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TltOISIÈME PAUTIE.
vous conseillez à vivre obscure clans cette foule immense que les savants appellent modestement le vulgaire : vous voulez posséder quelques notions simples et précises sur la vie des plantes, sur les harmonies nombreuses et providentielles qui les unissent aux animaux, sur les mœurs des plus curieuses d’entre elles; vous voulez enfin savoir quels moyens la patiente sagacité des législateurs du Règne végétal a employés pour les classer en tribus, en légions, en cohortes, moyens si ingénieusement combinés, qu’un observateur peut, en quelques minutes, trouver, au milieu de cent mille espèces de plantes, le nom de famille, le nom de baptême, et le signalement détaillé de la Fleur qu’il vient de cueillir.
D’un autre côté, vous vous effrayez à juste titre de cette énorme quantité de termes techniques, grecs et latins, dont s’est hérissée une science qui pouvait rester française ; enfin, pour vous mettre à l’abri du soupçon de frivolité, vous m’avez exprimé tout le mépris que vous inspire la botanique galante de certains écrivains, qui n’ont vu dans l’histoire des Fleurs qu'un sujet de bouquets à Chloris.
Rassurez -vous sur ce dernier point : vous n’aurez pas à craindre ces allusions fades et cette poésie musquée, dont l’arome factice masque le parfum naturel de la Fleur des champs; nous écarterons delà Botanique les futiles atours dont l’avaient ornée, croyant l’embellir, quelques faiseurs de madrigaux; nous la dépouillerons, en outre, autant qu’il nous sera possible, de sa robe scolastique et de son odeur de drogue. Quant à la nomenclature, je conviens que les auteurs ont étrangement abusé du privilège de créer des mots nouveaux (qui n’expriment pas toujours des idées nouvelles); mais l’abus ne doit point nuire à l’usage: toute science a le droit d’avoir sa langue spéciale; l’essentiel est de ne pas appauvrir cette langue par des synonymes : or, notre dictionnaire, à nous gens du monde, pouvant se borner à une vingtaine de termes techniques, je vous promets de ne pas dépasser ce nombre, et de faire en sorte qu’il vous suffise pour étudier l’organisation des végétaux.
l’école de botanique.
Entrons donc dans l’un de ces deux carrés, que l’on nomme Y École, où les Plantes sont rangées par familles, et dont je vous ferai bientôt l’histoire; cueillez une Rose à demi épanouie, et observez successivement les parties qui la constituent.
L’enveloppe la plus extérieure se compose de cinq feuilles vertes , disposées en cercle, et se réunissant inférieurement pour former un corps ovale ou sphérique : cette première enveloppe de la Fleur est le calice. A l’endroit où les feuilles du calice, nommées folioles , commencent à se réunir, naissent cinq autres feuilles colorées et odorantes : ce sont les pétales ; leur ensemble se nomme la corolle. En dedans de ces pétales et sur le calice, sont implantés de nombreux filaments gracieusement recourbés, et portant chacun une petite tête jaune : ces baguettes sont appelées étamines.
Maintenant, ouvrez dans le sens de sa longueur cette espèce de boule formée par la soudure des cinq folioles du calice: cela fait , vous voyez une cavité assez considérable, s’ouvrant en haut par un goulot étroit , et contenant des corps qui s’attachent à ses parois. Ces corps s’allongent vers le haut en autant de cols qui se dirigent vers l’embouchure de la cavité , et là se réunissent en un faisceau qui occupe le centre de la Fleur: chacun de ces corps renferme une graine; leur ensemble constitue le pistil- Vous voyez que la retraite où ils sont nichés est remplie d’une bourre soyeuse et courte, qui tapisse la cavité, et couvre même en partie les corps composant le pistil.
Calice , corolle , étamines, pistil, voilà les quatre parties dont se compose une Fleur complète; mais, pour bien comprendre la physiologie de ces divers organes, il faut choisir une Plante où ils offrent des proportions plus considérables.
Prenez un Lis blanc ( Lilium candidum) ; au premier aspect , vous le croiriez dépourvu de calice, et n’ayant qu’une corolle de six pétales; mais observez la Fleur quand elle est peu ouverte, vous voyez un premier groupe de trois feuilles blanches, évidemment situées en dehors des trois autres feuilles: les premières sont étroites , un peu vertes à leur sommet , et représentent le calice ; les intérieures sont plus larges ; leur surface diffère de celle des folioles du calice, en ce qu’elle est creusée d’un sillon longitudinal bien marqué. Ces trois feuilles intérieures forment la corolle. Quant aux étamines, il y en a moins que dans la Rose, mais elles sont plus grandes et plus faciles à observer : leur filet est blanc , un peu élargi à sa base, et porte un long bissac jaune; passez la pointe d’une épingle
Ruse simple.
Lis Lia tir.
dans chacune des deux coutures qui bordent les côtés de ce long bissac, vous les ouvrirez, et vous en ferez sortir une poussière jaune très-abondante. Quand la Fleur est épanouie, ces bissacs font la culbute, et vous voyez qu’ils ne tiennent au sommet pointu du filament que par un point situé vers leur milieu ; les deux feuillets dont ils se composent se décollent d’eux-mêmes, et la poussière jaune en sort : cette poussière a reçu le nom d q pollen ; le bissac qui la renferme se nomme anthère, et le pied qui porte le bissac est appelé filet. Ainsi, l’étamine est composée du filet, de Y anthère et du pollen.
Enlevez maintenant les six étamines du Lis; vous voyez qu’elles naissent, non pas sur le calice , comme dans la Rose , mais sur le pied même de la Fleur. Il vous reste, sur ce pied , le pistil , qui diffère beaucoup de celui de la Rose : dans cette dernière , il se composait d’une douzaine de corps , attachés sur les parois de la boule creuse formée par le calice et séparés les uns des autres ; le pistil du Lis , au contraire , est d’une seule pièce; il offre A son sommet trois crêtes molles , grenues , disposées en triangle ; chaque crête est double , et peut facilement se décoller en deux lames; audessous est un long col , lequel pose sur un corps plus gros, deux fois plus court que le col, et qui présente six côtes arrondies, séparées par des sillons. Coupez ce corps en travers, taillez une petite tranche mince, et placez-la entre votre œil et la lumière : vous reconnaîtrez sans peine une cavité divisée en trois loges par trois petites cloisons ; au point où les cloisons viennent se réunir, il y a des graines attachées. Remarquez la position des crêtes , vous verrez que chacune répond à l’une des trois loges.
La partie du pistil qui renferme des graines a reçu le nom d 'ovaire; le long col posé sur lui s’appelle style, et les crêtes humides qui le terminent se nomment le stigma te.
Quant au pied de la Fleur, on le nomme pédoncule; et son extrémité, toujours plus ou moins élargie pour servir de support au calice , à la corolle, aux étamines et au pistil , porte le nom de réceptacle.
Maintenant que la structure des parties de la Fleur vous est connue, que vous avez accepté patiemment les quatorzes termes scientifiques servant A les désigner, vous méritez de connaître les merveilleuses fonctions qu’exécutent ces divers organes.
Le calice est évidemment un organe protecteur : voyez un bouton de Rose ou de Lis : le calice sert d’enveloppe A la corolle, aux étamines et au pistil. Quant à ce dernier il n’est pas nécessaire de vous apprendre que les petits œufs contenus dans l’ovaire sont des graines , qui doivent reproduire des plantes semblables à celle qui leur a donné naissance. Quelle est maintenant la destination des baguettes nommée étamines , qui sont si belles dans le Lis , et portent une anthère si longue et si riche en pollen P
Pour résoudre cette question , examinez d’abord le stigmate qui couronne le pistil ; si la Fleur est bien épanouie, vous devez voir quelques grains de pollen retenus sur les crêtes spongieuses dont il se compose; ces crêtes sont devenues humides et gluantes A I époque même où le pollen pouvait sortir de son anthère : cette coïncidene vous permet déjà de supposer quelque relation d’utilité entre le pollen et le stigmate.
Si, comme le fit Linné, vous coupez sur un Lis A peine éclos toutes les anthères, la Fleur s’épanouit; mais bientôt l’ovaire, au lieu de grossir, se flétrit et tombe: les anthères étaient donc indispensables au pistil, puisque leur soustraction a empêché celui-ci de mûrir.
Si , aprèsavoir privé votre Lis de ses anthères, vous allez enlever sur un second Lis des
BOTANIQUE. ir,3
anthères bien ouvertes, si vous le secouez sur une feuille de papier pour en recueillir le pollen , si ensuite vous déposez, avec un petit pinceau, un peu de ce pollen sur le stigmate du premier, l’ovaire grossira , restera sur son pédoncule, et les graines se développeront. Oue devez-vous en conclure? Que les graines contenues dans l’ovaire ne peuvent prospérer sans l’intervention des étamines , et que, dans les étamines , c’est le pollen qui exerce sur le pistil cette précieuse influence.
Un voulez-vous une dernière preuve? Avec une dissolution de gomme, vernissez adroitement deux des crêtes du stigmate, puis saupoudrez la troisième de pollen: qu’arrivera-t-il ? La loge de l’ovaire à laquelle répond cette crête se développera , et les graines grossiront; les deux autres loges resteront stationnaires.
Ces expériences, et beaucoup d’autres non moins ingénieuses, ont révélé aux naturalistes la nature physiologique de l’étamine.
11 vous reste maintenant à savoir quelle est la destination de la corolle. Est-ce pour l’homme que Dieu a créé cette partie de la plante? Est-ce pour flatter vos yeux , votre odorat, votre toucher, que la nature a prodigué à ces pétales les couleurs brillantes , les formes variées, le parfum pénétrant et le tissu velouté que vous admirez dans les Fleurs ? Tout en admettant cette croyance, fondée sur la vanité autant que sur un sentiment religieux, ne pourriez-vous pas soupçonner que cette parure du Lis et de la Rose leur a été donnée pour leur utilité individuelle? C’est une question dont l’examen n’est pas sans intérêt.
Vous savez que le pollen est l’agent nécessaire de la fécondation des graines ; mais comment le pollen est-il transporté sur le stigmate? Venez voir cette touffe de Rue
(Rata graueolens) : vous voyez une corolle de quatre à cinq pétales jaunes, creusés en cuiller, et huit à dix étamines ; remarquez-vous l’une des étamines, qui, au lieu d’être étendue horizontalement dans une pétale ou entre deux pétales, comme ses sœurs, est debout, inclinée sur le pistil contre lequel son filet est appliqué? Si vous avez la patience d’observer cette étamine pendant une heure, vous verrez l’anthère s’ouvrir , vous en verrez tomber le pollen , cl vous comprendrez sans peine que le pistil en recevra quelques granules ; bientôt cette étamine, dont la mission est remplie, se couchera dans son pétale, une autre se redressera à son tour pour venir la remplacer, et ces évolutions se succéderont jusqu’à ceque toutes les anthères aient payé leur tribut au pistil. Ici vous prenez la nature sur le fait, ses intentions sont évidentes , vous avez observé l’organe dans l’exercice de ses fonctions ; mais cette manœuvre est rare dans le règne végétal.
Dans beaucoup de plantes , les étamines sont aussi hautes que le pistil ; elles l’entourent de près, et le pollen, en sortant de l’anthère, est facilement mis en contact avec le stigmate ; dans beaucoup d’autres, les étamines sont plus courtes que le pistil , ce qui ne nuit pas à la fécondation , parce qu’alors la Fleur est inclinée, de sorte que le stigmate se trouve au-dessous des anthères qu’il dépasse, et reçoit aisément leur pollen ; mais il arrive souvent que la Fleur reste dressée, et alors le pollen ne peut guère at-
Rue oiiorutilr.
teindre de lui-même le stigmate. Quelquefois les étamines et le pistil n’habitent pas la même Fleur ; c’est ce que vous pouvez voir dans le Melon , dans le Sapin : les étamines sont dans une Fleur, et les pistils dans une autre, sur le même pied, il est vrai, mais sur des rameaux différents ; quelquefois enfin , comme dans le Palmier, le Dattier, le Pistachier, les Fleurs à étamines sont sur un arbre, les Fleurs à pistil sur un autre, et ces deux arbres sont souvent éloignés de plusieurs lieues. Comment , dans ces diverses circonstances , se fera le transport du pollen ? Sera-ce le vent qui s’en chargera ? et la poussière fécondante, dispersée par lui , ira-t-elle à travers l’espace , comme par une sorte d’attraction , trouver le stigmate qui a besoin d'elle?
Un jour (c’était en 1758), Bernard de Jussieu, passant en revue les arbres du Jardin des Plantes, s’aperçut que le Pistachier à pistil, qui jusqu’alors avait fleuri tous les ans
sans produire de fruit, se disposait à donner des Pistaches : le fruit s’était noué ; le stigmate avait reçu du pollen ; mais d’où venait ce pollen ? Il n’y avait pas dans tout le Jardin des Plantes un seul Pistachier à étamines; on fit une baltuedans les jardins environnants ; on ne trouva rien. Un fruit formé des graines développées sans pollen , c’était un rude échec pour la théorie de la fécondation des Fleurs , qui alors n’était pas solidement établie comme aujourd’hui : le grand botaniste, tout en s’affligeant de l’inutilité des recherches, affirmait avec persévérance qu’il existait quelque part aux environs un Pistachier à étamines , et que c’était lui qui avait fait nouer celui du Jardin des Plantes ; mais encore fallait-il le découvrir. Bernard de Jussieu prit alors le parti de s’adresser à l’autorité ; la police aussitôt mit ses agents en campagne, avec le signalement exact de l’individu qui se cachait si bien : les agents tournèrent autour du Jardin des Plantes, en élargissant peu à peu la spirale de leurs perquisitions; enfin, ils découvrirent dans un coin de la Pépinière des Chartreux (aujourd’hui le Jardin botanique de la Faculté de Médecine), qui longe l’allée de l’Observatoire , ils découvrirent, dis-je, un petit Pistachier à étamines, qui avait, cette année, fleuri pour la première FOIS. Le pollen avait donc dû franchir, à travers les airs, la lisière du faubourg Saint-Germain, le faubourg Saint-Jacques et le faubourg Saint-Marceau, pour arriver sur le stigmate du Pistachier à pistil, placé au milieu du Jardin des Plantes. Or, il est bien difficile d’admettre que le vent ait pu transporter si loin une petite quantité de poussière fécondante, sans la disperser partout ailleurs que sur l’étroite surface du pistil qui en avait besoin. 11 faut donc chercher un autre auxiliaire A la fécondation.
Vous vous êtes sans doute bien souvent amusé A sucer le fond de la corolle du Chèvi tfcuille, du Jasmin, du Lilas , de la Primevère, pour en extraire la liqueur sucrée qui s’y trouve en abondance. Cette friandise de votre part est un larcin que vous avez fait Ades animaux qui n’ont pas d’autre nourriture : ces animaux sont les Papillons, les Mouches, les Bourdons, et autres Insectes que vous pouvez voir blottis au fond des Fleurs. C’est précisément A ce nectar que nous devons le miel des Abeilles. Ce nectar est fourni tantôt par le calice, tantôt, par les pétales, tantôt par la base des étamines, tantôt pai 1 ovaire; quelquefois cest une peti te écaille spongieuse, quelquefois une
petite fossette, ou un sac, ou une simple surface lisse, qui distille cette liqueur que viennent avidement pomper les Insectes.
Voyez dans cette Rose ce Scarabée doré, que l’on nomme la Cétoine, et dont le dos, de couleur émeraude , se détache si bien de l’incarnat des pétales : il semble dormir en paix dans l’asile délicieux qu’il a choisi. Croyez-vous que la Fleur lui fournisse gratis le vivre et le couvert? Touchez-le légèrement , il va se réveiller, ouvrir ses ailes, et s’envoler en froissant les nombreuses étamines au milieu desquelles il était couché: ce mouvement seul a secoué les anthères, et le pollen a pu se disperser sur le stigmate placé au centre de la Rose. — Voyez l’Abeille quand elle fait sa récolte : elle suce le nectar des Fleurs, mais son corps, hérissé de poils, se charge de pollen; elle va picorer sur d’autres Plantes, et, tout en pénétrant au fond des corolles , elle se frotte contre les pistils. Or , c’est à l’époque où les étamines ouvrent leurs anthères , que le stigmate se charge d’une liqueur gluante; c’est aussi à cette époque que les glandes de la Fleur distillent du nectar , et qu’il se trouve des Insectes pour s’en repaître. Celte coïncidence ne vous dit-elle rien? IN’ètes-vous pas tenté de croire que les Insectes , contemporains des Fleurs, sont pour elles des messagers reconnaissants qui , pour payer l’hospitalité qu’ils ont reçue, distribuent, dans l’hôtellerie où ils arrivent, le pollen recueilli dans l’hôtellerie qu’ils viennent de quitter?
Approchons-nous de cet arbrisseau au port élégant, dont les feuilles, d’un vert gai, réunies en touffes , sont protégées par des aiguillons ; les fleurs sont jaunes et disposées en grappes : c’est le Berbéris , nommé vulgairement Épine- Finette. Choisissez une Fleur
bien ouverte, et, sans la détacher de sa tige, chatouillez légèrement avec la pointe d’une longue épingle l’un des filets des étamines : vous voyez celle-ci se contracter avec vélocité, et frapper de son anthère le stigmate, qu’elle couvre de pollen. Eh bien ! cette sensibilité des étamines , il n’est pas besoin d’une épingle pour l’exciter: qu’un Insecte, cherchant le nectar que fournissent deux petites écailles d’un jaune orangé situées au bas de chaque pétale , qu’un Insecte, dis-je , effleure de ses ailes, comme vous l’avez fait de votre épingle, les filets des étamines, à l’instant les étamines se redressent et viennent se heurter contre le pistil.
A quoi donc sert la corolle? C’est maintenant que cette question est opportune. La corolle s’épanouit quand les anthères donnent leur pollen, quand le stigmate devient humide, quand le nectar est distillé, quand les Insectes viennent le une grande sagacité pour conclure, de cette réunion de circonstances, que la corolle, par ses formes, ses nuances, son odeur, est destinée à indiquer aux Insectes le réservoir où ils pourront puiser du sirop : c’est l’étiquette du vase contenant le précieux nectar; c’est l’uniforme invariable de toutes les fleurs d’une même espèce , et les Insectes voyageurs savent bien reconnaître, A son enseigne éclatante, le caravansérail où ils trouveront leur pâture.
Les Insectes sont donc de précieux auxiliaires pour la fécondation des fleurs, soit en colportant le pollen d’une plante sur une autre, soit en favorisant la dispersion du
Berbéris.
boire. Il ne faut pas
pollen parmi les étamines d’une même fleur; et c’est pour cela que, dans les expériences dont nous parlions tout à l’heure, il faut entourer la plante d’une gaze fine qui ferme le passage aux Insectes : sans cette précaution, un de ces animaux pourrait , à l’insu de l’observateur, porter du pollen sur un stigmate qu’on voulait en priver , et rendrait par là l’expérience douteuse.
C’est un Allemand, Conrad Sprengel , qui a fait connaître, par un grand nombre d’observations, le rôle physiologique de la corolle et des glandes à nectar; c’est lui qui a découvert eet anneau de plus dans la grande chaîne qui lie le Règne végétal au Règne animal. Il allait, avec une patience toute germanique, passer des jours entiers dans la campagne, couché au pied d’une plante ; il attendait, l’œil constamment fixé sur la Fleur dont les anthères n’étaient pas encore ouvertes; enfin, après une surveillance immobile et silencieuse, qui se prolongeait souvent jusqu’au soir, il voyait arriver le messager aérien dont il avait entrepris d’explorer la manœuvre : l’Insecte , après quelques évolutions préliminaires, pénétrait dans la corolle., et y faisait son repas; puis, quand il en était sorti, Sprengel voyait des grains de pollen attachés au stigmate, et il rentrait chez lui, content de sa journée. C’est surtout depuis la venue du grand Linné , que l’on rencontre de ces âmes divines , pour qui seize heures sous le soleil ne sont qu’une minute , quand il s’agit d’observer les merveilles de la création.
Il ne serait pas exact de dire que la corolle est uniquement destinée à signaler la plante aux Insectes : la nature sait trop bien allier l’économie des moyens avec la magnificence des résultats, pour que l’on ne doive pas présumer qu’un même organe sert à plusieurs fins. 11 est évident, par exemple, que la corolle est, comme le calice, une enveloppe de protection , qui abrite les parties centrales de la Fleur ; mais si nous ne connaissons pas toutes les fonctions de la corolle, il nous est permis du moins d’en constater la plus importante et la plus digne de vos méditations.
La corolle, dont vous venez d’apprécier l’utilité, devient pour la Fleur une parure pernicieuse, lorsque, par la culture, les pétales se multiplient aux dépens des étamines. Cette métamorphose s’opère facilement dans les Fleurs dont les étamines sont nombreuses, telles que les Anémones, les Renoncules, les Pivoines, les Pavots , les Roses, etc.: rien de plus fréquent dans nos jardins que ce luxe ruineux de pétales, qui frappe de stérilité le pistil de la Fleur. Voyez cette Rose double ; les étamines se sont nourries outre mesure, leur anthère s’est élargie, ainsi que leur filet, et le pollen a disparu : si toutes les étamines ont subi cette transformation , la Fleur alors est pleine, les ovaires ne se développeront pas, et cet embonpoint monslrueux, qui rend la Rose si belle aux yeux du fleuriste, est une calamité pour la plante, destinée par la nature à se perpétuer par des graines.
Vous connaissez la structure et les fonctions du calice, de la corolle, des étamines et du pistil : nous pouvons maintenant voyager avec fruit dans les Carrés , dans les Serres et dans la Galerie de botanique; vous entendez la langue du pays.
Revenons à la Rose, qui a été notre point de départ : vous avez sous les yeux le Rosier églantier, dont les pétales sont tantôt d un jaune vif, tantôt d'un rouge orangé à leur face supérieure ; le Rosier jaune > dont les pétales ont la couleur du soufre; le Rosier de Provins , dont la fleur est d’un rouge pourpre très-foncé ; le Rosier rouillé, dont la fleur est rouge, petite, et dont les feuilles, froissées entre les doigts , exhalent une odeur