LEGENDE
38 Zébus.
3(/ dlpara, cerfs malabar.
4» Cbuaooas et ffemiones.
4' Kiosi/tte du. y rond habyruithe 4% Tombeau, de Paubenton .
43 Cèdre du Liban .
44 Petit Labyrinthe.
43 Courbes et semis.
48 Ecoles de ùotoniytic .
47 barres Cboptal.
48 Pépinière..
4q Carrés creuse-.
âo Carrés du /leuriste-
lu Carrés des plan/es i/iédicisuiles .
âz Carres des plantes économiques .
53 J en iis de la pépinière,.
54 Carrés des arbres verts .
55 Carrés d'automne-,
48 Cariés du printemps .
5j Carrés îles plantes ayaatiyues .
58 Carrés d'arbres /rude/ s .
5y Ejcpés iences physioloyiyaes- 60 Education des insectes.
Ch la/ë.
8a Z ietuc d aisance JL.
ri/ri///
■ A A/ //ri, j.
Porte principale, en J a ce duPortf dZ/uster lits . Porte rue du . Cardin du Foi.
Porte /dure de la pitié .
Porte rue Cuvier.
Porte quoi tfr Per/uird .
Porte rue de Bu//on près le chemin de /èr. Bureau et Jade d 'administration .
Ci a ml amphithéâtre.
Calories et ampbitbéâ/re deçédoyie et de miner A Ca/e/'ies de botaniyue.
BibliotCièifue
Galeries d'histoire naturelle Galeries et ampli t/biyi/re d 'anatomie -.
.ferres courbes et /mvé/lons.
Serres Buf/on , Baudin et Philibert .
J erres frmperres
.l'erres des tlrchidées et semis.
Itérer voir s .
dteliers et 1 omises.
Loyemens de VJC les p/v/èsseurs, administrateurs et. des employés.
Corps de farde.
22 Cwto/ide de l Z/épaant et de la Crin/
23 Faisanderie,.
24 Sinaerie.
ab Fauconnerie .
26 daim ans / è/vees .
2J Peptiles.
27*’1 Fossés des- durs.
28 Cer/s communs.
24 Pennes.
3 o yiauw et Cèr/s cochons.
3 j Cèr/s de Fi/y 1 nie et Nil- y au. 3i6uKob.
3a Moulons dd/nyssinie
33 da ns, oiseans ayuatûyues .
34 Mou//lons et Chamois.
3b dutnudies et Càsoars.
38 Vâ.iié/és de Cèr/s.
3 y Moutons ddstraean .
farte d’dti.Ger/t/z-
Viijnrnf/r sr
ASPECT GENERAL DU JARDIN
Si vous voulez , nous allons faire un grand voyage , en nous promenant ; — il exige peu de préparatifs; seulement n’oubliez pas votre ombrelle, et partons. — Vous aurez , chemin faisant , et selon vos caprices , de la fraîcheur ou du soleil; nous prendrons un chemin bordé de beaux arbres, nous remonterons le cours d’une rivière , ou nous suivrons des quais; — à l’arrivée , vous pourrez choisir entre tous les êtres de la création , dans tous les genres, dans toutes les espèces, dans toutes les familles naturelles ou non , la société qui vous plaira davantage. — Si les hommes vous ennuient , s’ils vous paraissent fades , vous ne verrez que des bêtes féroces ; s’ils vous semblent trop méchants , au contraire , vous ne rencontrerez que des biches , des gazelles , et les plus aimables oiseaux du monde. — Si ,
enfin , vous préférez une simple tige au plus bel animal , si vous vous intéressez plus à la sève qu’à la vie, suivez-nous toujours; nous nous perdrons au milieu des fleurs; — venez au Jardin des Plantes.
Vous hésitez , vous avez peur que nous ne vous prenions pour des enfants! — Les grandes personnes n’ont pas, en effet, l’habitude de se promener pour leur plaisir, et le Jardin des plantes est un lieu si peu monotone ! — Et puis , n’est-ce pas un préjugé de croire qu’il faille visiter l’établissement qu’on veut connaître ? — La plupart des habitants de Paris se contentent bien d’apercevoir de leur fenêtre le dôme , la flèche de beaucoup de monuments dont on leur a dit les noms , et dont ils ont vu par les yeux des autres les merveilles intérieures. — 11 leur suffit de découvrir, dans le lointain , les plus hautes branches de certains arbres pour ne pas douter que le jardin existe. — En deux mots , ils croient... , mais ils laissent les provinciaux aller voir. — Eli bien , nous pouvons lever vos scrupules , et tout concilier. — Quelle personne assez malheureuse n’a pas autour d’elle un enfant qu’elle aime , un enfant qui réjouit son cœur, rajeunit son imagination : cet enfant , nous l’emmènerons avec nous ; il sera votre prétexte , votre excuse ; — chaque fois que vous serez tentée de rougir du plaisir que vous vous donnez , vous l’embrasserez , car c’est toujours par un baiser que nous punissons les enfants des sacrifices qu'ils nous imposent.
— On aura beau ouvrir des portes nouvelles à tous les angles du Jardin des Plantes, il y a une routine, assez semblable à la reconnaissance, plus attrayante que la facilité même , qui vous fera toujours choisir la porte d’Austerlitz.
Nous l’appelons ainsi , parce qu’elle fait face au pont de ce nom; — elle n’est pourtant pas la plus ancienne; — la première entrée du jardin se trouvait à l’opposé , et présentait celte inscription : Jardin des herbes médicinales. — Cela était simple , cela promettait fraîcheur et santé aux passants. Mais les passants n’entraient pas. 11 fallait , pour les attirer, que la fondation de Louis XIII et de ses médecins devînt ce qu’elle est aujourd’hui , c’est-àdire un Jardin du Roi , une Ménagerie du Roi , un Cabinet du Roi. — Malgré ces appellations royales, malgré son titre plus scientifique de Muséum d’histoire naturelle, que lui donna la Révolution, l’établissement qui nous occupe n’a pas cessé d’être le Jardin des Plantes, modeste variante du modeste Jardin des herbes médicinales ; — ne dirait-on pas que les hommes , par
ASPECT DU JARDIN
uu bon sens et une logique irrésistibles, ont besoin de désigner plus simplement ce qui a plus particulièrement trait à la nature ?
Lorsque vous entrez dans le Jardin des Plantes par la porte d’Austerlitz , vous prenez, dès l’abord, une idée plus ample, plus complète du lieu que vous visitez. — En effet, laissant derrière vous la Seine, qui est large, presque écumeuse à cet endroit-là, et dont la navigation présente un caractère plus sérieux , une allure moins paresseuse que dans les autres bassins de son cours à travers la ville , vous avez en face de vous deux monuments étagés l’un au-dessus de l’autre, et bien intéressants, tous deux à des titres divers : le Cabinet d’histoire naturelle, et les mansardes de l’hôpital de la Pitié . — Votre imagination établit tout de suite je ne sais quelle relation vague et mélancolique entre ces objets morts et vivants , de curiosité et d’observations. — Vous avez à votre gauche une allée magnifique ; à votre droite , un massif épais , une forêt vaste , sombre , d’où partent des rugissements et des éclats de rire , d’où s’élèvent des chants d’oiseaux et une rumeur confuse de voix humaines. — Sous vos pas , d’innombrables carrés de plantes avec d’innombrable? étiquettes vertes et noires.
Tout est donc sollicité en vous : l’attention , la curiosité , la méditation , les souvenirs. — Les souvenirs, car il est peu d’entre nous qui n’aient visité déjà le Jardin des Plantes — autrefois — tout enfant ou écolier ; — on se rappelle enfin... pour trouver toute chose bien changée. Oui, tout a bien changé, en effet , mais tout est vert, tout fleurit encore; il semble que rien n’a dû mourir. Impression délicieuse et rare qui vous transporte au paradis terrestre. Hélas! hélas! il vous en faudra revenir, si vous abaissez seulement les yeux sur les pelouses qui bordent la première allée ouverte devant vous; voyez ce que porte l’étiquette sortant d’une touffe de feuilles, d’uu bouquet de fleurs; vous lirez ici Joubarbe, là Renoncule âcre, plus loin Absinthe, ailleurs Angelica archangelica. Voilà du moins un nom aimable — il ne rappelle pas trop les indispositions, les infirmités des hommes, ni la tisane, leur tiède consolatrice. — Attendez, lisez mieux, voyez la traduction : Angélique officinale, angélique des boutiques. Eh quoi! archangelica voudrait dire officinale ou des boutiques? Oui. — Ce n’est pas le dictionnaire aride, c’est la science qui traduit ainsi. O science! que fais-tu donc de la poésie !
Tout près de là, un nom gracieux s’offre encore à notre vue : — IRIS. Celui-là, du moins, n’est flétri d’aucune épithète. Mais en face nous découvrons Yhellébore, et nous pensons à I’hellébore noir, si célèbre dans l’antiquité pour la guérison des fous ; — pauvre plante vivace , tu n’as pas tant de gloire , tu n’es bonne à rien , tu ne guéris personne ! — Nous allions la calomnier : elle tue.
Mais que faisons-nous au milieu des émollients, des antidotes, des médicaments succédanés ? Craignons de troubler, nous profanes , les études des élèves en pharmacie, en médecine ; — les étudiants sont les papillons ordinaires de cette partie du Jardin ; ils viennent là demander à chaque tige, à chaque feuille, à chaque fleur, son suc, son baume ou son poison; — ils viennent cueillir l’amertume et l’âcreté , comme les abeilles le miel.
On pourrait appeler cette partie du Jardin le champ du pauvre. — Rien n’en défend l’entrée : seulement , quelques pièces de bois grossier et quelques perches , dérobées , ce semble , au maigre fagot d’un bûcheron , en marquent la limite; — il se fait là une distribution gratuite d’herbes médicinales aux malheureux. Approchez donc, vous tous que la maladie a visités en même temps que la misère ; — prenez cela , c’est votre bien ; — si vous ne pouvez pas venir vous-mêmes, envoyez vos petits enfants; ce qu’ils auront touché de leurs mains innocentes , ce qu’ils auront mouillé de leurs
ASPECT DU JARDIN
larmes recevra une vertu nouvelle ; l’herbe sur laquelle ils auront prié vous guérira.
L’idée de distribuer gratis aux pauvres les médicaments qu’ils ne pourraient jamais payer chez l’herboriste est belle , et doit attirer la bienveillance du Créateur sur les autres cultures tentées à grands frais par la curiosité scientifique.
Les carrés que nous venons de parcourir sont particulièrement chers au pharmacologiste ou à l’homme qui s’occupe des médicaments ; — il y apprend à distinguer la physionomie, les caractères des plantes, pour extraire plus tard de leur parenchyme ou substance propre les résines , les gommes , les huiles, les sucs aqueux. — On obtient, vous ne l’ignorez pas , ces différentes matières, — les unes, au moyen d’incisions pratiquées au tronc, à la racine ou au collet des végétaux qui les contiennent ; — les autres, par Y expression, opération pharmaceutique consistant à soumettre à la pression d’une force mécanique le végétal dont on veut obtenir le suc.
Contemplez une à une ces plantes d’aspect si divers , de senteur si différente , et puis pensez que chacune d’elles a guéri d’une manière infaillible , dans son temps, toutes les maladies. Oui , elles ont régné , — chacune à son tour; — elles ont eu leurs fanatiques , leurs charlatans , leurs victimes , et pour que rien ne leur manquât , leur ostracisme ; — on les a tour à tour implorées et bannies. Demandez aux feuilles de laitue , de cerfeuil, de bourrache, qu’est devenu le temps où, réunies, elles donnaient un suc employé comme diurétique ; demandez à toutes ces plantes pourquoi elles ne fournissent plus de jus d’herbes? — demandez... , et c’est la mode qui vous répondra.
Au sud des précédents carrés, une magnifique allée de tilleuls, parallèle à la rue de Buffon , vous offre son ombre et sa verdure. — Ces tilleuls , Buffon les a plantés, pour la plupart, en 1740. — Ils vivent, et le savant est mort ; ils croissent , et la science que Buffon a connue , celle qu’il a faite, est dépassée !
L’allée de Buffon se compose de grands arbres et d’arbres moins élevés. Les grands marquent l’ancienne limite du Jardin; où ils finissent, coulait autrefois la rivière de Bièvre, dont on a détourné le cours.
Avançons, remontons un peu vers les galeries d’histoire naturelle ; puis, tout à fait à gauche, comme pour gagner la rue de Buffon , allons jeter un coup d’œil aux carrés des piailles usuelles.
Les plantes usuelles ! honorables prolétaires de la botanique , servant , les unes, à la nourriture de l’homme; les autres, à la nourriture des bestiaux; quelques-unes, à la nourriture des hommes et des animaux ; un grand nombre étant employées dans les arts. — Qu’elles sont humbles ! on dirait qu’elles ont conscience de leur utilité , et implorent le pardon des services qu’elles nous rendent. — Ces plantes ne demandaient pas les soins d’un jardinier royal ; elles n’ont pas cherché une place dans les parterres de choix : un coin dans la plaine , quelques pouces de terre au milieu des sillons, l’eau du ciel, et la main rude du fermier, voilà tout ce qu’elles réclament. Ce n’est pas que plusieurs d’entre elles ne puissent se vanter d’une origine aussi chaude et aussi brillante que tant d’autres végétaux si fiers de nous venir de l’Afrique ou de l’Inde. La pomme de terre est native du Nouveau Monde ; savez-vous qui en a doté le genre humain C’est le Pérou. Ainsi, la pomme de terre se trouve avoir pour compatriotes l’or et l’argent. — La Providence a déposé l’un des plus féconds éléments de la nourriture du pauvre près des plus grandes richesses minéralogiques du globe , pour prouver sans doute qu’elle pensait, en même temps, à tout le monde.
L’histoire de la pomme de terre est vraiment touchante ; si vous saviez combien cette bonne et simple racine fut méconnue , calomniée , méprisée en France! on ferait un roman de ses malheurs. Nous refusions obstinément de la manger, au dix-huitième siècle, lorsque , depuis le seizième déjà, les Italiens , moins difficiles , la cultivaient pour s’en nourrir. — Le grand siècle était bien délicat! — à la vérité , les pères conscrits, les pontifes de la science, frappaient l’innocent tubercule de malédiction, le déclaraient susceptible d’engendrer la peste, lui qui doit nous préserver de la disette! Si l’on s’était borné à dire que le solanum tuberosum appartient à cette redou-
ASPECT DU JARDIN
table famille des solanées qui renferme la belladone ( solarium furiosum ), dont les fruits sont des poisons violents, la jusquiame noire, et enfin le tabac , on n’aurait rien avance' que de vrai ; mais il eût encore fallu faire observer que les fautes sont personnelles.
Cependant , un homme de cœur s’était voué au triomphe du végétal persécuté. — Parmentier brava toutes ces influences misérables et délétères qui se réunissent et s’accumulent infailliblement autour d’un germe nouveau : il se fit novateur et martyr.
Comprenez-vous le courage de cet homme qui se risque tout entier pour un tubercule! — Il défie et les savants, et les ingrats, et tout le monde, dans la plaine des Sablons. Là , il cultive quelques arpents de pommes de terre ; — la racine prospère , le pied fleurit. — Ce que Parmentier offrit alors à Dieu, nous l’ignorons ; mais des premières fleurs qui parurent au soleil, il fit un bouquet pour le Roi : ce roi , c’était Louis XVI , c’était le roi des améliorations raisonnables, sages, utiles. Louis XVI orna sa boutonnière du bouquet de Parmentier, et la pomme de terre fut reçue par la cour; — elle eut les courtisans pour elle; — le reste de la nation suivit; — le peuple avait trouvé une nouvelle garantie d’existence ; — la vie de plusieurs millions d’hommes était devenue plus facile et plus certaine. — Il y eut un magnifique repas donné par Parmentier aux anciens détracteurs du solanum tuberosum. Cette racine fit tous les frais du dîner : — potage , mets, entremets, dessert , liqueurs, tout venait d’elle. — On digéra bien , — et l’on oublia l’auteur.
Le Nouveau Monde ne s’appelle pas Christophe Colomb , mais Amérique ;
— le propagateur, l’inventeur, pour ainsi dire , du solanum tuberosum en France, ne sut pas donner son nom à son œuvre. Qui de vous oserait demander des parmentieres ? — Parmentier est mort en 1 8 1 3 ; il est allé rejoindre tant d’autres bienfaiteurs de l’humanité , dont l’humanité s’inquiète assez peu.
Nous arrivons à l’enclos des arbres verts. Là , vous verrez des genévriers de Virginie, de la famille des conifères : ce nom de genévriers rappelle que le genévrier commun ( juniperus communis ) donne une eau-de-vie très-eslimée dans le nord de l’Europe ; — ici , avec les baies du genévrier, on fait des extraits, ou la thériaque des paysans; là, par la fermentation et la macération dans l’eau , on compose une boisson nommée vin des pauvres.
— On sait d’ailleurs que la matière résineuse appelée sandaraque provient d’un arbre de cette tribu , callilris quatlrivalvis , originaire de Barbarie.
— Ce même carré renferme des houx panachés et des chênes aux glands doux.
Une allée de mélèzes séparait autrefois le carré précédent de celui d’automne. Parmi les arbres du carré d’automne , se trouve le noyer de la Louisiane , ou noyer pacanier, dont le bois est souvent poli et veiné comme le plus beau marbre ; — là , on peut apprendre à composer un bouquet d’automne.
— C’est trop tôt pour nous reposer; passons donc devant l’établissement qui nous offre, et ses tabourets, et ses tables , et sa carte. — Ce café était autrefois une simple laiterie suisse , mais son enseigne parlait latin : Hic post laborem quies, hic secura quies, aer victusque salubris, etc. Un garçon aura traduit ces mots par : Déjeuners chauds et froids. — Notre siècle est si positif! — Autour du café s’élèvent encore de beaux, de vieux arbres , les patriarches européens du règne végétal , — le premier Sophora du Japon qui ait fleuri en Europe , — le premier Acacia qui soit venu de l’Amérique septentrionale : — ce fut en 1635 que Vespasien Robin le planta; — ses graines ont peuplé la France d’un arbre délicieux, d’une espèce utile.
Nous avons touché, dans cette dernière excursion, aux galeries nouvelles de botanique et de minéralogie et à la bibliothèque ; — nous en avons déjà parlé dans notre historique ; nous nous bornerons , pour le moment , à vous faire remarquer que la galerie et ses deux ailes présentent ensemble un développement de 180 mètres de longueur sur 15 mètres de largeur; nous ajouterons encore que les frontons sont dus à M. Lescorné; puis, après vous avoir fait ainsi connaître l’âge et la taille du monument , nous vous ajournerons à un autre chapitre pour le détail de son utilité , de ses richesses.
ASPECT DU JARDIN
Lorsqu’on a laissé derrière soi les nouvelles galeries, et dépassé l’allée de tilleuls, on trouve deux grands carrés séparés par un bassin. Ce sont les carrés Chaptal. — Là, on cultive en pleine terre, on multiplie et naturalise les plantes étrangères herbacées vivaces.
Remontons la grande allée qui fait face et qui sépare les deux grandes serres.
— Pensez-vous vraiment que la main de l’homme ait élevé ces gracieux asiles! ne dirait-on pas plutôt qu’ils doivent leur existence à un souffle, comme les perles! — Là dedans, il y a une forêt majestueuse, une forêt du Nouveau Monde ? — Il y a pl us encore. . . mais d’autres guides se présenteront pour vous introduire dans ce temple aérien. — Les arbres, les végétaux qu’il abrite doivent aimer l’illusion qui y règne; — leur feuillage doit, à la plus légère agitation, caresser les vitres qui simulent avec tant d’art le gi and air et la liberté !
Regardez : vous avez à gauche le grand , à droite le petit labyrinthe, et, dans la direction de ce dernier, un riche parterre où les arbres exotiques les plus rares viennent se ranimer un peu au soleil pendant la belle saison. — Un bassin, en forme de coupe portée sur uu pied, sert comme d’asile aux plantes aquatiques, vivant à l’ombre et à l’humidité qui régnent autour de lui. Singulier contraste que celui de ces arbres et de ces plantes cherchant dans le même parterre les éléments opposés de leur existence !
De ce point, l’on aperçoit le bâtiment de l’orangerie, l’amphithéâtre, la maison de Cuvier.
C’est donc là qu’il écrivait cet homme qui, à force d’observer la nature, finit par faire comme elle, et créa. N’est-ce pas créer que de décrire, sur un simple débris fossile, tout un animal inconnu, — son anatomie, sa physiologie, son histoire ? — N’est-ce pas créer que de fonder, avec quelques ossements trouvés dans les mansardes du Muséum , cette riche collection qui s’appelle aujourd’hui le Cabinet d’Analomie comparée ? — G. Cuvier naquit à Montbéliard le 23 août 1769, vint à Paris en 1795, et ne tarda pas à être nommé professeur adjoint au Muséum , où sa première leçon eut un succès d’enthousiasme. — Nous ne pouvions, sans une sorte d’irrévérence, passer devant la maison de Cuvier, et ne pas la saluer par un mot de souvenir ; — mais insister plus longtemps, ce serait entreprendre une biographie ou un éloge : — quelle biographie, quel éloge en dirait plus que ces paroles de Cuvier mourant: «Et tant de choses cependant qui me restaient à faire! — Trois ouvrages importants à mettre au jour! les matériaux préparés; tout était préparé dans ma tête ; il ne restait plus qu’à écrire.» — Cuvier mourut, au mois de mai 1832, à l’àge de soixante-trois ans.
ASPECT DU JARDIN. U
Où sommes-nous donc? — Près de l’une des entrées de la Vallée suisse. — Un délicieux groupe de marbre, qu’il vaut mieux vous donner que vous dépeindre, recommande cette entrée aux promeneurs.
Mais nous voulons vous offrir un bien autre spectacle : jusqu’à présent nous n’avons parcouru ensemble que les régions les moins séduisantes du monde où vous nous avez suivis ; nous sommes humblement restés dans la plaine , car ces carrés de plantes médicinales , usuelles, etc., tout cela, c’est ce qu’on appelle le jardin bas. — Il est temps de gravir les montagnes, de nous placer sur leur sommet; les neiges n’y sont pas éternelles, Dieu merci ! mais nous y rencontrerons des arbres toujours verts. Venez , montons au Capitole.
Le Capitole, au Jardin des Plantes, c’est le labyrinthe.
Le labyrinthe forme la partie principale de ce qu’on appelle le jardin haut, par opposition aux terrains que nous avons traversés en entrant, et qui composent le jardin bas. Le jardin haut est aimé des promeneurs. La grande butte, en forme conique, appelée le labyrinthe, jouit d’une incontestable célébrité: séduits par le mot, les uns espèrent s’égarer, les autres se perdre tout à fait. Les allées, tracées en spirales, rentrant les unes dans les autres, coupées çà et là par quelques marches, donnent aux gens de bonne volonté la facilité de se tromper de chemin, et de n’arriver
jamais au but. Le labyrinthe faisait dès l’origine partie du Jardin des Plantes; mais jusqu’en 1795, il en resta séparé par des propriétés particulières. D’abord il fut garni d’arbres et de plantes de nos montagnes, puis de vignes , dit-on, puis enfin d’arbres toujours verts. Les améliorations les plus récentes ont eu pour résultat de convertir la grande butte en véritable école de botanique pour toutes les variétés de cette dernière espèce d’arbres. Pour cela, il a fallu creuser et renouveler le sol , qui était de gravois purs à une grande profondeur.
Montons la verte colline. Mais inclinons-nous , avant de passer outre , devant la majesté de ces deux arbres qui ouvrent, du côté du midi , le chemin du labyrinthe.
Quelle hauteur et quelle beauté 1 Ce sont deux pins d’Italie. Figurez-vous les villas des environs de Rome abritées sous ces délicieuses ombrelles de feuillage! Représentez-vous les cimes des Apennins couronnées d’arbres pareils, diadème magnifique et éternel. Ces pins, étiquetés pins à pignons, croissent aussi dans les provinces méridionales et maritimes de la France ; ils donnent des amandes dont le goût rappelle celui de la noisette , mais avec une légère saveur de térébenthine.
ASPECT I)U JARDIN
Salut, arbre séculaire!... cèdre du mont Liban, salut ! — Nos grandspères t’ont vu planter, tu nous verras mourir! les enfants de nos enfants viendront jouer sous ton ombre , en se racontant ton histoire et tes malheurs; — tes malheurs! car tu perdis un frère, un frère à toi préféré' , puisqu’on le mit sous un verre protecteur , tandis qu’on t’exposait à tous les caprices de nos saisons. — Ce frère , tu t’en souviens, languit et mourut; toi, lu t’élevas droit et robuste comme un enfant de forte race , tu étendis horizontalement tes larges branches , et aujourd’hui tu ressembles à un vénérable pontife, toujours jeune par la majesté, et bénissant tout ce qui est à ses pieds. Tu ne grandiras plus, bel arbre de la belle Asie, la foudre a frappé ta tête : or, tout l’avenir des nobles créations est placé là ! Mais il est beau d’avoir atliré la foudre ; il faut porter haut le front pour être frappé aussi directement de la main de Dieu !
La tradition veut que le cèdre ait été rapporté d’Angleterre en J 731, dans le chapeau de Bernard de Jussieu. Les savants veulent que la tradition soit