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Los animaux de la classe des Poissons 11e sauraient guère être tenus en captivité. 11 en est cependant quelques-uns que l’on conserve très-bien ainsi; les Cyprins dorés, originaires de la Chine, en sont même un exemple bien connu. Les Reptiles (et sous ce nom nous comprenons les Reptiles proprement dits, ou à peau écailleuse, et ceux à peau nue, c’est-à-dire les Am phibiens), les Reptiles ont été fort longtemps exclus de nos Ménageries; et sauf quelques Crocodiles et des Boas que l’on montrait au public dans plusieurs grandes villes, les espèces de ces deux classes, quoique fort singulières pour la plupart, ont été généralement repoussées. La lenteur et la stupidité des Tortues, la crainte que nous inspirent les Serpents, la physionomie souvent hideuse des Crapauds, des Grenouilles, des Salamandres, sont les seules raisons que l’on puisse alléguer pour excuser une telle négligence. Toutefois les personnes chargées de la conservation des collections du Muséum n’ont pas voulu que les montreurs d’animaux, avec leur emphase accoutumée, entretinssent plus longtemps chez le vulgaire la crainte et l’horreur des Reptiles, et ils ont ajouté aux richesses de la Ménagerie une collection fort curieuse de Reptiles vivants, afin d’apprendre au public à distinguer par lui même les espèces dangereuses de celles qui 11e le sont pas, et de pouvoir observer avec commodité les actes singuliers de ces animaux, et leur nature si différente de celle des Mammifères ou des Oiseaux.
La Ménagerie herpétologique n’a pas eu, à beaucoup près, toutes les espèces connues de l’ordre des Tortues ou Chéloniens ; mais parmi celles qu’elle a possédées, il en est de fort curieuses : la Chélonée ]\ ridas, ÏÊmysaure serpentine, des Èmydes de différentes sortes, et, parmi les Chéloniens terrestres, la Tortue éléphantine.
Cette dernière a pour patrie les îles du canal Mozambique, et c est par Bourbon et l'Ile-de-France que nous en recevons. Les deux exemplaires que feu M. Julien Desjardins, naturaliste distingué de l’Ile-de-France, avait rapportés au Jardin du Roi, ont pu donner une idée de la taille colossale que ces animaux atteignent et du grand âge auquel ils peuvent arriver. O11 les connaissait dans File depuis près de cent ans ; ils
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avaient un mètre de hauteur à la carapace et plus d'un mètre de longueur. Leur caractère était doux, mais peu intelligent ; ils aimaient surtout les substances végétales, et, quoique peu agiles, ils étaient cependant d'une force assez grande pour porter deux personnes sur leur bouclier, sans que leur marche en parût gênée.
L'émysauke s eu P en ti ne n'arrive pas à d aussi grandes dimensions. G est une espèce qui semble plus voisine des Crocodiles qu'aucun autre animal du même groupe ; et sa queue allongée, incapable, ainsi que sa tête, de rentrer sous la carapace, lui donne une ressemblance frappante avec ces animaux L’Émysaure est originaire de l'Amérique septentrionale, où elle fréquente les fleuves et les lacs. Lue d'elles a vécu fort longtemps au Muséum, et celle qu’on y voit maintenant est placée dans une large cuve où I on lient avec elle une quinzaine d’jÉmt/dcs de différents pays.
La chéloné e judas, que l'on a vue avec ces animaux, offrait des difficultés de conservation plus nombreuses encore; aussi n’a-t-on pu la garder que fort peu de temps. C'est l'espèce que les marins et les pêcheurs des côtes de l'océan Atlantique et de ses principales îles recherchent avec tant de soin pour sa carapace et pour sa chair, qui est excellente. A Londres on en vend souvent pour faire la fameuse soupe de tortue, et nos voisins d'outre mer ont tant de goût pour ce mets, qu'ils mangent même sous cette dénomination un plat dans lequel il n'entre d'autre viande que celle du veau. Les œufs de la Chélonée sont bons à manger, et chaque femelle en produit un très-grand nombre. Leur volume est celui d'un petit œuf de poule: mais ils sont tout à fait sphériques ; leur coque est assez molle, et ils se coagulent avec une extrême difficulté, ce (pii les rend moins appétissants que ceux des Oiseaux.
Les Crocodiles sont le deuxième ordre de la classe des Reptiles proprement dits, et quoiqu’on les place souvent parmi les Lézards, comme étant de véritables Sauriens, leur structure diffère, sous beaucoup de points, de celle de ces derniers. A la même famille que le Crocodile appartiennent aussi les Caïmans et les Gavials. Ces derniers sont des Crocodiliens qui vivent surtout dans le Gange; leur bec est très - allongé , particularité qu’on remarque aussi dans les Dauphins et dans les Poissons carnassiers de ce fleuve. Les Caïmans n’existent qu’en Amérique; l’Afrique, dans presque toutes ses parties, l’Inde et ses îles, jusqu’à la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Irlande, nourrissent des Crocodiles. Plusieurs de ces animaux arrivent à une taille colossale, et l’on rapporte une foule d’exemples de leur férocité.
L'un des Crocodiles de la Ménagerie est âgé de douze on quinze ans; sa longueur n'est cependant que d’un mètre et demi. On le nourrit de viande de boucherie, et, dans la belle saison, il mange tous les jours ; mais pendant l’hiver, bien que la température du lieu où on le tient soit constamment entre quinze et dix-huit degrés centigrades, il reste plusieurs semaines sans prendre de nourriture. Un autre Caïman, Agé de sept ou
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huit ans, n'a que cinquante-cinq centimètres. On le tient séparé de son conlrère pour éviter des combats dont l’issue ne pourrait que lui être funeste.
Les Sauriens, dont le type est le Lézard, ont tous, plus ou moins, la forme de cet animal, et ils ne sont guère plus intelligents que lui. Nous n’en signalerons que deux.
Le e. a mêlé o .n , si singulier par sa démarche et par la lenteur de ses mouvements, est bien plus célèbre encore par l'inconstance de ses couleurs ; et, sous ce rapport, il a pu servir d emblème à plus d’une célébrité politique. On ne voit des Caméléons Samiens que dans l'ancien monde, et ceux que nous possédons en vie nous sont principalement envoyés de Barbarie, où l'une des espèces de cette famille est fort abondante Essentiellement conformés pour grimper, les Caméléons ont des doigts partagés en deux faisceaux, et ils saisissent parfaitement les objets ; leur queue est également préhensile. L’indépendance des mouvements de leurs deux yeux leur donne un aspect fort étrange, et la facilité qu’ils ont d’allonger subitement leur langue en une sorte de tube englué, à 1 aide duquel ils prennent les mouches et autres insectes, mérite aussi d’être signalée.
Le Tti'i n a mb 1 s, est un grand Lézard du Brésil, long d’environ un mètre. Sa queue est à elle seule deux fois plus longue que son corps. On l appelle aussi Monilor ou Sauvegarde, parce que, vivant dans les mêmes localités que certaines espèces de Serpents venimeux, on lui a supposé l’habitude d’avertir l'homme de leur présence. Le nom de Tupinambis est celui d'une peuplade qui habite le pays où ces animaux ont été rencontrés pour la première fois.
Le Tupinambis, ou Montor, est doux et peu laronche. Quand il a changé d épiderme depuis peu, ses couleurs sont des plus élégantes, et rappellent un tissu de perles noires, relevées de jaune éclatant. Il mange de la viande, des œufs frais, etc. Sa langue allongée et fourchue jouit de la même mobilité (pie celle des Léopards et des Serpents ; elle est aussi inoffensive que celle de ces derniers animaux. C’est bien à tort, en effet, qu'on appelle dard la langue des Serpents, ou qu'on lui suppose la faculté de blesser la personne qu'elle touche; sa mollesse au contraire est extrême, et l’animal, en la tirant si fréquemment, n’a d'autre but (pie de palper les corps qui sont à sa portée.
Les Ophidiens sont fort semblables aux Sauriens sous beaucoup de rapports, et s’ils manquent de membres, cette particularité ne leur est pas exclusive, car certaines espèces inséparables des Lézards sont dans ce cas. Nous citerons, entre autres, les Orvets, ces petits animaux serpentiformes, si communs dans nos bois et nos prairies, oit on leur accorde fort à tort des facultés venimeuses. Ce n’est pas à dire que les Ophidiens,
ou les vrais Serpents, ne se distinguent pas par quelques traits spéciaux. Nous ne citerons parmi eux que les Pythons e t les t rotales ou Serpents <i
sonnettes. Cependant on élève avec ces derniers des Couleuvres et des Vipères indigènes ou exotiques; et l’une d’elles a môme donné lieu dernièrement à une expérience qui a beaucoup étonné les physiologistes. Par suite d’une carie de l’épine dorsale, on a enlevé à cet animal deux vertèbres entières, et leur moelle épinière a été complètement partagée à cet endroit; il n’en est pourtant résulté aucun accident. L’animal a conservé dans la partie de son corps placée en arrière de la blessure autant de mouvement et de sensibilité que dans la région antérieure. La plaie s’est parfaitement cicatrisée, et ce Reptile, qui appartient à l’espèce des Couleuvres rayées d’Amérique, est actuellement en très-bonne santé.
De ions les Reptiles, ceux dont la taille atteint la plus grande longueur sont les pythons et les boas. On possède cinq de ces animaux, dont le plus grand a quatre mètres; sa circonférence, qui est de cinquante centimètres à l’état ordinaire, augmente d’un tiers après qu'il a mangé. La quantité considérable d’aliments que les Pythons prennent à la fois, et la lenteur avec laquelle s’opère leur digestion, rendent leurs repas très-peu fréquents ; l’époque en est, en général, indiquée par un changement de peau. Alors les couleurs se ternissent, la conjonctive devient opaque, et l’animal réussit bientôt, en se frottant, à se dépouiller complètement de son épiderme qui s’en va d’une seule pièce, et assez intact pour que toutes les marques de l’écaillure s’y retrouvent. On rencontre parfois dans les bois de semblables dépouilles de Serpents, et il est facile, à la forme des losanges qui simulent les écailles, et surtout à la disposition des plaques de la tête, de reconnaître l’espèce dont elles proviennent. En moyenne, le nombre des repas d’un Python est de cinq ou six ; le spectacle en est fort curieux, quoique cruel, car la proie doit être avalée vivante. Aux uns, il faut des poules; d’autres préfèrent le lapin. La pauvre victime, placée dans la cage de son ennemi, et solidement maintenue en sa présence, est tout d’abord saisie d’une frayeur qui la rend presque immobile, non qu'il y ait fascination, comme on l’avait avancé, mais parce que le contact d’un corps froid qui vient et revient sans cesse la frôler, comme pour s'assurer qu’elle est bien vivante, la terrifie, et semble lui prédire une mort prochaine. Prêt à se jeter sur elle, le Serpent relève la tête, comme pour mieux s’élancer. Dès qu’il tient sa proie, il ne l’abandonne plus, et elle est peu à peu engloutie après avoir été broyée dans un des replis de l’animal Quand le lapin ou la poule, grâce à l’extrême extensibilité de toute la bouche de l'animal, a presque complètement disparu, et il suffit d'un quart d'heure pour cela, on profite de l’écartement des mâchoires pour placer entre elles, soit de la chair de bœuf, soit un autre lapin ; chaque repas ne doit pas se composer de moins de trois ou quatre kilogrammes de viande. Les Pythons, ainsi repus, tombent ordinairement dans un engourdissement qui se prolonge jusqu'à la fin de la digestion, mais qui n'est pas un véritable sommeil. Alors ils ne cherchent plus à nuire ; niais dès (|ue la faim commence à se faire sentir, ils reprennent leur férocité, et il ne serait pas toujours prudent de s’approcher d'eux. Il y a de ces animaux qui broient facilement un homme dans les replis de leur corps, et même
une antilope, un cheval ou un bœuf. Les Pythons ne comptent pas parmi les espèces à • lents venimeuses, et ce n'est (pie par leur grande force qu'ils sont redoutables.
Un des animaux dont il vient d’être question est une femelle ; on a dernièrement réussi à la faire pondre, et ses œufs, qui se sont parfaitement développés, ont donné naissance à plusieurs petits très-bien portants, et dont huit vivent dans une cage voisine de celle de leur mère ; des quinze œufs qu’elle a pondus, huit seulement sont éclos : c'est le cinquantième jour après la ponte qu'a eu lieu la rupture naturelle de l’un d’eux. A partir de ce moment, la mère, qui les avait jusqu'alors entourés de ses replis, et pour ainsi dire couvés, s'est éloignée d’eux; elle a même mangé, ce qui ne lui était point arrivé depuis deux mois : un lapin de moyenne taille, et deux kilogrammes de veau et de bœuf ont composé son repas. En quatre jours, tous ces jeunes Serpents sont sort is de leur coque ; leur grosseur était celle de nos Couleuvres vipérines de moyenne taille. Tous jouissaient de leurs mouvements, et déjà ils cherchaient à mordre. Ils n'ont pas lardé à manger des oiseaux, des grenouilles, etc.
Dans une double cage, voisine des boites où vivent ces Serpents de l'Inde, sont deux crotales (Serpents à sonnettes). Jamais ces animaux n’atteignent la dimension des Boas, et le plus long de ceux-ci, quoique déjà fort grand par rapport aux autres individus de son espèce, n’a qu’un mètre trente-deux centimètres. Comme ce sont lesRepliles les plus dangereux que l’on connaisse, l’exhibition, hors du Muséum, en est absolument interdite par toute la France, et avec d autant plus de raison, qu’étant de l’Amérique septentrionale, ils vivraient très-bien dans nos forêts. La mort est la conséquence presque inévitable de leur morsure. L'instrument bruyant dont ils sont munis, et qu'on appelle leur sonnette, pourrait être comparé, quand il est en mouvement, à une crécelle très- rapidement agitée; il est composé d'une série d’étuis cornés, tous de forme sem-
blable, et qui sont montés sur la dernière pièce du squelette. Leur nombre est proportionné à l’âge de l’animal. Les Crotales sont moins agiles que les autres Serpents, et comme ils remuent la queue dès qu'ils sont irrités ou qu'ils veulent saisir leur proie, le bruit qu’ils font entendre permet de les éviter assez aisément.
L« collection des Reptiles forme la dernière division de cette galerie vivante où nous vous avons servi de guide et de cicerone. Nous nous sommes appliqué a faire ressortir le côté agréable et amusant de la Ménagerie, sans trop négliger pourtant le côté utile et instructif. Nous nous sommes efforcé de prouver que cet établissement n’était pas uniquement une prison où les animaux sont exposés pour le plaisir des yeux, mais que c’est avant tout une école où nous venons étudier les services qu’ils peuvent rendre à l’homme, et les moyens qu’il faut employer pour les apprivoiser, quand ils sont susceptibles d’éducation, ou pour les détruire, quand ils en sont incapables.
Nous avons signalé à votre attention plusieurs espèces étrangères qui pourraient être naturalisées chez nous, et dont l’introduction ouvrirait de nouvelles sources de richesse à notre industrie et à notre commerce.
Mais indépendamment du plaisir et de l’intérêt que vous a inspirés la vue de tous ces animaux si divers entre eux par leur physionomie et par leurs mœurs, vous avez dù éprouver, en les voyant captifs parmi nous, un mouvement d’admiration pour l’être qui les a domptés, et qui, sans autres secours que ceux de son intelligence, est parvenu à se rendre maître d’une foule d’animaux dont fa force musculaire est si supérieure à la sienne, et a pu se montrer tour à tour plus rusé que le Renard, plus agile que la Girafe, plus robuste que le Lion. Vous avez vu cette chétive créature apprivoiser l’Éléphant à la taille colossale, devancer la Gazelle à la course, terrasser le Tigre dans les déserts, atteindre l’Aigle au delà des nues, les enchaîner comme d’humbles esclaves autour de son char, et se reposer dans sa gloire, au milieu delà création vaincue et asservie.
Un pareil speclacle est éminemment propre à faire naître de consolantes réflexions sur la sagesse des plans de la Providence, et sur la haute mission qu’elle a dévolue à l’homme ici-bas. Cette pensée se manifeste dans toutes les œuvres du Créateur, et nous aurons souvent occasion de le faire remarquer dans les explorations qui vont suivre.