‹ Le jardin des plantesChapitre 15 sur 83 · JI · texte numérisé non relu

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< jiK* n'en on l les singes de l’ancien monde; ils aiment aussi les fruits, les légumes et le laitage.

Il y a des Cebus que l'on nous amène plus souvent que d’autres : les sajous sont de

Ces singes, caractérisés par leur queue prenante, mais non pas dénudée à son extrémité, présentent de nombreuses variétés de colorations On les distingue par les noms de Sajous robuste , gris , brun, à pieds dorés, cornu ou Sajou lunule, Sajou à aigrettes , etc. , ou de Sais à grosse tète, à gorge blanche , à calotte, etc. On doute encore s’ils constituent autant d’espèces distinctes ou simplement des races particulières, ou même encore des variétés individuelles. G. Cuvier et M. de Blain ville penchent pour celte dernière opinion, contrairement à la manière de voir de MM. Etienne Geoffroy et F. Cuvier.

Les Sajous apprennent assez facile lient différentes sortes d’exercices, et ce sont, parmi les singes savants que l’on voit avec les montreurs d’animaux , ceux qui amusent davantage le public.

2. Les atèles sont des espèces de Sapajous, remarquables par la disproportion apparente de leur corps, comparé à leurs membres et à leur queue. Ils s’accrochent mieux que les précédents au moyen de celle queue, qui est terminée par une sorte de doigt préhensile. Leur naturel est doux , et ils ne manquent pas de pénétration ; mais ils sont tristes et comme souffrants dans la loge où on les lient. Dans les bois, au contraire, ces animaux déploient la plus grande agilité, et ils ont, à un plus haut degré que les Gibbons, la faculté de s’élancer d’arbre en arbre avec une extrême rapidité.

Le Coaila, le Coaita à front blanc , le Cayouu , le Bclsebulli, le Mèlanochcir , le Chu mcck cl Y Hybride ou Métis sont les espèces d’Alèles que l’on a reçues jusqu’ici.

3. La Ménagerie n’a pas encore possédé de Singes-Hurleurs ou Alouates, cl elle n’a eu qu’un seul exemplaire de la jolie petite espèce de Sapajou décrite par M. de II uni boldt sous le nom de douroucouli, et dont il avait fait un genre sous celui d’AOTUs, parce qu’il la supposait dépourvue d’oreilles externes.

On a pu voir, sur ce Douroucouli, que les renseignements fournis, à cet égard , au célèbre voyageur, manquaient d’exactitude, et on a constaté aussi que celte petite espèce de singes rentre dans la catégorie des animaux à demi nocturnes. C’est même à cette particularité qu’elle doit le nom de Noclhore qu’on lui a depuis lors imposé.

Nous devons aussi mentionner le saïmiri (Cebus sciurcus) , dont la gentillesse et la douceur sont célébrées avec raison par les écrivains; mais on ne l’amène que rarement vivant. Son crâne est remarquable par sa grande capacité; c’est surtout dans le diamètre antéro-postérieur, et non en élévation, que s’en fait le développement.

4. Les ouistitis, genre Hapale d’Illiger, sont un groupe de Primatès également américains, et dont les espèces, les plus petites parmi les Singes, rappellent, par leurs mœurs et leur agilité, le genre de vie des Ecureuils. Les singes de l’ancien monde ont trente-deux dents réparties comme celles de l’homme : huit incisives, quatre canines et vingt molaires ; les Sapajous ont quatre fausses molaires de plus, une de chaque côté de chacune des mâchoires; total : trente-six dents. Les Ouistitis n’en ont que trente-deux, comme les premiers; mais il est digne de remarque que leurs fausses molaires sont au nombre de douze, comme celles des Sapajous, une de plus à chaque côté des deux mâchoires que chez l’homme, et qu'ils manquent à tout âge des dents qui, chez les Sapajous et les Pithèques, correspondent aux dents appelées chez nous dents de sagesse.

On observera surtout, à l’occasion des Ouistitis, combien est peu général le caractère qui avait fait appeler Quadrumanes l’ordre des Mammifères dans lequel se placent ces animaux. Leurs ongles ne sont pas aplatis comme ceux des autres singes et ressemblent plutôt à de petites griffes; aussi s’en servent-ils pour grimper aux arbres.

Les Ouistitis ont moins d'intelligence que les autres Primatès, et sous ce rapport, ils se rapprochent jusqu’à un certain point des Ecureuils. L’espèce la plus commune est I’ouistiti a pinceaux ( Hapale jacchus) du Brésil. On a aussi possédé vivants le pi nc iie (Hapale œdipus) ; le tamarin (Hapale midas) , et le marikina ( Hapale rosafia ), qui sont d’autres espèces du genre Ouistiti.

L'Ouistiti à pinceaux a plusieurs lois reproduit à Paris, et c’est un des Singes que l’on .conserve le plus aisément en cage. Dans un des couples qui ont offert celle particularité, et qu’on a pu observer à loisir, le mâle cl la femelle prenaient également soin de leurs petits. Les Ouistitis sont fort attentifs à tout ce qui se passe autour d’eux; mais chez eux , c’est plutôt méfiance que curiosité. Leurs grands yeux, la vivacité de leurs regards

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semblent bien indiquer un certain jugement, et cependant leur intelligence est trèslimilée. On assure même qu’ils ne reconnaissent pas les personnes qui les nourrissent, et ils les menacent de leurs morsures aussi bien que celles qu’ils voient pour la première fois. Ces petits animaux sont très-irascibles; quand on les taquine, ils poussent des cris aigus.

Les Ouistitis et les Sapajous des différents genres ont pour caractères communs l’écartement de leurs narines, la longueur de leur queue et l’absence des callosités ischialiques que présentent tous les singes de l’ancien monde, à l’exception des Orangs et des Chimpanzés, et sur lesquelles ces animaux s’asseoient.

Aucune espèce de Sapajou ue s’est encore multipliée à la Ménagerie, et l’on a cru qu’il fallait en accuser la faiblesse de leur tempérament et la difficulté avec laquelle ils supportent les nombreuses variations de notre température. Cependant un couple de ces animaux a reproduit , sous le même climat, dans une des propriétés de M. le duc de Luxembourg. Ces sajous n’avaient qu’un seul petit. Le fait de la multiplication est moins rare chez les singes d’Asie ou d’Afrique, et on a obtenu des petits dans plusieurs des genres de cet animaux. Les Papions, qui sont des Cynocéphales, le Maimon et le Rhésus, du genre Macaque, ainsi que le Macaque commun, et même la Guenon grivet, ont produit, bien que captifs et éloignés de leur pays. Une même femelle de celte dernière espèce a eu trois portées successives. Les jeunes singes sont fort débiles au moment de leur naissance, et la mère, qui a pour eux une grande affection, les lient pendant fort longtemps suspendus à son mamelon, et cramponnés à son corps. Chaque portée, chez les singes de l’ancien monde, n’est que d’un seul petit. Il est difficile d’élever ceux qu’on obtient ainsi, et pourtant une femelle de Macaque, née à la Ménagerie en 1823, y a vécu jusqu’en 1831. Un Rhésus, né dans le même établissement, a atteint l’àge de quatre ans.

A la Singerie, les habitations particulières constituent autant de petits compartiments, ayant vue sur le couloir intérieur et sur la grande cage exposée à l’air libre, et dans laquelle, si la saison le permet, lés Singes sont à peu près mis en liberté. Le Sajou d’Amérique et le Mandrill de Guinée, le Macaque ou le Semnopithèque de l'Inde, et le Maki de Madagascar, vivent alors tous en commun. Il y a bien, de temps à autre, quelque dispute, quelque bataille même, mais peu d’eflusion de sang; caron a soin de tenir en chartre privée les individus qui aiment trop à faire sentir la supériorité de leur force. Ces espèces de récréations générales sont un spectacle à la fois grave et burlesque qu’on observe toujours avec la même curiosité, mais dont nous ne saurions donner par la parole qu’une idée trop insuffisante. Quand un nouvel hôte arrive à la Singerie, il serait imprudent de le lécher de prime abord au milieu de la troupe entière; il est nécessaire qu’il s’accoutume à quelques-uns de ses nouveaux compagnons, et qu’il prenne

ainsi les allures de l’endroit. On a vu des singes que les tracasseries d’une première réception avaient effrayés au point de les faire fuir au sommet d’une de leurs cellules, où ils ne tardaient pas à mourir de peur ou d’abstinence.

Quelques-uns de ces animaux vivent assez longtemps en cage, et il en est qui ont supporté jusqu’à douze ou quinze années de captivité, même avant la construction du nouveau bâtiment. Mais, pour la plupart, ils sont moins heureusement constitués, et, après un temps qui est ordinairement beaucoup moins long, ils succombent à des maladies de poitrine ou d’intestins. Le froid leur est surtout nuisible, et, en hiver, ils sont pris quelquefois de coliques violentes, qui les emportent en peu de jours. L’autopsie, dans ce cas, démontre assez souvent la lésion connue sous le nom d’invagination des intestins. Le soin que l’administration du Muséum met à tenir les cases de la Singerie constamment habitées , en remplaçant par de nouveaux venus toutes les malheureuses victimes de notre climat, tient les pertes à peu près indifférentes, et les collections de zoologie et d’anatomie s’en partagent avantageusement les dépouilles.

Le doyen actuel de la Singerie est un vieux Sajou qui a vu l'ancien et le nouveau local. 11 a hérité du nom de Jack que portait l’Orang-Outang. C’est le plus intelligent de tous les Sapajous : passe-t-on sans s’arrêter devant sa cage, lorsqu’on a quelques gâteaux à la main, il appelle en frappant, jusqu’à ce qu’on ait satisfait son désir. Si on lui donne des noisettes, et qu’il ne puisse les casser avec ses dents, à cause de l’épaisseur du bois, il prend une boule, et bientôt la coque est brisée. Ce singe n’est pas moins curieux à voir lorsqu’on lui a donné une de ces allumettes aujourd’hui si usitées sous le nom de chimiques allemandes. Il la frotte, l’allume, et la tient entre ses doigts sans s’effrayer du bruit ou de la lumière.

Nous ne quitterons pas la Singerie sans dire un mot des makis ou Lémuriens, ( genre Lemur de Linné) , qui sont les derniers des Primalès. Ces animaux sont à peu près nocturnes: assez indolents pendant le jour, ils jouissent au contraire, pendant la nuit, cl surtout au crépuscule, d’une grande activité. Ils viennent de Madagascar. La Ménagerie en a déjà reçu différentes espèces.

Les Makis agissent à peu près à la manière des Singes; ils se servent comme eux de leurs mains pour porter leurs aliments à leur bouche, et, ce qui s’explique assez pai rallongement de leur museau , ils lapent , contrairement aux autres Quadrumanes qui boivent en humant. Lorsqu’ils sont calmes, leur voix consiste en un grognement assez faible; mais quand ils ont peur, ils font entendre des sons très-forts et trèsgraves; s’ils sont alors plusieurs dans la même cage, ils crient tous à l’unisson, et produisent un bruit insupportable. Leur intelligence est peu étendue; leur caractère est timide et inoffensif. Le Maki à front blanc a produit en captivité; il n’a qu’un seul petit à chaque portée, au lieu de deux ou trois comme les o u i s T it i s; le Mongoits, le Mococo, le Vari, le Maki rouge, le Maki brun et quelques autres nous arrivent plus ou moins fréquemment. M. Geoffroy Saint- Hilaire a fait connaître ses observations sur un Galago delà ménagerie. CeGalago est un Lémurien d’un autre genre, et qui appartient à l’Afrique inter-tropicale. Entre lui et les Makis précédents, il faut citer le cheiro- 0.4 l k de Minus ( Clicirogaleus MUii , E. Geoffroy), de Madagascar. Le seul exemplaire qu’on en connaissejusqu’alors est aussi le Myspilliccus tgpus de F. Cuvier. Hélait très-agil e dès que le jour baissait, et sautait dans sa cage avec une extrême légèreté.

La même famille a aussi fourni des loris de deux espèces; ce sont des animaux de l'Inde, remarquables par l’absence de queue, cl par la grandeur de leurs yeux. Ils dorment tout le jour; leur taille ne dépasse guère celle d’un écureuil; ils manquent de queueet sont fort lents; on leur donne pour celte raison le nom de Paresseux. Les deux espèces mentionnées plus haut sont : le loiu poican ( Slmojis lardigradus ) et le l o u i grêle ( Slenops gracilis).

Il y a dans les allures de ces deux animaux une certaine analogie toute spéciale , et qui ne se trouve dans aucune autre espèce : une lenteur à la fois calculée et d’une précision méthodique caractérise surtout leur marche. La manière dont ils placent leurs membres postérieurs rappelle tout à fait celle qu’emploient les Chauves-Souris lorsqu’on les a mises en mouvement sur une surface de quelque étendue. Les Loris sont friands de petits oiseaux, et ils sont très-promptsà s’emparer de ceux qu’on fait entrer dans leur cage.

Le bâtiment qui sert de logement aux Primates des trois groupes précédents (Pithèques, Sapajous et Lémuriens) donne également asile à des animaux de quelques autres ordres, et que nous ne devons pas oublier.

Autant qu’il est possible, on place dans le môme bâtiment les animaux qui, méthodiquement parlant, ont entre eux le plus d’analogie, Mais il n’est pas toujours facile de faire concorder la méthode naturelle avec la distribution des logements, et les différences de taille ou d habitude s’opposent souvent à ce que la régularité soit complète sous ce rapport. C’est ainsi que des animaux qui sont loin de ressembler aux Singes partagent provisoirement leur domicile, ne pouvant guère être casés ailleurs. Certains Insectivores , tels que les Hérissons , les Macroscélides , etc. : des Rongeurs (Castors, Gerboises, Ecureuils, Agoutis, etc.); des Didel plies , du genre Sarigue , et même quelques Carnassiers proprement dits , comme les Coatis et les Kinkajous, qui, étant des animaux grimpeurs, ont, jusqu’à un certain point, les allures de quelques Lémuriens. Les Coatis et les Kinkajous appartiennent à la même famille naturelle que les Ratons et les Blaireaux, et nous y reviendrons à propos de ces derniers; mais, pour terminer dès à présent la description des Rongeurs et des Insectivores , c’est ici que nous parlerons du Macroscélidc , du Castor, des Agoutis, des Gerboises et des Écureuils.

1. mac u o scélides. — C’est le seul Insectivore qui mérite de nous occuper. Il n’en a encore été reçu vivant qu’un seul exemplaire, adressé d’Oran à M. Duméril par M. le docteur Guyon. Cet animal est gros à peu près comme le Rat noir; à la première vue on le prendrait pour une Gerboise, tant sesjambes postérieures l'emporlenien développement sur les antérieures. Il a néanmoins les caractères généraux des Insectivores, et c’est aux Musaraignes qu’il ressemble le plus; mais la nature l’ayant destiné à vivre au milieu de plaines arides , et à se nourrir de sauterelles, il lui a été donné, comme à ces dernières, une grande agilité et des dispositions tout à fait spéciales pour lesaul. Le Macroscélide estun Insectivore essentiellement sauteur, comme la Taupe, le Tupaia ou le Desman sont des Insectivores Fouisseurs, Grimpeurs ou Nageurs. Chaque espèce ou chaque groupe d’espècesadonc ici ce qu’on pourrait appeler sa spécialité d’existence. On ne trouve les Macroscélides qu’en Afrique; celui de Barbarie, qui était resté inconnu aux naturalistes jusque dans ces derniers temps, a été décrit par M. Duvernoy sous le nom de Macroscélides Rozcli, en l’honneur de M. Rozct, savant géologue, qui le premier a envoyé en France des animaux de celle espèce.

2. Les écukeu t ls les plus jolis que la Ménagerie ail montrés sont, entre autres, VÈa&citil du Malabar, qu'elle devait à M. Dussumier; le Polalouclic ou Écureuil volant de la Louisiane; le Capislrale , qui vient aussi des États-Unis; V Écureuil fossoyeur du Sénégal; la petite espèce du Maroc, dont le dos est marqué sur les côtés de deux raies longitudinales assez semblables à celles du Fossoyeur. Nous devrions en citer quelques autres encore si nous voulions donner la liste complète des espèces qu’on y a pu voir.

3. Les castor s se trouvent dans l’Amérique septentrionale, depuis le 50e jusqu’au

MENAGERIE.

00e degré de latitude, et c'est aussi sous ces mêmes parallèles qu’on les rencontre au nord de l’ancien monde, en Asie et en Europe. On connaît les habitudes des Castors américains : ces animaux, vivant auprès des eaux, dans les vastes forêts du nouveau continent, se réunissent en sociétés et se construisent des huttes ingénieusement disposées. Leurs dents incisives, fortes et tranchantes, et leurs membres, principalement ceux de devant, sont leurs instruments essentiels; c’est à tort que l’on attribue souvent à leur queue des usages autres que de faciliter la natation. Les Castors d’Asie ou d’Europe terrent comme ceux d’Amérique, mais ils ne construisent pas. Cependant leurs caractères zoologiques ne présentent aucune différence un peu. importante , et ils ne paraissent pas être d’une autre espèce. Les circonstances au milieu desquelles ces Castors vivent dans nos pays, les dangers auxquels ils sont sans cesse exposés, et qui les feront probablement disparaître bientôt de la faune européenne, suffisent pour rendre compte des différences de leurs mœurs : trop peu nombreux et trop en bulle aux poursuites de l’homme pour pouvoir se réunir et se livrer au penchant pour la bâtisse qui caractérise les castors sociétaires, ils se creusent des terriers au lieu de se construire des huttes; mais ils n’ont pas moins que leurs congénères d’Amérique toutes les qualités nécessaires pour la construction.

La Ménagerie a déjà eu plusieurs de ces Castors terriers, et l’un d’eux, qui avait été pris, presque au moment de sa naissance, sur les bords du Gardon, dans le Dauphiné, offrait la particularité remarquable d’avoir été élevé par une femme; aussi était-il tout à fait privé , et sans les dégâts qu'il occasionnait en coupant avec ses fortes incisives tout ce qu’il rencontrait, on n’aurait pas eu besoin de le tenir enfermé. Les Castors sont devenus fort rares en France. On n’en trouve plus guère que dans quelques points du Rhône, de l’Isère et du Gardon. Les départements du nord et du centre n’en ont plus depuis longtemps.

F. Cuvier a observé le Castor avec beaucoup de soin , et c’est un des exemples qu’il a pris pour démontrer la différence qui existe entre les actes des animaux doués uniquement d'instinct, et de ceux qui ont en outre une dose plus ou moins élevée d inlclli- (jence.

La faculté , pour ainsi dire merveilleuse chez un animal rongeur, de se construire une cabane , de la bâtir dans l’eau , de faire des chaussées, d’établir des digues, et tout cela avec une industrie aussi perfectionnée,' a fait attribuer au Castor une intelligence ti ès développée , et une grande facilité d’observation; cependant 1 observation et 1 intelligence ne sont pour rien dans celle habitude remarquable. Le Castor d Europe bâtirait sans l’avoir appris, et tout aussi bien que celui d’Amérique, s il trouvait la même sécurité que ce dernier; il y est invité par la même impulsion intérieure, parla même forée machinale et aveugle ; et son talent de constructeur, bien qu il ne 1 emploie pas, n est pas inférieur à celui des générations qui, depuis tant de siècles, bâtissent leurs huttes dans les lacs ou les grands fleuves de l’Amérique du Nord. Ce talent est inné, comme l’auraient dit certains métaphysiciens, et, par cela même, il échappe à la catégorie des faits intellectuels : c’est de l’instinct, cl non de l’intelligence. Cette dernière est essentiellement mobile et susceptible de perfectionnement; 1 animal sait s en servit a piopos et en varier les résultats.

On appelle nécessaire ce qui se fait toujours de même , en tout temps et presque dans

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toutes les circonstances. Contingent, au contraire, est ce qui peut egalement avoir lieu ou ne pas avoir lieu.

Ces deux mots nécessaire , et contingent , s’appliquent aux actes résultant des facultés des animaux, car les actes sont le produit de la faculté, et la faculté se manifeste par des actes.

Au nombre des actes contingents, et qui résultent d’une véritable intelligence, se rapportent ceux du Cbien qui obéit, au lieu de fuir, à la vue d'un fouet que son maître tient en main; qui va chercher l'objet qu’on lui désigne, au lieu de rester indifférent à l’ordre; qui s’agite et ronge les barreaux de sa cage s’ils sont de bois, et qui se résigne à l’esclavage si ces barreaux sont de fer; qui court au-devant de son maître elle couvre de caresses s’il se dispose à soi tir, et qu’il ait envie de l’accompagner; qui contient le troupeau dont la garde lui est confiée, dans les limites tracées par le berger. Ce sont encore des actions contingentes que celles du Loup attaquant sa proie à force ouverte dans les bois, et s’en emparant par surprise dans le voisinage des habitations; et celles du Cheval qui, ayant à choisir entre deux chemins dont l'un lui est connu, suit constamment ce dernier, quelque éloigné (pie soit le temps où il l’ail pris pour la première fois.

Par contre , dit F. Cuvier, dont nous résumons ici les idées, nous rangeons parmi les actions nécessaires, ou de nature instinctive, celles que nous présentent le Cbien lorsqu’il va enfouir dans la terre le reste de son repas; le Cheval ou le Renne, lorsqu’ils enlèvent la neige qui recouvre la terre pour découvrir la nourriture dont ils ont besoin ; les Vaches, lorsque, menacées par la présence d’un Loup, elles placent leurs petits au milieu d’un cercle dont leur tête et leurs cornes forment la circonférence; les Castors, lorsqu’ils élèvent leurs huttes et leurs digues, lorsqu'ils vont couper le bois nécessaire à leur construction , lorsqu’ils réparent les ravages que leurs ennemis ou le temps peuvent avoir faits à leur habitation ; le Lapin , lorsqu’il se creuse un terrier; l’Oiseau, lorsqu’il se bâtit un nid, etc. En effet, toutes ees actions s’offrent constamment à nous comme invariables dans ce qu’elles ont d’essentiel. Le Chien cache scs aliments superflus, quand même il n’a jamais eu besoin d’v avoir recours; le Cheval ou le Renne, qui enlève avec ses pieds la neige sous laquelle l’herbe ou la mousse est cachée, le fait, même en voyant la neige pour la première fois, cl quand il est repu comme quand il a faim; le Castor construit dans toutes les situations : dans l’esclavage le plus étroit comme au sein de la plus grande liberté, quand les abris lui sont inutiles comme quand ils lui sont indispensables ; les Vaches, si ingénieuses pour défendre leurs petits lorsqu’elles sont en troupe, ne changent rien à leur moyen de défense lorsqu’elles sont réduites au plus petit nombre et que ces moyens deviennent insuffisants; le Lapin, si soigneux à se creuser une retraite, ne sait ni la cacher, ni la construire, suivant le lieu ou la nature de ses ennemis, ou celle des saisons.

\' habitude produit souvent des effets qui se confondent avec ceux de l’instinct; mais l’habitude se perd et l’instinct est inaltérable; il n’est pas même susceptible de perfectionnement. C’est à l'intelligence qu’il faut rapporter la plupart des actes que nous faisons souvent exécuter aux animaux, en dehors de leur manière d’être ordinaire; les espèces qui ont le plus d’intelligence sont aussi les plus propies à une grande variété d'actes appris. Il y a une véritable éducation des animaux : c’est en procédant avec toute

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