers le Jardin, nomma à sa place Sébastien Vaillant, dont l’herbier forma la base du grand herbier du Muséum.
Antoine et Bernard de Jussieu ouvrent et ferment la seconde époque llorissante du Jardin du Roi. Bernard de Jussieu occupait l’humble place de sous-démonstrateur, dans laquelle il demeura obstinément pendant plus de quarante années, méditant sur les caractères les plus solides, les plus simples, les plus constants , qui pourraient servir de base à une méthode naturelle. Décidément le Muséum est la terre classique des phénomènes : trouvez-nous donc ailleurs un homme qui consente à méditer pendant quarante ans, et cela sous le vent même de la faveur : Louis XV aimait beaucoup Bernard. — C’est Bernard de Jussieu qui rapporta d’Angleterre ce cèdre du Liban si fameux et sous lequel nous irons nous asseoir.
Maintenant nous tombons de Chirac en Chicoisncau , son
vj INTRODUCTION HISTORIQUE.
gendre, tous deux médecins du Roi, et qui firent si bien, en destituant les professeurs de mérite, en détournant parfois les fonds de leur spécialité, comme on dit de nos jours, que l’autorité supérieure fut obligée de couper court à l’abus, et que la place d’administrateur du Jardin du Roi cessa d’ètre le supplément de celle de premier médecin.
François Du F ay, militaire distingué, naturaliste courageux, entreprit de relever l’établissement, et d’effacer jusqu’aux traces des désordres de l’administration antérieure. Du Fay voyagea en Angleterre, en Hollande; il établit des correspondances; il enrichit le cabinet du Roi d’objets rares; il lui donna sa propre collection de pierres précieuses; enfin, sentant sa mort approcher, il rédigea un testament magnifique, et fit au Muséum un legs immense. Du Fay écrivit au ministre de Louis XV, et demanda pour successeur Buffon.
Buffon, c’est pour la masse du public l’histoire naturelle en personne. M. de Voltaire ne trouvait pourtant pas l’histoire de la nature que Buffon publia si naturelle. Mais on peut sourire à ce jeu de mots et ne pas s’arrêter à l’indignation de d’Alcmbert, qui s’écriait, h propos du célèbre naturaliste: « Ne me parlez jamais de ce comte de Tuffières, qui, au lieu de nommer simplement le cheval , dit: La plus noble conquête que l’homme ait jamais faite est celle de ce fier et fouqueux animal, etc.» Buffon ne peut être atteint par la mauvaise volonté prosaïque de ces deux adversaires; et quant à ceux qui ne lui auraient pas encore pardonné d’avoir toujours écrit l’épée au côté, en manchettes et en jabot, nous tâcherons de les apaiser en leur rappelant l’horreur que le grand écrivain professait, dans le domaine de la science, pour l’ordre rigoureux, pour les nomenclatures et les méthodes en général.
L’ère de Buffon représente celle de l’agrandissement et de la gloire du Jardin du Roi. Ce parfait administrateur trouva le
INTRODUCTION HISTORIQUE. vij
cabinet compose de deux petites salles pour les curiosités naturelles; — une troisième pièce renfermait les squelettes, que l’on ne montrait pas alors au publie; — bientôt, et par les soins de Buffon, les collections occupèrent deux grandes salles des galeries actuelles. Le jardin n’avait que quelques arpents : les terrains vagues disparurent en peu de temps, les allées s’allongèrent, les plantations surgirent. — Buffon attacha Daubenton à l’établissement, rappela Bernard de Jussieu, brutalement destitué par Chirac, et convia le public à un spectacle magnifique et tout nouveau.
Toutes les chaires furent occupées par des hommes du premier mérite. Antoine-Laurent de Jussieu découvrait, popularisait la véritable méthode des familles naturelles; Rouelle exposait le système de Fourcrov, les principes de Lavoisier, la nouvelle nomenclature chimique, et enfin scs propres idées sur les sels, les premières idées justes qui aient été conçues sur cette importante partie de la science. — Rouelle, ce professeur ardent et si original, qui avait, selon M. Dumas, fait ses premiers essais chimiques au feu de la forge, chez un maréchal, son voisin. — «Rouelle, continue le meme auteur, avait une manière de professer très-particulière : il arrivait à son amphithéâtre en bel habit, perruque en tète, et chapeau sous le bras. Il commençait posément; bientôt il s’animait un peu, et jetait son chapeau; puis il s’échauffait davantage, et jetait sa perruque, puis son habit, puis sa veste, puis sa cravate... Ah! c’est alors seulement que vous aviez le vrai Rouelle.»
A Winslow, grand anatomiste, succédait Portai. Buffon enfin couronnait par ses œuvres, par sa réputation européenne, cet imposant ensemble scientifique. Les découvertes, les observations faites dans toutes les parties du monde, aboutissaient au Jardin du Roi : là se formait comme un océan de connaissances dont les débordements fécondaient ensuite les provinces
viij INTRODUCTION HISTORIQUE.
et l’étranger. C’est vers le même temps que le système de Linné, fondé sur le nombre, la position et la proportion des étamines (organes mâles des plantes), se répandait, mais sans prévaloir en France, où la méthode naturelle de Jussieu remplaça le système de Tournefort, basée principalement sur les différentes formes de la corolle ou seconde enveloppe des fleurs.
A cette époque aussi, l’établissement du Jardin du Roi doublait d’étendue par des échanges de terrain avec les religieux de l’abbaye de Saint-Victor, ou par l’achat fait à la ville de Paris de chantiers environnants. Un vaste bassin se préparait non loin du carré des herbes médicinales; creusé jusqu’au niveau de la Seine, le fond en devait être alimenté par l’infiltration des eaux de cette rivière, et servir aux plantes aquatiques. Ce bassin a donné naissance au carré creux d’aujourd’hui ; — aux plantes aquatiques, qui ont refusé d’y vivre, ont succédé des platesbandes où l’on cultive des plantes d’ornement.
En môme temps, le jardin des semis était créé sur l’emplacement d’un nouveau terrain, parfaitement abrité au nord par la serre tempérée, au couchant par la colline du labyrinthe, au sud par l’allée des marronniers; — il devenait une école où l’on apprend encore aujourd’hui à semer, à faire lever, où l’on peut suivre enfin la série des procédés d’éducation pour les végétaux de tous les climats, jusqu’au moment de leur transplantation.
Desfontaines, Daubenton, Macquer, Fourcroy, Brongniart, Antoine Petit, Portai, Vicq d’Azyr, voilà les hommes qui, groupés autour de Buffon, remplissaient les trois chaires de botanique, de chimie et d’anatomie, au Jardin du Roi, lorsque l’illustre intendant mourut, le 16 avril 1788.
Pendant les seize dernières années de la vie de Buffon, l’établissement avait coûté des sommes considérables en acquisitions, en constructions. Le temps des réformes approchait,
INTRODUCTION HISTORIQUE, et l’économie allait devenir nécessaire ici comme ailleurs. Il fallait en outre songer à détourner la foudre populaire de cet asile de la science : le Jardin du Roi aurait pu recevoir le contre-coup du Parc aux Cerfs. Aussi, dans le cours de \ 790, l’établissement fut-il l’objet d'un rapport à l’assemblée constituante. Lebrun, rapporteur, commença prudemment son travail par la considération suivante : Le Jardin du Loi doit être sous l’ administration immédiate du roi ; mais la nation ne peut le voir sans intérêt, et c’est sur le trésor public que la dépense doit être effectuée. — La dépense était alors d’environ cent mille livres. — Lebrun proposa de la régler par un décret en sept articles. Mais finalement, on voulut bien s’en rapporter à MM. les officiers du roi, c’est-à-dire au personnel lui-même, pour l’organisation de l’établissement sur le papier. — Ils s’en occupèrent sans néglige]1 pour cela leurs élèves. L’orage politique avait beau gronder près de là, dans le faubourg Saint-Antoine, les doctes professeurs travaillaient toujours, redoublaient de zèle (c’était leur courage, à eux), et s’efforçaient d’attirer à la science les hommes que la révolution attendait.
Tandis que le sol tremblait sous les efforts de la passion nationale, tandis que s’apprêtait un puissant appel à l’audace, à l’audace, et encore à l’audace, un nom calme et doux, un nom d’une sérénité délicieuse, fut prononcé : un homme d’une timidité, d’une mélancolie extrême, Bernardin de Saint-Pierre, parut à la tête du Jardin des Plantes; — nous n’osons déjà plus dire le Jardin du Roi. — 11 nous semble qu’au milieu du choc des partis et du déchaînement de la colère publique, le père de Paul et Virginie rappelait noblement l’inviolabilité de la science, et devait faire comprendre aux plus exaltés que l’étude est aussi un patriotisme. — Le nouvel intendant prit part, à sa manière, au mouvement de l’époque et s’occupa d’économies. De sages réductions rendirent possibles les dépenses nécessaires,
I N T RODU C T ION H1 ST O R I Q RE. et la pénurie du moment n’empêcha pas la construction de la serre qui porte encore aujourd’hui le nom de Bernardin de Saint-Pierre.
Cependant tout l’édifice monarchique croulait ; les hommes fuyaient ou mouraient; les choses se transformaient. Le Jardin du Roi devint, par un décret de la convention, en date du 25 juin 4 795, le Muséum d’histoire naturelle { . 11 était temps : l’institution royale de l’établissement, la nomination royale de MM. les intendants, l’appellation royale du jardin, attiraient déjà sur l’ensemble la terrible et inexorable réaction démocratique. Heureusement la vertu des plantes médicinales désarma d’énergiques destructeurs qui voulaient se réserver un pansement pour leurs blessures, une herbe salutaire pour chacune de leurs plaies, souvent bien larges ! La chimie, d’un autre côté, fit valoir ses droits à la bienveillance des vainqueurs; la chimie se retrancha derrière la poudre à canon. Ces bienfaits, ces droits touchèrent, et le décret du 25 juin 4 795 fit le reste.
Quand elle ne brûlait pas le sol, la convention le fécondait. Cette assemblée institua au Muséum douze cours, de minéralogie, de chimie générale, des arts chimiques, de botanique dans la campagne, de culture, de zoologie, d’anatomie humaine, d’anatomie des animaux, de géologie, d’iconographie naturelle. Enfin, la convention décréta la bibliothèque, dont on fit l’ouverture au public le 7 septembre 1794.
Nous vous devons maintenant quelques détails sur l’origine de la Ménagerie.
' Le Muséum d’histoire naturelle, d’après les lois des 21 frimaire an m et 17 prairial an iv, dut occuper tout l’espace compris entre la rue Poliyeau, en y comprenant la rivière de Bièvre, le quai Saint-Bernard et la rue de Buffon ; — on comptait y réunir l’enseignement des sciences physiques et naturelles , les écoles d’agriculture et les pépinières. Ce projet, modifié par la loi du 19 brumaire an vi , fut repris sous le gouvernement impérial , et constamment suivi jusqu’à ce jour.
INTRODUCTION HISTORIQUE xj
L idee d’établir une Ménagerie en France était venue à une Académie, et naturellement à celle des Sciences. — Elle en lit la proposition à Louis XIV, qui l’agréa. Louis XIV voulut enrichir le parc de Versailles de tout ce qu’il y avait de [dus beau dans le règne animal, et bientôt les espèces les plus curieuses furent réunies sous ses yeux. La Ménagerie, dit Saint- Simon, de l’autre côté de la croisée du canal de Versailles, toute de riens exquis, est garnie de toutes sortes d’espèces de bêtes, à deux et quatre pieds, les plus rares. — La Ménagerie de Versailles alla toujours recrutant de nouveaux hôtes pendant les règnes de Louis XV et de Louis XVI. — Vint la révolution. — Les faubourgs de Paris, après avoir envahi le palais et ses dépendances, oublièrent, en se retirant, de laisser un peu de nourriture aux animaux du parc, dont la plupart moururent de l’une des morts de ce temps-là, — défailli. Heureusement Buffon et Daubenton avaient pourvu d’avance à l’immortalité des malheureuses bêtes, par la description exacte qu’ils en avaient donnée dans leur Histoire naturelle.
Bernardin de Saint-Pierre sauva la vie à ceux des animaux qui surent attendre. — Vous vous imaginez qu’il leur fournit de quoi tromper leur faim; — quelques os, en attendant mieux ? — Non, — il fit un mémoire. —Vous trouvez que c’est bien peu pour nourrir des carnivores de la grande espèce. — Eh bien \ en 4 792, cela suffit. — L’année était dure, comme vous savez, et l’on parlait de réduire ce qui restait des animaux de Versailles à leur plus simple expression, en d’autres termes, on proposait de les transformer en autant de squelettes articulés avec des fils de fer. Bernardin de Saint-Pierre, alors intendant du Muséum <l’ histoire naturelle, fut choisi pour exécuteur de ces hautes œuvres, — il se récusa : puis il entreprit de démontrer, dans un mémoire, l’utilité des animaux vivants pour l’étude de la zoologie; — il compara ingénieusement les ossuaires, les
xi j INTRODUCTION HISTORIQUE,
squelettes, aux herbiers; il lit comprendre qu’il y avait fort loin d’une peau bourrée de foin ou remplie de plâtre, à l’animal agité par des nerfs, se mouvant par des muscles, obéissant à l’instinct; il fit espérer que plusieurs animaux, aujourd’hui sauvages, pourraient devenir utiles plus tard. — Belle promesse, tout à fait sincère de la part de l’intendant, mais qui devait, comme toutes celles qu’on fait trop vite et sous le coup des événements, n’avoir qu’un commencement d’exécution.
M. de Saint-Pierre avait apparemment la main heureuse; il gagna la cause des bêtes, et il y eut, dès 1794, une ménagerie au Muséum d’histoire naturelle.
L’établissement n’était pas préparé pour recevoir ces hôtes; il s’excusa sur l’imprévu et pria les uns d’entrer dans de vieilles écuries; il invita les autres à rester dans les bosquets qui bordaient, à cette époque, la rue de Buffon; il offrit à quelquesuns des cabanes provisoires.
Si les nouveaux pensionnaires se plaignirent, ce fut tout bas, car bientôt les animaux se rendirent de toutes parts au Jardin des Plantes. 11 en vint du Raincy, il en arriva de toutes les foires de village. Les amateurs d’animaux plus ou moins rares cherchaient à se défaire de leurs intéressants élèves au profit de l’État, ou plutôt aux dépens de son budget. — Certains hommes, qui ne manquent jamais l’occasion de faire un sacrifice intéressé à leur pays, essayèrent sans doute d’élever leur chat à l’importance et à la dignité d’un léopard, et d’en obtenir un bon prix.
Le Muséum se montra, envers ses nouveaux hôtes, d’une politesse exquise. On mit à leur service jusqu’à des peintres ordinaires et extraordinaires : MM. Maréchal, Redouté l’ainé. Redouté jeune, le peintre de roses; au même moment, M. Thibeaudeau s’occupait de fixer l’organisation légale et définitive
de l’établissement, et faisait adopter par la convention tontes les conclusions de son rapport. L’administration du Muséum pouvait donc offrir, pour le présent, asile et sécurité aux animaux, lorsque la commune de Paris, dans l’intérêt de la circulation et de la sécurité publique, fit une réquisition générale de tous les ours, loups, renards, marmottes, oiseaux, etc., qui couraient les rues, et donnaient spectacle sur les places, les marchés de la ville et de la banlieue; la commune interdit les ménageries ambulantes, et confisqua leur personnel au profit du Muséum! Intéressante population! Dieu sait la quantité de bêtes instruites, d’ânes perfectionnés, qui servaient alors à charmer les loisirs du peuple français. — Nous vous raconterons tout à l’heure, en nous promenant dans la Vallée Suisse, quelques épisodes de cette époque animale révolutionnaire.
Un peu plus tard, d’autres richesses arrivaient de gré ou de force au Jardin. Le cabinet du Stathouder prenait la route de Paris, précédé de deux éléphants, mâle et femelle, l’honneur de la ménagerie hollandaise. Les pauvres bêtes avaient assez mal choisi leur jour. Le gouvernement français, malgré sa sympathie incontestable, ne pouvait pas faire grand’chose pour elles. C’était en 1798, et la détresse de nos finances se faisait vivement sentir au Muséum. La guerre absorbait tout, et les animaux eurent leur disette. Les choses en vinrent là, que le surveillant de la ménagerie reçut, suivant Deleuze, l’autorisation de faire tuer les animaux les moins utiles (lisez les moins curieux) pour fournir à la nourriture des autres. L’hyène vécut un jour de gazelle, et le chacal mangea un faisan. Voilà comment se touchent parfois dans la vie l’abondance et la misère, le luxe et l’indigence !
. Enfin les administrations publiques allaient prendre une
face nouvelle. Nous passions sous le Consulat. Tout commençait à respirer un peu. On ouvrit les caisses qui encombraient les ma-
Xl\
INTRODUCTION HISTORIQUE, gasins de l’établissement. On en tira les végétaux, les minéraux, tous les objets précédemment expédiés et restés enfouis. Les administrateurs pouvaient contempler avec orgueil les résultats tle leurs constants efforts, et espérer la tranquillité dans le travail, cette récompense des savants, lorsqu’un frère du Premier Consul, Lucien, Ministre de l’intérieur, imagina de centraliser l’administration du Muséum, tout comme celle de la salubrité publique et de la police du royaume, et d’inaugurer la dictature d’un directeur général, nommé par le ministre, et correspondant seul avec le pouvoir. On reléguait ainsi les administrateurs d’alors, ceux qui avaient tant organisé, tant combattu, et tout sauvé, dans l’enseignement pur et simple des sciences, dont le ministre et son directeur général auraient probablement encore arrêté le programme.
Les professeurs réclamèrent en faveur de leur république ; le moment n’était guère bon. Cependant ils mirent en opposition les désordres de l’ancien régime avec la sagesse et la bonne direction du nouveau, et invoquèrent la dignité du professorat, qui ne pouvait plus souffrir le retour d’un Chirac.
Ce nom et cet incident font naitre en nous un souvenir auquel nos lecteurs nous sauront gré de ne pas résister : c’est du Saint-Simon que nous voulons reproduire. Si les administrateurs du Muséum avaient pu, à l’époque dont il s’agit, faire au pouvoir la citation qui va suivre, ils auraient sans doute eu raison plus vite des velléités du Ministre. Malheureusement les véritables Mémoires du noble écrivain 11e parurent qu’en
Nous citons.
« Poirier (premier médecin, qui venait de mourir) n’avait pas eu le temps,, depuis la mort de Fagon, de prendre la direction du Jardin des simples. Je fus surpris que Chirac vint un matin chez moi, car je ne crois pas que jusqu’alors je lui
INTRODUCTION HISTORIQUE. xv
eusse parlé, ni presque rencontré. Ce fut pour me prier de lui faire donner cette direction. 11 me dit qu’avec le bien qu’il avait, et, en effet, il était extrêmement riche, ce n’était pas pour augmenter son revenu, mais, au contraire, pour y mettre du sien. Il me peignit si bien l’extrême abandon de l’entretien de tant de plantes curieuses et rares, et de tant de choses utiles à la médecine, qu’on devait avoir soin d’y démontrer et d’y composer, qu’un premier médecin, tout occupé de la cour (Dodart venait d’être nommé premier médecin du jeune roi Louis XY), ne pourrait maintenir dans la règle, encore moins les séparer, au point où il était tombé, qu’il me persuada que l’utilité publique demandait qu’un autre en fût chargé. Il ajouta que, par devoir et par goût, il prendrait tout le soin nécessaire au rétablissement, à l’entretien et au bon ordre d’un lieu qui, tenu comme il le devait être, honorait la capitale, et instruisait médecins, savants et curieux; qu’il serait plus à portée que nul autre d’y faire venir de toutes parts, et élever les plantes les plus intéressantes et les plus rares, parles ordres de M. le duc d’Orléans, tant de choses, enfin, que je lui demandai seulement pourquoi, ayant la confiance de son maître, il ne s’adressait pas directement à lui. Il me satisfit là-dessus, car il avait beaucoup de langage, d’éloquence, de ton, d’art et de finesse. C’était le plus savant médecin de son temps, en théorie et en pratique, et, de l’aveu de tous ses confrères, et de ceux de la première réputation, leur maître à tous, devant qui ils étaient tous en respect comme des écoliers, et lui, avec eux, en pleine autorité comme un autre Esculape. C’est ce que personne n’ignorait; mais ce que je ne sus que depuis, et ce que l’expérience m’apprit aussi dans la suite, c’est que l’avarice le rongeait en nageant dans les biens, que l’honneur, la probité, peut-être la religion, lui étaient inconnus, et que son audace
XN, INTRODUCTION HISTORIQUE.
élait à l’épreuve de tout. Il sentit que son maître, le régent, le connaissait, et il voulait s’appuyer auprès de lui de qui . ne le connaissait pas, pour emporter ce qu’il désirait, et ce qu’il n’osait espérer de soi-même. J’en parlai deux jours après à M. le duc d’Orléans, qui l’accorda après quelque résistance. Oncques depuis n’ai-je ouï parler de Chirac; mais ce qu’il fit de pis, c’est qu’il ne mit rien au Jardin des simples, n’y entretint quoi que ce soit, en tira pour lui la quintessence, le dévasta, et, en mourant, le laissa en friche; en sorte qu’il fallut le refaire et le rétablir comme en entier. »
Mais nous en étions restés au consulat et aux réclamations des professeurs. — Le pouvoir, qui visait droit à l’empire, allait passer outre, lorsque Chaptal devint ministre de l’intérieur par intérim. Chaptal plaida la cause de la science auprès du Premier Consul, membre de l’Institut, et la gagna. Aujourd’hui, l’administration du Muséum, pour employer en quelque sorte la couleur locale, représente une admirable fourmilière où chaque individu travaille au dedans et au dehors, en vue de F ensemble, et s’en va, courant, butinant, tournant les obstacles, bravant les dangers, et composant à la fin un monument magnifique. Qu’on nous permette d’employer encore une image prise dans les entrailles du sujet, et nous dirons que l’administration du Muséum forme une famille naturelle, dont toutes les espèces sont utiles, et toutes les variétés bienfaisantes.
Tandis que le Muséum, reprenant son essor, un instant comprimé, croissait en étendue, en serres, en galeries et en parterres, Fourcroy concevait l’idée, dressait le plan d’une histoire générale du Muséum : c’était fonder les annales de la science. 11 invita ses collègues à publier, chacun dans sa spécialité, les observations qu’il avait faites, les résultats qu’il avait obtenus. Cette publication parut par cahiers de dix feuilles
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in-4°, de mois en mois. Les meilleurs artistes du temps se chargèrent d’illustrer les Annales du Muséum, qui changèrent de titre au vingtième volume, et s’appelèrent Mémoires.
Désormais nous ne pouvons plus vous signaler les accroissements successifs de l’établissement1. Figurez-vous la marée montante, envahissant à chaque seconde une nouvelle portion de terrain. — Voici, d’ailleurs, un tableau officiel des richesses et des besoins du Muséum en 4 855 . C’est un point de comparaison que nous voulons fixer, et auquel on pourra rapporter les chiffres que nous donnons ailleurs dans le courant de cet ouvrage.
Mammifères ( mammalogie ) . — 6 salles, dont l’une compre-
’ Le plan dont nous ayons parlé dans une note précédente avait fait dépense] H, 880, -100 francs; mais cette somme, répartie sur vingt-cinq années, n’avait produit que des améliorations peu sensibles, et s’était trouvée entièrement absorbée par des travaux de réparations. En 4 850, on prit une résolution sérieuse à l’égard de l’établissement, et nous lisons dans une pièce officielle :
« Le gouvernement et les chambres ont jugé que l’importance d’un établissement aussi précieux que le Muséum ne permettait pas de différer plus longtemps l’achèvement des travaux. Une somme de 2,400,000 fr. a été allouée par la loi du 27 juin, et 4 50,000 fr. ont de plus été portés au budget de 4 850. Ce crédit comprenait les sommes nécessaires pour établir une galerie de minéralogie et de géologie, des serres chaudes, un bâtiment pour les singes, des réservoirs et conduits d’eau, des fabriques destinées aux animaux paisibles; pour réparer ou disposer plus convenablement d’anciens bâtiments, enfin, pour acquérir tous les terrains placés à l’angle du quai Saint-Bernard et de la rue de Seine; acquisition qui eut lieu en 1854. Dans le courant de 1855, on s’est occupé surtout de travaux de réparations et d’améliorations des anciens bâtiments... On a jeté les fondations de la galerie de minéralogie et de géologie. Ce dernier travail présentait de grandes difficultés, à cause de la nature du terrain, qui se trouvait sillonné, dans plusieurs parties, par d’anciennes carrières abandonnées. Cependant il a été exécuté avec autant de simplicité que d’économie, à l’aide d’un béton composé de chaux hydraulique et de matières siliceuses.
Dans le cours de 4 854, toutes les grosses constructions de la galerie de minéralogie ont été exécutées. La couverture en 7.iue avait été préparée dans les ateliers, et quelques jouis ont suffi pour la mettre en place.
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liait à elle seule 40 portes d'armoires; une autre, 42; une troisième, 48.
Oiseaux (ornithologie). — 00 armoires à 2, 5 ou 4 portes (5 armoires seulement à 2 portes, renfermant à elles seules jusqu’à 4,497 oiseaux).
Les collections de nids et d’œufs avaient besoin d’être complétées, et l’on demandait pour cela une allocation de 500 fr., continuée pendant trois ou quatre ans.
Reptiles. — La collection se composait de 1,180 espèces, et de 2,950 individus.
Poissons. — La collection se composait de 4,700 espèces, et de 4 8,400 individus.
La collection des insectes et des crustacés possédait 7,04 9 espèces, et 25,000 individus. C’était de la pauvreté. La classe seule des insectes, en effet, renferme plus de 50,000 espèces décrites, et le même nombre encore, qui n’a pas reçu de noms. — L’administration sollicitait une allocation de 4,000 fr. par année, pour achats d’objets nouveaux, que le commerce et les voyageurs fournissaient d’ailleurs en abondance. — Les insectes sont nombreux, mais ils tiennent peu de place, et il y a beaucoup d’amateurs pourvoyeurs.
Moll usq ues-zooph y tes (animaux-plantes). — 4,250 espèces, 5,000 individus.
La collection de minéralogie du Muséum se composait, en 4 855, époque constante de nos comparaisons, de 7,286 échantillons numérotés et enregistrés.
Jusque vers ces dernières années, les armoires du Muséum n’avaient renfermé que des objets naturels, c’est-à-dire à l’état où ils se rencontrent dans la nature. Sur les cinquante-quatre ou cinquante-cinq corps simples aujourd’hui reconnus en chimie, le Muséum n’en contenait qu’une dizaine, sous le prétexte que les autres étaient des produits de l’art. La commission
INTRODUCTION HISTORIQUE, chargée, il y a cinq ou six ans, d’exposer au gouvernement les besoins du Muséum, lit observer « que les corps simples ou composés obtenus par le chimiste sont le résultat des mêmes forces que la nature emploie dans son vaste laboratoire, et que le chimiste, à son fourneau, ne fait autre chose que réunir les circonstances favorables à Faction de ces forces, pour la production de composés nouveaux. » Une collection des produits de Fart fut présentée comme complément nécessaire de celle des produits de la nature. Cette collection existe .
Bibliothèque. — En 4855, le nombre des volumes, ayant tous rapport aux diverses branches de l’histoire naturelle enseignées dans l’établissement, était de 4 5,000, non compris les brochures renfermées dans des cartons.
Deleuze, après avoir écrit un volume sur l’histoire du Muséum, a demandé pardon à ses lecteurs de ne leur offrir qu’une notice aussi abrégée! — Deleuze, après avoir raconté, dans un second volume de 800 pages, et sous différents titres, toutes les merveilles d’un lieu qu’il appelait un séjour de paix pour l’âme et de ravissement pour l’esprit , a donné ce conseil aux savants, aux curieux, aux étrangers, à tout le monde :
« Lisez les Mémoires de M. de Jussieu, insérés dans les Annales du Muséum, tomes 1, II, 111, IV, VI et XI1, et Y Histoire du Muséum, donnée en allemand par Fischer. » Quelles excuses et quels conseils pourrions-nous donc vous donner, à notre tour?
Près d’atteindre la fin de ce premier travail, nous serions
Ces Mémoires 11e vont que jusqu’à la mort de Rulïon, en I78S.
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tentés de le recommencer pour l'agrandir, — de peindre les détails après les grands traits, - de décrire le progrès de chaque heure après avoir indiqué le mouvement de chaque époque. — Mais une pensée nous en dissuade et nous console. Nous pourrons, dans notre voyage a travers les nombreux établissements dont le Muséum d’histoire naturelle se compose, reprendre en sous-œuvre ou compléter certaines parties. — Nous ne nous dissimulons pas d'ailleurs qu'un livre, pour rester au courant des richesses du Muséum, devrait avoir chaque jour une édition nouvelle. — Là, en ellet, la richesse de la veille n'est que pauvreté par rapport à la richesse du lendemain — Le Muséum, enfin, est soumis à la condition des végétaux, et pour lui comme pour eux :
Vivre, cest croître.
On s'imaginerait qu il doit coûter à 1 État des sommes immenses, cet établissement aux divisions infinies, aux ramifications innombrables. — Eh bien, consultez son budget officiel :
BUDGET DE \ 841 . — MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE Ch. XIV. Muséum d’histoire naturelle.
g ] . Personnel .
Traitement de quinze professeurs, a 5,000 fr .
— d’un bibliothécaire, à .
— de deux maîtres de dessin, a 2,000 fr. , . . .
— de quatorze aides naturalistes, de \ ,500 a 2, /00 .
— de dix-huit préparateurs, de 750 a \ ,000. de soixante-quatorze employés et gens de service,
de 800 a 5,000 .
G ratifications aux employés ayant moins de \ ,800 fr. , . . .
Traitement de huit voyageurs naturalistes .
75,000 fr.
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8 2. Matériel.
Galeries . 97,200
Jardin . 41,900
Ménagerie . 47,000
Ateliers et entretien . 26,800
Chauffage, éclairage, frais divers . 18,600
Moins de 500,000 francs! — On paye plus cher des services moins importants : n’oubliez pas que le Muséum esta la fois « un jardin botanique pourvu de vastes serres, une pépinière générale, une ménagerie, une bibliothèque , un immense musée, une école scientifique supérieure établie sur le plus large système, un centre de distribution et de correspondance pour les nombreux établissements scientifiques des départements.
Nous vous prions de considérer que la somme dont nous venons de produire les détails est allouée au Muséum depuis quelques années seulement, et pour faire face aux besoins de tout genre créés par l’extension des serres, des galeries et des jardins. — Le crédit n’était que de 564,000 fr. en \ 854 ; en 1855, il fut porté a 425,000 fr. Il est aujourd’hui de 480,450 fr.
Nous publions ces chiffres avec un certain orgueil ; ils prouvent que le zèle, le dévouement à une œuvre ont bien aussi leur puissance; même à une époque où il est de principe que l’argent fait tout, et où l’on déploie de si grands moyens pour obtenir des résultats infimes.
Toutefois, nous savons bien que les choses ne se sont pas toujours passées d’une manière irréprochable au Jardin des Herbes. Il est une anecdote racontée par Lemontey, qui prouve
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que les employés ont pu abuser jadis du logement qu on leur accorde dans l’établissement1.
« Un jour Colbert, raconte Lemontey, se transporte au Jardin du Roi, et reconnaît que le terrain destiné aux cultures botaniques a été planté de vignes à l’usage des administrateurs de l’établissement. Sa colère éclate contre un abus si effronté : il ordonne que la vigne soit à l’instant détruite, et, se faisant apporter une pioche, il en commence lui-même 1 arrachement avec une véhémence toute patriotique. Un botaniste anglais, appelé Salisbury, fut si charmé de cet acte de vigueur, qu’il en consigna le récit dans le second volume de son Paradisus londinensis, et que, pour acquitter la dette de la science, il nomma colbertia l’une des plantes de son catalogue. »
Aujourd’hui, la souveraineté des plantes rares au Muséum serait reconnue par la république elle-même. — Le solanum tuberosum démocratique ne se prêterait plus, comme en J 795, a de brutales substitutions. — Aux plus belles, aux plus rares, les plates-bandes du Jardin du Roi; à la vigne, les coteaux de la Bourgogne ; à la pomme de terre, la plaine des Vertus : chacun chez soi, et Dieu pour tous.
11 nous faut arrêter là. — Et pourtant que de faits glorieux nous aurions à vous raconter, s’il nous était possible d’accompagner de quelques détails seulement les noms des Maugé, des Levilain, des Macé, des Lechesnault, des Chapelier, des Duvaucel, des Ledru, desLamarck, desRiedlé, des Jacquemont ! — Ils sont morts ces hommes, morts loin de la France pour maintenir
' Les professeurs ont le logement comme chefs de l’administration, comme conservateurs des collections qui sont dans les attributions particulières de chacun d’eux, et d après la loi formellement établie par l'article 2 du décret organique du Muséum, en date du 21 septembre 1795, règlement dressé en vertu de la loi qui a fondé le Muséum, loi rendue en 24 articles, le 10 juin 1795.
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le renom scientifique de leur pays au-dessus de toute entreprise : mais la tradition de leur courage et de leur dévouement vit et se perpétue au Muséum. — Là, on trouverait encore des hommes pour recommencer cette célèbre expédition aux terres australes, qui ne pourrait être racontée dignement que par le premier des poètes et le premier des naturalistes. — Nous sommes loin maintenant de ces hardies tentatives; — nous nous contentons de charger les médecins et les pharmaciens de faire de l’histoire naturelle pendant les voyages de circumnavigation. — Ils sont savants, ils sont zélés, ces hommes; mais ils ont déjà une mission bien grave à remplir : celle d’assurer, de maintenir la santé de tout un équipage. — Ils ont d’autres devoirs, une responsabilité. — Les longues absences leur sont interdites ; — les médecins et les pharmaciens ne peuvent donc visiter que les rivages des contrées où aborde le navire... rivages toujours connus par des productions toujours les mêmes.
Lorsque les temps reviendront aux grandes conquêtes pacifiques de la science, le Muséum s’ouvrira comme une pépinière d’explorateurs intrépides prêts à donner leur dernier souffle tant que la science n’aura pas donné son dernier mot. En attendant, il progresse, il se développe, il s’agrandit sous la main féconde d’hommes infatigables, et qui, dans leur courage et dans leur modestie tout à la fois, ont pris pour devise ces mots de Sénèque :
Multum fecerunt qui ante nos fuerunt , sed non peregerunt : multum ad hue restât operis, multumque restabit; nec ul U nato post mille secula prœcludetur occasio aliquid adjiciendi.
(Senec., epist. lxiv.)
« On a beaucoup fait avant nous, mais on n’a pas tout fait.
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« 11 reste beaucoup à faire aujourd’hui et à jamais. Tous ceux « qui naîtront dans cent mille ans trouveront encore l’occa- « sion d’ajouter à l’œuvre des siècles. »
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